
Les édifices de L’Émérillon côté sud de la rue Notre-Dame Est (Emmanuel Delacour/EMM)
15 mars 2026Pointe-aux-Trembles : les locataires s’installent dans les nouveaux logements de la SDA
Les locataires de trois édifices bâtis par la Société de développement Angus (SDA) à Pointe-aux-Trembles emménagent progressivement dans leurs nouveaux logements. L’entreprise d’économie sociale a ainsi réussi à faire sortir de terre des logements abordables enchâssés dans son projet de revitalisation du Vieux Pointe-aux-Trembles.
L’ensemble immobilier, nommé L’Émérillon, comporte 109 logements abordables. Dans son ensemble, ce développement immobilier a coûté 54,6 M$ et a permis d’ériger trois bâtiments construits de part et d’autre de la rue Notre-Dame Est, à l’intersection du boulevard Saint-Jean-Baptiste.
Ainsi, l’ensemble des 46 logements du bâtiment situé au nord de la rue Notre-Dame sont aujourd’hui occupés par leurs locataires, tandis que les deux autres édifices verront leurs occupants s’établir dans les lieux au courant des prochaines semaines, jusqu’au début du mois d’avril. L’ensemble des appartements ont trouvé preneurs, indique la SDA, et lors d’une visite d’EST MÉDIA Montréal, nous avons pu constater plusieurs familles affairées à prendre possession de leur résidence.

Un des logements dans lesquels emménageront les locataires durant les prochaines semaines (Emmanuel Delacour/EMM)
« La demande a été très forte, note Marilou Hudon-Huot, vice-présidente développement et location à la SDA. On a eu plus de 500 demandes qualifiées pour le projet. »
Puisque les logements offerts sont abordables, chaque loyer de L’Émérillon est fixé conformément au Programme d’habitation abordable du Québec (PHAQ). Des seuils maximaux de revenus ont été pris en compte lors de la sélection des candidats et un tirage a été fait en fonction des typologies et des compositions de ménage. « Les appartements d’une chambre s’adressaient d’abord à des personnes seules ou des couples, tandis que pour les appartements de deux et trois chambres, on a favorisé les ménages avec des enfants. C’est important de créer les meilleurs milieux de vie pour les familles », souligne Mme Hudon-Huot.
Par ailleurs, un des objectifs du projet était de favoriser la mixité sociale, dans lequel toutes les tranches d’âge de la population pourraient être représentées. En effet, selon les données fournies par la SDA sur l’âge des locataires de L’Émérillon, le trois-quarts d’entre eux fait partie de la population active et 45 % des ménages ont des enfants.
La composition des logements construits reflète aussi ce désir de mixité. Sur les 109 unités, on retrouve un studio, 27 appartements d’une chambre à coucher, 71 de deux chambres à coucher et 10 de trois chambres à coucher.
« On ne répond pas seulement aux besoins spécifiques des personnes âgées ou des jeunes, par exemple, mais on voulait que ce soit un reflet de la société. Lorsqu’il est question d’abordabilité, on parle souvent de jeunes qui débutent dans la vie, ou les personnes retraitées, mais on oublie souvent de prendre en compte une très grosse portion de la population, soit les travailleurs qui ont des salaires qui reflètent le revenu québécois moyen », illustre Mme Hudon-Huot.
Par ailleurs, ce sont surtout les résidents de l’est de Montréal qui ont emménagé dans L’Émérillon, car 75 % des postulants proviennent de secteurs à l’est de la rue Papineau, dont 39 % de la Pointe de l’île de Montréal.
Vraiment abordable ?
La question de l’abordabilité est souvent débattue lorsqu’elle est soulevée dans le contexte de la crise de l’accès au logement. Effectivement, les paramètres de ce que constitue réellement un loyer abordable varient d’un gouvernement à l’autre et une définition claire à ce sujet ne fait pas consensus.
Dans le cas de L’Émérillon, comme nous l’avons mentionné plus haut, ce sont les critères du PHAQ qui ont été pris en compte. « Chaque type de logement est beaucoup moins cher que ce qu’on va trouver à la fois dans le marché moyen avoisinant et le loyer moyen pour du logement neuf », insiste Mme Hudon-Huot.
