
Christine Fréchette (Photo : Emmanuel Delacour/EMM)
29 septembre 2026Le plan « Est » de Christine Fréchette
Dans le cadre de la campagne électorale provinciale, EST MÉDIA Montréal a entrepris de questionner les chefs des partis en lice afin de connaître leurs priorités pour l’est de Montréal. Aujourd’hui, nous vous présentons une entrevue réalisée la semaine dernière avec Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec.
EST MÉDIA Montréal : Quel bilan faites-vous des huit dernières années de la CAQ à propos du développement de l’est de Montréal?
Christine Fréchette : C’est un bon bilan. Je suis très contente de l’avancement de nombreux dossiers, même si on n’est pas à 100 % de ce que j’aurais voulu réaliser. Si je regarde la liste de 35 projets qui ont été faits sous le règne de la CAQ dans l’est de Montréal ou qui sont en cours de réalisation, ça couvre vraiment large. Tunnel Louis-H.-Lafontaine, prolongement de la ligne bleue, SRB Pie-IX, Stade olympique, investissements en tourisme, décontamination des sols, projets communautaires à travers la Mesure d’aide financière pour l’Est de Montréal et le Fonds signature métropole, nouvelles écoles… C’est plus de 11 milliards d’investissements qui ont été injectés dans l’est, nous avons fait avancer les choses et je suis fière de ça.
Au niveau du Projet structurant de l’Est, il y a eu des avancées et des reculs. C’est sûr que c’est le dossier sur lequel il faut garder le cap et mettre le pied sur l’accélérateur. Et ça, c’est mon engagement : il faut que ce projet-là aille de l’avant.
Les projets de l’est de Montréal, c’est cinq ans de ma vie. Et depuis que je suis Première ministre, je crois que tout le monde reconnait que le développement de ce territoire est dans mes priorités, personne ne doute de cela. Je l’ai prouvé d’ailleurs dès mon arrivée alors que j’ai débloqué 700 millions de dollars pour faire avancer la modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, ce qui a permis d’acquérir trois terrains pour HMR, de construire un second stationnement étagé et de répondre au besoin de 300 millions pour terminer l’étape de conception du nouvel hôpital et les plans et devis.
EMM : Quelles sont les visées de la CAQ dans l’est de Montréal en termes de sièges?
CF : Le territoire de l’est de Montréal est diversifié politiquement avec la présence de plusieurs partis. Je suis confiante que nous puissions faire un ou des gains. On travaille fort pour l’est de Montréal, alors je pense que les gens vont pouvoir le reconnaître. Nous allons ratisser le terrain pour nous assurer que le bilan soit connu et que les électeurs soient au courant de nos ambitions à venir. On a deux excellentes députées et ministres, Chantal Rouleau et Karine Boivin Roy, et on peut être encore plus présents dans l’est avec les assises qu’on s’est données depuis 2018. Je trouve que la CAQ est très crédible par rapport à ses actions dans l’est de Montréal.
EMM : Quelles sont vos priorités et vos principaux engagements pour l’est de Montréal?
CF : Je me suis engagée récemment à rendre permanentes les navettes fluviales, qui vont dépasser cette année le demi-million d’utilisateurs, ce qui démontre à quel point ce service répond à un besoin. Si nous sommes élus, ce ne sera plus un projet pilote et la saison sera également prolongée jusqu’au 1ᵉʳ novembre.
Pour ce qui est du PSE, j’ai été la première à sortir sur le sujet en campagne et à annoncer que nous irions de l’avant avec une prise en charge de CDPQ Infra pour un mode de transport qui partirait de la station de métro Honoré-Beaugrand et qui s’intégrerait dans les infrastructures existantes sans créer un nouveau tracé, donc qui serait parallèle à des liens déjà en place, pour se rendre jusqu’au bout de l’est de Montréal, et même traverser vers Repentigny et la partie rapprochée de Lanaudière.
Le PSE, ce sera un tremplin économique majeur pour l’économie de l’est de Montréal car il aura notamment un impact considérable sur le développement immobilier tout autour du tracé, tout en accélérant, bien sûr, les temps de déplacement pour les travailleurs, les étudiants, et toute la population de l’est de Montréal. C’est aussi un élément clé pour accélérer le développement des grands terrains industriels à décontaminer dans l’est de Montréal, comme ceux d’Esso que notre gouvernement vient d’acquérir à Montréal-Est. Je suis particulièrement fière d’ailleurs de ces avancées, de notre engagement à poursuivre la mise en œuvre du PSE, et de l’acquisition stratégique des terrains d’Esso, qui étaient prioritaires dans le livre blanc de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal. Quand je regarde en arrière, je vois bien le chemin parcouru.
Et l’autre grande priorité pour nous, c’est l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Tout ce qu’on pourra faire pour accélérer sa reconstruction, nous le ferons, j’ai déjà montré mes couleurs là-dessus. J’aimerais aussi rappeler que la CAQ a investi des sommes considérables pour les infrastructures de santé dans l’est de Montréal ces dernières années, dont 140 M$ à Santa Cabrini et 300 M$ à l’Institut de cardiologie de Montréal.
EMM : Revenons au terrain d’Esso. Comment voyez-vous le développement de ce secteur et quel est le rôle du gouvernement à partir de maintenant dans ce dossier?
