
(Image tirée de la page Facebook de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal)
21 octobre 2025Plateau-Mont-Royal : les candidats mobilisés autour des transports et du logement
C’est une lutte à trois qui se tiendra dans le Plateau-Mont-Royal le 2 novembre prochain. Les électeurs devront choisir le meilleur candidat pour gérer cet arrondissement où les enjeux du logement, de la mobilité et de l’itinérance figurent au sommet de la liste.
Cathy Wong, ancienne conseillère de Ville dans l’arrondissement de Ville-Marie et présidente du conseil municipal, veut reprendre le flambeau de Luc Rabouin, maire sortant du Plateau et candidat à la mairie de Montréal. Mme Wong retourne donc en politique municipale pour Projet Montréal.
Chez Ensemble Montréal, c’est l’architecte et ingénieur Jean Beaudoin qui s’est lancé dans la course. Avec une longue expérience en aménagement du territoire, notamment dans le cadre de collaborations avec certaines Sociétés de développement commercial à Montréal, celui-ci veut mettre fin à 16 ans de règne de Projet Montréal.
De son côté, la candidate de Transition Montréal, Maggie Bolduc, espère améliorer la coopération et le sentiment de communauté dans l’arrondissement en proposant une alternative aux deux principaux partis. Résidente du Plateau depuis neuf ans, cette spécialiste des relations de travail à l’Union des artistes (UDA) possède aussi un baccalauréat en sciences politiques.
Assurer du logement abordable
Pour Mme Wong, l’arrondissement avec sa forte densité et la diversité de sa population doit contenir une offre abordable de logements. Elle indique que le travail a déjà été amorcé avec les mesures lancées par Projet Montréal en ce qui concerne la location à court terme, particulièrement la règlementation visant les unités Airbnb illégales.

Cathy Wong, candidate à la mairie du Plateau-Mont-Royal pour Projet Montréal (Courtoisie)
« Dans le prochain mandat, ce sera « tolérance zéro » contre les Airbnb illégaux et contre les rénovictions », souligne la candidate de Projet Montréal.
Cela signifie aussi de sortir des logements du marché en rachetant des terrains et des immeubles, et en travaillant avec des organismes qui souhaitent construire des unités « hors marché ». « On a déjà des projets en ce sens qui sont en marche. Et pour un prochain mandat, mon souhait, c’est de les voir aboutir et construits », insiste Mme Wong.
C’est aussi la crise du logement qui est au sommet de la liste de priorités de Mme Bolduc. « Sur le Plateau en ce moment, c’est 10,8 % du logement qui est à but non lucratif. (…) Le reste est sur le marché spéculatif. Alors, on voit beaucoup d’unités désuètes et mal entretenues qui sont repeinturées et remises sur le marché 800 $ plus cher », s’indigne la candidate de Transition Montréal.
Le parti s’engage donc à aller chercher 20 % de logements à but non lucratif sur le territoire de l’arrondissement d’ici 2040. De plus, une administration de Transition Montréal irait « taxer les maisons de luxe de plus de 3,5 M$ », établir des fonds pour financer des HLM, mettre en place une règlementation pour protéger les maisons de chambre et créer une société paramunicipale pour la construction de logements à but non lucratif.
Transition Montréal interdirait aussi complètement la location touristique à court terme, tel que les Airbnb, dans l’ensemble de l’arrondissement. « On ne pense pas que rendre les Airbnb légaux pendant trois mois (durant la période estivale), ça va être possible de le maintenir. (…) Tant qu’il y a une crise du logement, la façon la plus simple de gérer ces plateformes-là, c’est juste de les bannir. (…) Tant qu’il y aura une porte ouverte, les gens vont en abuser », affirme Mme Bolduc.
Pour sa part, le candidat d’Ensemble Montréal espère faciliter l’accès à la propriété et permettre aux citoyens d’habiter leur quartier plus longtemps. « On veut réduire les procédures infinies, tant pour les propriétaires que les locataires », souligne-t-il.
Et une bonne façon de contrôler la montée des loyers selon M. Beaudoin serait de trouver des stratégies pour agrandir les duplex et triplex en habitant tous les logements et en permettant d’utiliser les toits des édifices résidentiels.
« Les temps pour intervenir et réussir à avoir un permis sont immensément longs (…), beaucoup à cause d’un Comité consultatif d’urbanisme (CCU) qui change et qui prend des décisions qualitatives (…). On veut comprimer ce processus-là avec des normes claires et des consultations des riverains simplifiées. Les avis du CCU vont se limiter à protéger la lumière, les droits de vue et l’ambiance sonore pour les voisins », résume-t-il. Son objectif : réduire à 90 jours le délai moyen pour les émissions de permis.
Itinérance : plus de ressources nécessaires
Comme ailleurs à Montréal, la crise de l’itinérance est plus que jamais présente sur le territoire du Plateau. Il s’agit donc d’un enjeu sur lequel la candidate de Projet Montréal veut « travailler très rapidement ».
