
Le 4001 Berri (Courtoisie)
22 septembre 2025Le 4001 Berri : s’unir pour durer
Alors que les enjeux d’accessibilité et de durabilité financière pèsent de plus en plus lourd sur le milieu culturel montréalais, un acteur se démarque : le Pôle artistique 4001 Berri. Regroupant plusieurs centres d’artistes — OBORO, Ada X, le Groupe Intervention Vidéo (GIV) et Turbine —, cet espace situé en plein cœur du Plateau-Mont-Royal offrant des studios et des salles d’exposition à prix compétitif, figure comme un écosystème culturel ancré dans la collaboration. Grâce à une subvention obtenue récemment de la Ville de Montréal, les membres du collectif souhaitent transformer leur bâtiment historique en un hub créatif vivant et accessible.
L’immeuble, situé au 4001 Berri, représente un lieu emblématique de la scène artistique montréalaise, et ce, depuis les années 1990. Occupé depuis par divers organismes culturels et artistiques, l’édifice accueille aujourd’hui un projet plus structurant, soit un organisme à but non lucratif (OBNL) qui propose des espaces de création abordables aux artistes, tout en favorisant une logique de travail collectif. Son fonctionnement repose sur une mutualisation des ressources, un partage de valeurs et une vision commune de donner accès à l’art et à la culture.
Modèle économique et gouvernance

Marianne Breton, directrice général d’OBORO et présidente du 4001 Berri (Courtoisie)
Le projet est né de la collaboration de trois centres d’artistes, OBORO, Ada X (anciennement Studio XX) et le GIV, rejoints plus récemment par Turbine. « Ces organismes sont tous présents depuis longtemps dans le bâtiment et forment ensemble un noyau actif, ils souhaitent tous renforcer la vocation culturelle du 4001 Berri comme carrefour créatif », explique Marianne Breton, directrice générale d’OBORO et présidente du 4001 Berri.
Le modèle économique du Pôle artistique repose essentiellement sur la location d’espaces à prix abordables. Ce fonctionnement issu de l’économie sociale lui permet de réinvestir ses revenus dans le lieu. La viabilité du projet passe aussi par le soutien de partenaires publics, comme le ministère de la Culture et des Communications, et Patrimoine canadien.
Sa gouvernance se veut participative, c’est-à-dire que chaque organisme est représenté au conseil d’administration. Plusieurs comités sont en place pour gérer les différents volets du projet : médiation, communication, financement, etc. Les décisions sont prises de façon consensuelle pour favoriser une réelle appropriation du projet par tous les partenaires. « Au-delà des structures formelles, c’est l’esprit de collaboration qui rend notre alliance efficace. Les organismes partagent des services, des idées, des projets », illustre Mme Breton. Cette logique s’incarne par exemple dans des événements comme les Journées de la culture, organisées collectivement sous la bannière du 4001 Berri.
Forces, défis et synergies
Les avantages d’un tel regroupement sont nombreux : mise en commun d’équipements spécialisés, complémentarité des expertises, soutien à la création artistique et offre culturelle enrichie pour le public. « À moyen terme, le Pôle souhaite aussi accueillir la galerie SBC, ce qui viendrait renforcer encore la pluralité des pratiques représentées », révèle la présidente.
Néanmoins, cette alliance implique aussi des défis, comme la gestion du temps, l’adaptation des équipes ou encore la communication, qui doit être constante. « Et il faut concilier les identités et les missions propres à chaque organisme tout en construisant une vision collective », ajoute-t-elle. Accompagnés par des professionnels de la mutualisation, les membres du Pôle avancent prudemment, mais résolument, dans cette voie.

Stéphanie Lagueux, coordonnatrice à la médiation et au développement numérique chez Ada X (Courtoisie)
Les disciplines représentées au sein du Pôle — arts médiatiques, numériques, visuels, vidéo — s’y croisent naturellement. Les artistes peuvent circuler entre les centres, bénéficiant de leurs différentes forces. « Par exemple, Ada X est reconnue pour ses résidences expérimentales, alors qu’OBORO possède des équipements haut de gamme pour la postproduction ou l’exposition », indique Stéphanie Lagueux, coordonnatrice à la médiation et au développement numérique chez Ada X.
Des rénovations cruciales pour l’avenir
Le Pôle a eu la chance d’obtenir récemment une subvention municipale de 421 700 $, ce qui lui permettra d’entamer des travaux prioritaires sur le bâtiment, soit la modernisation du système de gicleurs et la mise à jour des systèmes électriques, de chauffage et de sécurité. « Bien qu’invisibles pour le public, ces améliorations sont essentielles pour assurer la sécurité, la conformité et la durabilité du lieu », précise Marianne Breton.
L’objectif avec l’argent débloqué n’est donc pas de réduire le coût des loyers, mais plutôt de garantir leur stabilité et leur accessibilité dans le temps. Et même si les travaux n’impliquent pas encore d’agrandir ou de réaménager les espaces artistiques, le collectif a tout de même dans sa mire de futures transformations plus ambitieuses.
En effet, à moyen et long terme, le Pôle artistique 4001 Berri souhaite devenir un lieu de destination culturelle pour le quartier du Plateau-Mont-Royal. L’accessibilité universelle, encore absente, est donc une priorité, et d’autres projets sont en réflexion, comme la construction d’une salle de projection hybride, la proposition d’un camp de jour artistique, l’organisation de conférences ou encore la création d’un laboratoire de médiation.
Alors que la deuxième phase des rénovations majeures vient tout juste de s’achever, les membres du collectif regardent donc déjà vers la prochaine étape. « L’enthousiasme est palpable, mais les défis sont réels aussi. L’avenir du projet dépendra de l’appui de partenaires institutionnels et de la capacité des organismes à continuer de travailler main dans la main », termine la directrice générale d’OBORO.







