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Postes à pourvoir dans les écoles : quelle est la situation dans l’est?

La rétention du personnel dans les écoles de l’est de Montréal demeure un problème récurrent selon les représentants des divers corps professionnels du milieu. Dans la métropole, les établissements peinent à attirer des enseignants, des éducateurs spécialisés et d’autres professionnels du milieu scolaire, en raison notamment de la concurrence avec les postes offerts en banlieue.

Des chaises d’enseignants et d’enseignantes sont toujours vides deux semaines après la rentrée des classes au Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI) et au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM).

Les données diffusées par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) sur son tableau de bord révèlent d’abord que l’embauche demeure la plus ardue dans les écoles du CSSDM. Lors du dernier recensement le 2 septembre dernier, il restait encore 356 postes à pourvoir sur un nombre total de 3882 postes, soit 4,2 %.

Au niveau du personnel de soutien, c’est-à-dire les éducateurs en milieu scolaire et les techniciens en éducation spécialisée, 258 postes n’étaient pas encore pourvus sur un nombre total de 2847 postes, soit 9,1 %.

Quant au personnel professionnel (psychologues, orthophonistes, psychoéducateurs, etc.), 135 postes restaient à pourvoir sur un nombre total de 517 postes, soit 26,1 %.

La situation est quelque peu différente dans les établissements du CSSPI, où c’est plutôt du côté du personnel de soutien que l’embauche est loin d’être complétée. Ainsi, il reste encore 150 postes à combler dans ce domaine sur un nombre total de 1232 postes, soit 12,2 %.

Le CSSPI cherche encore à combler 51 postes d’enseignants sur un total de 3196, soit 1,6 %.

Enfin, au niveau du personnel professionnel, 37 postes sont à pourvoir sur un nombre total de 238, soit 15,5 %.

Coupures dans les postes et compétition du privé

Pour Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), l’embauche de personnel de soutien est déficiente dans certains centres de services scolaires tels que le CSSPI, notamment en raison des coupures imposées par le MEQ sous l’administration du ministre Bernard Drainville. « M. Drainville a créé énormément de stress, de douleur, d’inquiétude, d’instabilité pour tout le personnel de soutien scolaire avec ses coupes exagérées et extravagantes », affirme-t-il.

« Il y a beaucoup d’incertitude sur les emplois au retour, sur quel poste il sera possible d’obtenir. La plupart des gens sont en service direct à l’élève. Cela entraîne des conséquences sociales, mais aussi au niveau financier », ajoute M. Pronovost.

Il y a donc des postes qui ne sont pas pourvus parce que certains professionnels ont décidé de quitter pour faire autre chose. « Ils sont tannés de vivre cette incertitude avec un gouvernement qui agit plus « qu’ordinairement » envers le personnel de soutien scolaire », indique le président de la FPSS-CSQ.

Par ailleurs, des données envoyées par la FPSS-CSQ démontrent que dans l’ensemble du Québec, le nombre de postes total du personnel de soutien scolaire a diminué entre la fin de l’année précédente et celle en cours.

Ainsi, vers la fin de l’année scolaire en mai dernier, il y avait 42 362 postes disponibles dans la province, tandis qu’en août, au retour des classes, c’est plutôt 38 413 postes qui étaient à combler, une différence de 3 949 dans la province.

Le son de cloche est similaire du côté de Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Cette dernière constate que le recrutement est plus difficile dans la métropole qu’ailleurs au Québec.

« Ce qui est difficile dans la région de Montréal, et c’est particulièrement vrai dans le secteur de la Pointe-de-l’Île, c’est la composition de la classe. Il y a beaucoup d’élèves issus de l’immigration et des familles qui vivent dans des conditions socioéconomiques plus difficiles. Ça amène des défis dans la classe de façon supplémentaire », souligne la présidente de la FAE.

De plus, la concurrence avec les établissements privés entraîne une concentration d’élèves en difficultés dans les écoles publiques, ce qui requiert davantage de ressources dans les classes, selon cette dernière.

Les loyers plus chers, les déplacements plus longs dans les transports, la vétusté des écoles et même le manque de stationnements disponibles font en sorte que plusieurs enseignants préfèrent se tourner vers les banlieues pour exercer leur métier. « En plus, au CSSDM, il y a un gros volume de postes à combler, ça amène une complexité additionnelle », affirme Mme Hubert.

Pour Carolane Desmarais, présidente de la Fédération du personnel professionnel de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ) les données démontrent que les problèmes de rétention du personnel sont récurrents, et ce, depuis plusieurs années.

« Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a rien qui est fait par le MEQ et les centres de services scolaires pour contrer ces difficultés de recrutement. C’est un problème récurrent. La différence qu’on voit cette année, c’est qu’il y a moins de postes disponibles dans les cinq corps d’emplois répertoriés », insiste Mme Desmarais. Cela vient confirmer les coupures anticipées par les syndicats depuis l’an dernier.

Cette réalité risque d’entraîner une surcharge de travail chez les psychologues, les orthophonistes et les psychoéducateurs à l’emploi des centres de services scolaires, craint la présidente de la FPPE-CSQ.

« Les professionnels ne sont pas captifs du milieu de l’éducation. Ils sont sollicités par d’autres secteurs d’activité, que ce soit dans d’autres ministères, ou, pour la région de Montréal, on parle d’un recrutement assez intense de la part des organismes privés », constate-t-elle.

Appelé à réagir par rapport aux propos des syndicats du milieu de l’enseignement dans cet article, le cabinet du ministre de l’Éducation n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

« Une meilleure rentrée »

Contacté par EST MÉDIA Montréal, le CSSDM nous a renvoyé au tableau de bord du MEQ pour donner un état des lieux de son embauche du personnel cette année.

Du côté du CSSPI, on affirme que les « besoins se situent même à des niveaux inférieurs » par rapport à ce qui est présenté dans les données du MEQ « car la plupart de ces besoins ne sont pas des classes sans enseignant, mais plutôt des demandes de réduction de tâches ou de libération qui ne sont pas en vigueur tant et aussi longtemps que nous n’avons pas trouvé une ressource ».

« Bref, notre portrait en début de semaine était plutôt de 15 besoins à combler, dont 6, à temps complet. Depuis, ce nombre a possiblement diminué encore », soutient le CSSPI dans son courriel.

Le centre de services scolaire affirme donc connaître « une des meilleures rentrées depuis plusieurs années au niveau des besoins non comblés, autant au niveau des enseignants que du personnel de soutien ».

« Cela s’explique par une révision de notre processus d’affectation des enseignants qui nous ont permis de réellement prioriser tous les enseignants qualifiés, les finissants universitaires et notre personnel inscrit dans les nouvelles voies qualifiantes. Nous avons ainsi pu donner des réponses plus rapidement à notre personnel à la fin juin et débuter avant même de partir en vacances les besoins restants », poursuit-on dans le courriel.

Enfin, le CSSPI indique qu’au niveau des techniciens en éducation spécialisée et au niveau des professionnels, le portrait est également plus favorable que l’an dernier à pareille date.

« Nos données à ce niveau demeurent plus élevées dans le tableau de bord du MEQ (12,97 % des postes à pourvoir chez les TES, 12,31 % chez les éducatrices en service de garde), mais là aussi, plusieurs comblements ont eu lieu cette semaine et la situation dans nos milieux est plus stable que par les années passées », conclut le CSSPI.


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