« Il faut qu’on puisse accompagner ces personnes vulnérables de façon plus digne pour pouvoir les aider à sortir de l’itinérance. Ça veut dire qu’on va continuer à travailler sur les logements destinés aux personnes en situation d’itinérance », explique Mme Wong.
Trois projets « à court terme » sont dans les cartons, selon la candidate : un refuge de l’organisme Projets Autochtones du Québec; un projet de l’organisme le Chaînon, qui offrira une quarantaine de logements pour les femmes en situation d’itinérance; et un projet d’hébergement transitoire de la Mission Old Brewery, dans l’est de l’arrondissement.
« On va aussi vouloir continuer à travailler avec les organismes communautaires qui interviennent auprès des personnes vulnérables dans la rue, notamment l’organisme Plein Milieu, (…) qui depuis le mois d’avril offre des services de jour (…), en permettant aux personnes de venir prendre une douche, de manger et de se reposer. Il y a même une possibilité de consommer de façon sécuritaire sur place », affirme Mme Wong.

Maggie Bolduc, candidate à la mairie du Plateau-Mont-Royal pour Transition Montréal (Courtoisie)
En terminant sur ce sujet, elle indique être consciente des besoins accrus dans le secteur de Milton-Parc pour les populations autochtones itinérantes. Un plan pour relocaliser l’organisme de proximité La Porte ouverte Montréal est en cours. « On va accompagner ce projet-là et multiplier les ressources dans ce territoire en termes de sécurité, de propreté et de cohabitation », insiste la candidate de Projet Montréal.
Même son de cloche de la part de la candidate de Transition Montréal, qui veut aller vers la prévention et l’accompagnement des personnes vivant dans la rue. « On aimerait tripler l’investissement en prévention, spécifiquement auprès des organismes à but non lucratif et communautaire », explique-t-elle.
En outre, cette dernière souhaiterait « réduire le nombre d’heures supplémentaires » du Service de police de la Ville de Montréal, qui représentait 40 M$ en 2023, afin de réinvestir cette somme dans le secteur communautaire. Cela permettrait de mettre en place davantage de travailleurs de rue dans les secteurs les plus touchés par l’itinérance, comme Milton-Parc.
Mobilité : des visions différentes
L’avenue du Parc est une artère qui traverse le Plateau et « qui est encore une forme d’autoroute en plein cœur de nos quartiers et il est temps de prioriser cette artère pour la sécuriser et pour l’apaiser », avance Mme Wong. Un réaménagement de cette artère sur toutes ses intersections à partir de la station de métro de la Place-des-Arts jusqu’à la station Parc est envisagé par Projet Montréal pour sécuriser l’avenue, mais aussi pour y implanter une branche de son « REB », le Réseau express bus.
« C’est pour permettre aux Montréalais de choisir le transport public pour transiter sur l’avenue du Parc et qui va être un service 24 h, jusque dans la nuit. Il va être régulièrement disponible pour les résidents et permettra donc d’apaiser la circulation. »
De plus, la candidate de Projet Montréal souhaite « sécuriser davantage » les abords des écoles, surtout celles situées entre deux voies artérielles. Par exemple, le projet de la place-école près de l’école primaire Paul-Bruchési, où une rue a été fermée à la circulation automobile pour favoriser les déplacements à pied, est « le genre d’initiatives que l’on veut développer ». Dans un prochain mandat, l’administration de Projet Montréal souhaiterait implanter ces aménagements dans l’ensemble des districts du Plateau. En outre, celle-ci s’engage à continuer de demander au gouvernement du Québec de faire installer des radars photo à proximité de toutes les écoles de l’arrondissement.

Jean Beaudoin, candidat à la mairie du Plateau-Mont-Royal pour Ensemble Montréal (Courtoisie)
Du côté d’Ensemble Montréal, on reconnait « qu’on a un gros enjeu dans la sécurité du déplacement des gens », dit M. Beaudoin. Le candidat rappelle que 56 % des rues de l’arrondissement « sont à restaurer » et que certaines pistes cyclables « ont des enjeux de surface, mais aussi de connexion pour les riverains ».
Son équipe souhaite donc « faire un état des lieux » de la mobilité dans l’arrondissement, tout en priorisant la sécurité des piétons. « Il n’y a pas eu de planification sur la mobilité sur le Plateau depuis près de 16 ans », se désole-t-il. Ce dernier voudrait donc que l’on mette en place une telle planification pour prendre en compte les enjeux et les parcours des citoyens, particulièrement en ce qui concerne la piétonnisation de l’avenue Mont-Royal. « On veut planifier sur le court et le long terme. Tout d’abord, il y aura une piétonnisation l’an prochain, c’est sûr. Et ensuite on va s’assurer qu’il y aura une planification avec des ingénieurs de la Ville et peut-être des consultants, on verra », précise M. Beaudoin.
