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LE PLATEAU-MONT-ROYAL EST-IL ENCORE L’ARRONDISSEMENT LE PLUS CHER EN IMMOBILIER?

Depuis longtemps considéré comme l’arrondissement où le prix de l’immobilier est l’un des plus élevés à Montréal, le Plateau-Mont-Royal voit maintenant d’autres quartiers centraux le talonner. L’essor du développement commercial et l’offre grandissante des services dans d’autres territoires montréalais prisés expliqueraient ce rapprochement. 

Dans des arrondissements comme Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Rosemont–La Petite-Patrie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Ahuntsic-Cartierville, le prix moyen des propriétés en vente rejoint désormais celui observé sur le Plateau-Mont-Royal.

Selon les données fournies par le Baromètre résidentiel de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec, le Plateau-Mont-Royal domine toujours, mais l’écart s’amenuise avec d’autres quartiers centraux. Par exemple, le prix moyen des propriétés en vente sur le territoire de l’arrondissement dans les 12 derniers mois se chiffre à 604 305 $ pour un condo, 1 289 523 $ pour une maison unifamiliale et 1 133 717 $ pour un plex (2 à 5 logements). Si l’on compare avec le secteur voisin de Rosemont, le prix moyen au cours de la dernière année se situe à 568 480 $ pour un condo, 1 114 840 $ pour une maison unifamiliale et 946 309 $ pour un plex.

François Chicoine, courtier immobilier affilié au Groupe Sutton, a remarqué l’écart se réduire entre la valeur des propriétés des différents arrondissements depuis quelque temps. « Il y a une dizaine d’années, c’était plus élevé sur le Plateau que Rosemont et Villeray. Là, ça se ressemble. Si tu regardes au pied carré, la valeur des condos est à peu près la même », indique-t-il. 

François Chicoine, courtier immobilier affilié au Groupe Sutton (Photo : Groupe Sutton)

À quoi serait dû cette équivalence des prix ? Selon Marie Plourde, conseillère de ville pour le district du Mile-End pour le Plateau-Mont-Royal, une amélioration des services offerts dans les autres quartiers centraux aurait stimulé cette hausse. « Les offres, qu’elles soient en mobilité, en commerce ou en transport en commun, se sont développées. Des quartiers comme Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Rosemont, Ahuntsic, Hochelaga-Maisonneuve sont devenus aussi attractifs que le Plateau Mont-Royal. Ils ont vraiment augmenté la valeur de leurs propriétés. »

Selon Mme Plourde, le Plateau-Mont-Royal s’avérait par le passé l’endroit où on retrouvait une offre culturelle et marchande presque inexistante ailleurs à Montréal. « Avant, le Plateau, c’était l’endroit où on retrouvait des trucs vraiment exclusifs. Une offre de restauration haut de gamme, de bonnes épiceries, pâtisseries, boulangeries, des bars qui répondaient vraiment à des besoins spécifiques. Et aussi une scène culturelle hyper foisonnante. »

Marie Plourde, conseillère de ville pour le district du Mile-End pour Le Plateau-Mont-Royal (Courtoisie Ville de Montréal)

Elle constate que certains de ces atouts sont maintenant proposés par d’autres secteurs de la ville. Elle cite en exemple le fait que trois restaurants situés hors du Plateau-Mont-Royal figurent cette année parmi les établissements étoilés du guide Michelin. « Le Plateau n’en a pas eu. C’est un indicateur très fort qui démontre comment les autres quartiers se développent », croit-elle. 

Pour le courtier immobilier François Chicoine, les autres arrondissements centraux profitent également du développement de leurs artères commerciales. Il prend pour exemple la rue Masson dans Rosemont–La Petite-Patrie, la rue Fleury dans Ahuntsic-Cartierville et la rue De Castelnau-Est dans Villeray. « Il y a des restaurants le fun, des cafés, des microbrasseries un peu partout. Il y a 20 ans, il n’y avait pas beaucoup de quartiers où il y avait ça », avance-t-il. 

Toujours en demande  

Même si les coûts de l’immobilier des autres quartiers rattrapent aujourd’hui ceux du Plateau, celui-ci demeure toutefois encore très populaire auprès des acheteurs, surtout dans certains secteurs.  « Plus à l’est, on va retrouver beaucoup de familles ou des couples qui s’installent pour fonder des familles », précise Mme Plourde. 

C’est d’ailleurs dans ce secteur de l’arrondissement que l’on retrouve le plus de propriétés en vente. « Des maisons et des condos, j’en vois beaucoup dans l’est du Plateau, dans le district de Lorimier », observe la conseillère d’arrondissement.

M. Chicoine abonde dans le même sens et remarque que la partie est du Plateau, vers d’Iberville, à la limite de Rosemont, offre «un peu plus de disponibilité ». Le secteur demeure selon lui « meilleur marché ». « Sur l’autre bord du Plateau, dans le Mile-End, c’est encore assez dispendieux. Puis, il n’y a pas beaucoup de biens immobiliers disponibles », ajoute-t-il. 

Selon la conseillère de ville, en plus des familles, beaucoup de personnes seules se sont récemment portées acquéreurs d’une propriété. Une réalité qui ne serait pas sans conséquence sur les prix de l’immobilier. « C’est d’ailleurs une tendance à la hausse sur l’ensemble du territoire montréalais qui met également une pression sur le parc immobilier. Plus de personnes seules veut dire moins de personnes qui réussissent à se trouver des logements. Ce qui fait en sorte que le coût s’élève », explique-t-elle. 

Le logement social pour contrer la financiarisation de l’immobilier 

Mme Plourde déplore également la plus grande financiarisation de l’immobilier à Montréal, qui affecte particulièrement les locataires du Plateau-Mont-Royal. « Le problème du coût élevé des condos et des maisons, c’est qu’on est passé de quelque chose qui répond à un besoin essentiel, se loger, à quelque chose qui est devenu une financiarisation du logement. Il y a beaucoup de spéculateurs qui vont investir pour un profit et non pas pour loger des gens. »

Selon elle, la concentration d’un nombre toujours plus restreint de propriétaires participe à la hausse constante des coûts de l’immobilier. Citant les statistiques cumulées par une étude de l’Université McGill publiée en 2024 dans le Journal of the American Planning Association, elle affirme qu’à Montréal, « 600 propriétaires possèdent le tiers des 566 600 logements locatifs. Cette concentration de propriétaires fait en sorte que ça va faire augmenter la valeur des logements. Tout ça est interrelié. »

Pour Mme Plourde, la solution pour contrer le marché spéculatif passe par l’investissement dans le logement social. « À l’arrondissement, on procède à l’acquisition de terrains pour pouvoir développer du logement social, du logement abordable et travailler avec les groupes de ressources techniques, que ce soit les coopératives, le paramunicipal ou les fiducies. On encourage ça pour pouvoir justement contrebalancer cet effet de la spéculation immobilière. »


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