
Une famille venue visiter la ferme urbaine située sur le terrain de l’entreprise Scientific Games lors de l’événement Manger et jouer sainement (EMM/Marie-Hélène Chartrand)
10 octobre 2025Portes ouvertes à la ferme urbaine de Scientific Games
L’entreprise Scientific Games, qui oeuvre dans le domaine des jeux et des technologies dont dans la création de loteries, a ouvert les portes de sa ferme urbaine à l’occasion de l’événement Manger et jouer sainement, à Montréal.
Aménagée derrière les bureaux de production de jeux de loterie instantanée de l’entreprise, située dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), la ferme, réalisée en collaboration avec la Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve (CCHM), a été présentée à la communauté. Tenue le 4 octobre dernier, la journée portes ouvertes a offert un accès inédit à ce site habituellement soumis à des mesures de sécurité strictes, l’intérieur de l’usine étant réservé aux employés autorisés.
Situé en face de la station de métro Assomption, l’immeuble de Scientific Games est un bâtiment industriel où des générations de membres de la communauté locale travaillent depuis plus de 50 ans. En effet, l’accès y est strictement contrôlé, car c’est à cet endroit que sont produits les billets à gratter de Loto-Québec, entre autres, ainsi que ceux d’autres loteries provinciales canadiennes. Mais Scientific Games a ouvert ses portes au public afin de montrer la ferme urbaine, dont le développement s’est amorcé il y a trois ans, aux familles du quartier. Ces dernières ont ainsi pu la visiter, déguster des produits frais issus de la serre et participer à diverses activités.
« Tu sais, nous, on est dans un environnement quand même relativement sécuritaire. On produit des billets de loterie instantanée à gratter. Les gens nous connaissent un peu moins. Donc, on s’est dit que c’était une opportunité d’ouvrir nos portes sans nécessairement « ouvrir nos portes ». Ça permet aux gens de venir visiter, puis un peu d’apprendre à nous connaître, puis à connaître la CCHM aussi », dit Marc-André Doyon, vice-président canadien des opérations pour Scientific Games.

Marc-André Doyon, vice-président canadien des opérations pour Scientific Games (EMM/Marie-Hélène Chartrand)
Un partenariat entre le communautaire et le privé
Depuis 2023, Scientific Games permet à la CCHM d’utiliser gratuitement et à long terme le terrain d’une superficie de 2 043 m² situé à l’arrière de son usine.
« Nous, on cherchait un collaborateur local qui serait capable d’exploiter le site à sa juste valeur. Puis, un jour, j’ai reçu juste avant les Fêtes un appel de Benoist de Peyrelongue, qui est le directeur général de la CCHM. Il m’a expliqué tout ce qu’il pouvait faire avec notre terrain adjacent. C’était quasiment trop beau pour être vrai », raconte M. Doyon, avant d’ajouter : « On a donc fait don de l’usage du terrain à la CCHM, et eux l’opèrent pour le bénéfice de la communauté. »
Depuis, le site a été transformé en « un espace agricole complet » qui comprend des parcelles maraîchères, une serre, des arbres fruitiers et une ruche. Tout a été planifié afin de « maximiser l’utilisation du terrain », explique Benoist De Peyrelongue.
L’exploitation du site a permis de récolter près de six tonnes de fruits et légumes cette année. « L’accès à un terrain de cette taille, en plein cœur de MHM, nous permet d’accroître notre capacité de production et de répondre à des besoins alimentaires croissants dans le quartier », souligne M. De Peyrelongue.
Cette production s’ajoute à celles des autres fermes urbaines exploitées par la CCHM dans l’est de Montréal. Des projets similaires ont été créés sur les terrains du 5600, rue Hochelaga, du siège social de la Société des alcools du Québec (SAQ) et, plus récemment, sur celui de l’entreprise boulangère Bimbo. « On parle quand même l’année dernière de 15 tonnes de fruits et légumes récoltés dans une quarantaine de variétés différentes », indique le directeur général de la CCHM concernant le cumul des productions réalisées dans le cadre de ces projets de ferme urbaine.