Il faudra donc assurer que la ligne d’autobus 97 demeure accessible en la « ramenant dans le sud », que les pistes cyclables « soient de qualité et qu’elles répondent à l’achalandage d’été » et que l’avenue Mont-Royal soit « 100 % piétonne l’après-midi ». « C’est vraiment un test qui va faire en sorte que les livraisons soient bien faites, que les collectes de déchets soient bien faites, et les parcours de citoyens aussi. »
Pour sa part, Mme Bolduc espère pouvoir miser sur une bonification des transports collectifs. « Concrètement, pour les rendre plus accessible aux personnes à faible revenu, on aimerait une tarification sociale. Tout le monde qui gagnerait en dessous 47 500 $ (par an) paierait 62,75 $ (pour un titre mensuel) au lieu de 104 $ », détaille la candidate de Transition Montréal.
En outre, celle-ci veut profiter du fait que la construction du prolongement de la ligne bleue du métro soit en cours pour mobiliser l’expertise et les connaissances dans ce domaine afin de poursuivre une expansion du réseau de transport souterrain. « Je crois que le meilleur exemple du fait qu’il ne faut pas juste faire cinq stations, arrêter le chantier et perdre ces connaissances-là : en 1966, ils avaient ouvert d’un coup 20 bouches de métro, puis un an plus tard, ils en avaient ouvert 4 (autres) », illustre-t-elle.
Par ailleurs, la candidate de Transition Montréal veut ajouter plus de lignes express d’autobus dans l’arrondissement, notamment sur la ligne 80 de l’avenue du Parc et en allongeant la ligne 97 sur l’avenue du Mont-Royal pour aller jusqu’au quartier Milton-Parc.
Enfin, Mme Bolduc voudrait limiter les contrats envoyés au privé pour la réfection des rues et trottoirs en créant Infra Montréal, une escouade municipale qui gèrerait les petites réparations et les nids de poule. « On espère qu’en ramenant ces projets-là à l’interne, ça va nous coûter moins cher, qu’on aura plus de contrôle sur les projets et que ça réduira les délais au niveau de l’inaccessibilité des commerces », propose l’aspirante mairesse.
Promouvoir le verdissement
Dans un éventuel prochain mandat, Projet Montréal « vise à agrandir certains parcs, notamment les parcs La Fontaine et Jeanne-Mance ». « On va y intégrer du verdissement qui sera déployé sur les avenues Émile-Duployé et Duluth, qui sont des voies qui séparent encore nos parcs. On voudra les verdir et les rendre encore plus plaisantes pour les piétons », explique Mme Wong.
En outre, la candidate de Projet Montréal souhaite planter 500 arbres par année, surtout sur les rues résidentielles où ceux-ci sont moins présents, continuer à promouvoir la création de ruelles vertes et mettre à jour certains de ses parcs.
Améliorer la propreté
De son côté, le candidat d’Ensemble Montréal voudrait reprendre en main la gestion de la propreté dans l’arrondissement, surtout à proximité des commerces. « On a la chance d’avoir 11 rues commerçantes, et nos espaces commerciaux sont les lieux communs les plus importants dans nos quartiers. On se fait dire que l’enjeu de propreté est immense », affirme M. Beaudoin.
La situation est particulièrement prononcée dans certains secteurs, comme celui de Milton-Parc. « On veut reprendre un projet que j’ai pu mettre en place dans le cadre de mon travail avec la SDC du Village, c’est-à-dire une brigade de proximité. Ça veut dire qu’on jumelle les personnes en réinsertion sociale pour qu’elles travaillent à la propreté », propose le candidat d’Ensemble Montréal.
Protéger le « nightlife »
En dernier lieu, la candidate de Transition Montréal affirme que son équipe veut intervenir pour éviter la fermeture d’autres salles de spectacle en raison des plaintes pour bruit excessif déposées par les citoyens, comme ce fut le cas pour le cabaret La Tulipe à l’automne 2024 ou le Divan Orange au printemps 2018.
Ainsi, un conseiller de Ville serait responsable de gérer les cas liés au « nightlife ». De plus, une administration de Transition Montréal créerait des zones culturelles dans les secteurs névralgiques, tels que sur la rue Saint-Denis et le boulevard Saint-Laurent, afin de protéger les bars et les salles de spectacle. « On veut avoir une règlementation claire et transparente. Si les gens décident de déménager au-dessus du Ballatou, sur Saint-Laurent, ils savent qu’ils sont dans une zone culturelle et que la règlementation est adaptée à cela », explique celle-ci. La candidate voudrait aussi réduire les interpellations faites par les policiers en raison de plaintes pour bruit dans ces zones. Enfin, les critères pour subventionner les petits événements émergents et les salles indépendantes seraient aussi révisés pour faciliter l’octroi de sommes.