Ainsi, selon des données recueillies sur la plateforme Offerland et le Altus Group, le loyer moyen disponible sur le marché local entre août 2024 et août 2025 était de 1 656 $ pour un logement de deux chambres à coucher, tandis que le loyer moyen sur le marché du neuf, toujours pour une chambre à coucher, s’élevait à 2 140 $. En contrepartie, le loyer d’un logement de deux chambres à coucher dans L’Émérillon s’élève à 1 275 $.

Une image modélisée d’un appartement de L’Émérillon (courtoisie SDA)
« On dit souvent que l’abordable, il ne faut pas que ça dépasse 30 % du revenu des gens et on est vraiment dans ces taux là avec nos locataires », insiste la vice-présidente.
De plus, dans le cadre d’une entente avec la Société d’habitation du Québec, via le Fonds fiscalisé Desjardins, la SDA fixe ses loyers pour les cinq premières années du projet et les indexera en fonction des taux prévus par le Tribunal administratif du logement par la suite.
Selon les données fournies par la SDA, ce sont 76 % des locataires de L’Émérillon qui étaient précédemment mal-logés, c’est-à-dire qu’ils vivaient dans un logement inabordable, trop petit, insalubre ou inadapté à leurs besoins.
Financement
Depuis les dernières années, les coûts dans le milieu de la construction n’ont cessé de grimper, ce qui a aussi fait monter le prix des constructions résidentielles. La SDA n’a pas échappé à l’inflation qui a frappé les matériaux et la main-d’œuvre.
« On a comparé entre nos premières constructions dans le secteur Angus et nos plus récentes constructions et on est rendu au double du prix du pied carré. Ici, c’est environ 150 %, 160 % plus cher que ce que l’on a construit en 2018. Donc, cela a beaucoup augmenté en cinq ans. Quand on est dans la construction de logement abordable, il y a des décisions à prendre. Il y avait des éléments sur lesquels on ne voulait pas faire de compromis, parce qu’ils représentent une qualité de vie. Ainsi, on voulait que chaque logement puisse avoir un balcon, un espace privé extérieur. En contrepartie, nous n’avons pas conçu de lieu commun dans l’édifice pour les résidents », explique Mme Hudon-Huot.
Sur le total de 54,6 M$ pour le projet, 30,6 M$ proviennent de subventions, tandis que 24 M$ sont des prêts. En outre, puisque la SDA est une entreprise d’économie sociale sous le modèle d’OBNL, le projet immobilier est rentable, mais ne fait pas de marge de profit, ce qui permet de réduire les coûts et, conséquemment, les loyers.
Revitalisation du Vieux PAT
Bien que la portion résidentielle de ce projet soit presque complétée, la SDA continuera de travailler sur son chantier de revitalisation du Vieux Pointe-aux-Trembles.
Tout d’abord, des commerces viendront s’établir aux rez-de-chaussée des immeubles de L’Émérillon, bonifiant l’offre locale. Dans un précédent article, EST MÉDIA Montréal avait rapporté l’arrivée d’une microbrasserie dans l’un de ces locaux. Un restaurant Edward Smoked Meat s’installera aussi dans l’édifice côté nord de la rue Notre-Dame et deux autres commerces seront aussi bientôt annoncés. Ceux-ci établiront leurs pénates d’ici cet été, indique Mme Hudon-Huot.
Enfin, la SDA a aussi dans ses cartons la création d’un pôle culturel dans l’ancienne église Saint-Enfant-Jésus, elle aussi sur la rue Notre-Dame, à l’est du boulevard Saint-Jean-Baptiste. À la suite de l’achat du bâtiment à la hauteur de 621 982 $, la SDA compte créer deux salles de spectacles multifonctionnelles et y loger La compagnie des autres, un organisme circassien qui animera le pôle culturel.
La SDA projette aussi de convertir le presbytère en restaurant, de rénover une ancienne grange pour en faire une buvette de jardin saisonnière et d’aménager des espaces extérieurs polyvalents pour accueillir des événements et des activités citoyennes dans le secteur.