Benoist de Peyrelongue, directeur général de la CCHM (EMM/Marie-Hélène Chartrand)
Interrogé sur une possible expansion du concept à d’autres entreprises de l’est, Benoist De Peyrelongue reste prudent : « Il y aurait plusieurs autres sites qui seraient en attente, mais on va se garder une petite gêne afin de d’abord progresser au niveau de la rentabilité. C’est beau de grandir, mais il faut se rendre rentable aussi », affirme-t-il.
La contamination des sols constitue également un enjeu déterminant pour le développement de nouveaux sites. « Ça dépend de la disponibilité des terrains et de leur propreté. (…) On parle de l’est, où il y a de la décontamination à faire », fait-il remarquer. Avant de démarrer un projet avec une entreprise, deux conditions doivent être réunies, selon lui : « À la base, l’entreprise doit avoir un intérêt. Deuxièmement, le sol doit le permettre aussi. »
Redonner à la communauté
Près du tiers des récoltes issues de la ferme urbaine est remis d’office à des initiatives communautaires. « On approvisionne les organismes dans les milieux HLM, qui, eux, fournissent la communauté dans leur milieu de vie », précise M. De Peyrelongue.
De plus, une partie de la production est vendue dans l’épicerie La Collective, le marché solidaire de la CCHM. « Les gens peuvent acheter avec une tarification sociale qui va jusqu’à 70 % de rabais, le prix de base étant situé entre celui du Super C et du Maxi, des enseignes à bas prix », indique-t-il.
« Aussi, des organismes qui sont producteurs en insécurité alimentaire achètent à prix coûtant. Et pour le reste, il y a des restaurateurs, des paniers de saison, des marchés publics qui s’approvisionnent également chez nous », ajoute le responsable de la CCHM.
Des employés et une communauté impliquée
Les portes de la ferme urbaine sont ouvertes autant aux employés qu’aux citoyens souhaitant participer. « Nos employés ont la possibilité de faire du bénévolat, au même titre que n’importe qui d’autre qui veut venir prêter main-forte », indique M. Doyon.
« Ça permet à l’entreprise qui met à disposition son terrain de s’ancrer localement dans son milieu, d’offrir une expérience employée qui se distingue et de vivre quelque chose de vraiment différent », affirme, pour sa part, M. De Peyrelongue, avant d’ajouter : « L’ancrage dans la communauté se fait bien et ça développe le sentiment d’appartenance chez les employés. »
Chaque année, environ 350 personnes participent aux activités des fermes urbaines de la CCHM, que ce soit pour des ateliers, des récoltes ou par l’entremise d’initiatives d’entreprises. « Pratiquement tous les jours, il y a des gens qui descendent donner un coup de main », observe le directeur général de la CCHM.

(EMM/Marie-Hélène Chartrand)
De son côté, M. Doyon confirme que ce genre d’initiative favorise la cohésion interne : « C’est une fierté pour nos employés de savoir qu’on a cette ressource-là, qui redonne à la communauté », souligne-t-il.
Outre la production agricole, les fermes urbaines de la CCHM permettent d’offrir des activités de réinsertion sociale. « Il y a un parcours de six mois offert aux personnes qui se sont éloignées du marché du travail, et un parcours de 14 mois destiné aux personnes neurodivergentes », explique M. De Peyrelongue.
En somme, ce projet, pour Scientific Games, démontre comment une entreprise privée peut utiliser ses ressources pour soutenir des initiatives communautaires durables, tout en renforçant son ancrage local. M. Doyon estime d’ailleurs que ce modèle pourrait inspirer d’autres entreprises : « Des sites non exploités, il y en a plein à Montréal. Il y a vraiment un gros potentiel », fait-il remarquer, avant de conclure : « On est en train de développer, dans l’est de Montréal, une expertise au niveau de l’économie sociale et de l’agriculture urbaine qui est vraiment intéressante. »