CF : C’est, rappelons-le, un projet qui est mené en collaboration avec Investissement Québec et Fondaction, que notre gouvernement a initié et financé à la hauteur de 123 M$. À court terme, l’objectif principal est bien sûr la décontamination de ce grand terrain de 7 millions de pi².
Ce que je vois comme usage n’est pas encore officiellement arrêté, mais c’est sûr qu’il faudra que ça accueille des secteurs d’emplois structurants. Je ne veux pas que ce soit des entrepôts. Par exemple, on pourrait penser à l’aérospatial, la construction navale, ou des entreprises en technologies propres. Je n’exclus rien d’emblée, mais il faut que ce soit des secteurs porteurs d’avenir qui créeront pour l’est de Montréal des emplois de qualité.
EMM : Sur la question de l’itinérance, quel est votre plan?
CF : L’itinérance, tout le monde le réalise maintenant, ce n’est plus un enjeu strictement montréalais, mais panquébécois. Il y a nécessité d’agir en collaboration avec les villes, les groupes communautaires, le fédéral, et même le secteur privé.
J’étais déjà au printemps dernier à élaborer un plan gouvernemental de lutte contre l’itinérance, mais après avoir rencontré Pauline Marois, je me suis dit : ok, le plan dont nous allons nous doter sera un plan national qui va engager non seulement le gouvernement du Québec, mais aussi tous les partenaires que je viens de nommer. Parce que chacun a un rôle à jouer, et il faut surtout mieux se coordonner. En ce moment nous sommes souvent dans des zones grises ; qui assume quoi ; quel est le processus à suivre dans telle ou telle situation, ce n’est pas toujours clair. On doit être plus efficace et plus agile.
J’ai déjà annoncé la création d’un fonds transitoire de 250 M$ pour les municipalités si nous sommes élus, en amont d’un réel plan national de lutte contre l’itinérance, et nous allons augmenter le nombre de personnes admissibles au programme de supplément au loyer pour les gens à risque de se retrouver en situation d’itinérance, notamment. Rappelons que l’an dernier nous avons sorti de la rue 4 000 personnes, cette année j’ai monté l’objectif à 6 000.
Mais tout cela, j’en suis consciente, ce n’est pas assez car on voit que le problème persiste. Ainsi, la construction de logements abordables devient un enjeu central. C’est le manque d’équilibre entre l’offre et la demande qui contribue à la hausse des prix des logements d’une manière inconsidérée. La CAQ a déjà 15 000 logements abordables réalisés sous sa gouverne, et 16 000 autres sont en cours de réalisation, il faut continuer.
Il faut aussi aider sur tous les plans quand on parle d’itinérance. Il faut agir au niveau de la toxicomanie et de la santé mentale aussi. C’est pour ça que ça prend un véritable plan national qui implique tous les partenaires. Par ailleurs, j’ai été la première à nommer un ministre responsable en matière de lutte à l’itinérance en la personne de Lionel Carmant en avril dernier.
EMM : Où vous situez-vous quant à la demande des organismes communautaires de bénéficier de plus de financement à la mission, et moins aux projets?
CF : Je suis d’accord pour qu’on soit davantage dans le soutien à la mission. Je ne m’attends pas à ce qu’un organisme communautaire réinvente la roue toutes les années. Ce que je tiens à dire, c’est que leur rôle est crucial et essentiel et on l’a reconnu dès le début de la pandémie, par ailleurs en doublant notre financement au milieu communautaire, qui est aujourd’hui à environ deux milliards. Là j’entends que ce n’est pas assez, nous sommes en train d’analyser ces besoins et notre objectif serait de proposer un nouveau plan d’action en novembre, si nous avons la confiance des Québécois·es.
EMM : Quelle réalisation de la CAQ dans l’est de Montréal vous inspire le plus?
CF : Je dirais que plus je regarde comment se déroule la gestion du projet de modernisation du Stade olympique, plus je trouve cela extraordinaire. C’est un projet en mode collaboratif qui fonctionne super bien. Les risques sont partagés, les bénéfices sont partagés, ce qui fait que tous les partenaires ont intérêt à s’aligner pour que ça roule. En ce moment, au stade, le grand chantier est dans les temps, et dans les budgets. Ça m’inspire au point que je me suis engagée dans cette campagne pour que le gouvernement considère ce mode de fonctionnement pour tous les projets de 10 M$ et plus, si applicable et souhaitable.
EMM : Qu’avez-vous envie de dire aux citoyen.nes de l’est de Montréal, en terminant?
CF : Je connais tout le potentiel que l’est de Montréal recèle, et je suis particulièrement fière d’avoir œuvré à déployer ce potentiel-là depuis 2016 (NDLR : Christine Fréchette était présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal du 5 décembre 2016 au 27 mai 2021). Je suis fière du cheminement parcouru et je suis ambitieuse pour la suite, et même pressée pour l’est de Montréal. Les gens peuvent compter sur moi, je pense que j’ai tout ce qu’il faut pour mener à bien cette barque-là, avec mon profil à la fois économique, ma grande connaissance du milieu de l’est de Montréal et de ses acteurs, ma capacité à faire arriver les choses, et d’être rassembleuse. Et je dirais d’aller voter, bien sûr!
Cette entrevue a été éditée par souci de clarté.







