Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois (photo : EMM).

PLAMONDON A DES VISÉES DANS L’EST DE MONTRÉAL

Les deux chefs souverainistes étaient de passage dans l’est de Montréal la semaine dernière. Après un saut d’Yves-François Blanchet du Bloc Québécois dans Hochelaga le 4 août, c’était au tour de Paul St-Pierre Plamondon de rencontrer ses troupes, cette fois dans Pointe-aux-Trembles samedi dernier. Nous avons profité de l’occasion pour discuter des enjeux de l’est montréalais avec le chef du Parti Québécois, en tournée estivale.

Visiblement, le jeune leader péquiste était bien informé des dossiers de l’heure dans la région, citant d’entrée de jeu une douzaine d’enjeux « qui préoccupent le Parti Québécois dans l’est de Montréal. » Parmi ceux-ci, Paul St-Pierre Plamondon insistera particulièrement sur la situation problématique du logement, qui selon lui mériterait plus d’attention du gouvernement caquiste. « Je ne conçois pas que nous fassions face à un gouvernement qui affirme qu’il n’y a pas de crise du logement, alors que c’est évident que oui. Ça fait des années que le PQ réclame la construction de 5 000 nouveaux logements sociaux par année, supplémentaires à ceux qui sont en attente de construction, alors que la CAQ a simplement repris le programme précédent des libéraux en ajoutant 500 logements par année. C’est nettement insuffisant mais ça ne semble pas les préoccuper. Et cette situation est particulièrement dommageable pour l’est de Montréal », affirme-t-il.

Le chef péquiste, se disant plutôt en mode « écoute » en ce début du mois d’août auprès des militants du parti un peu partout au Québec, n’en demeurera pas moins assez virulent envers ses adversaires politiques, qu’il grafignera allégrement tout au long de l’entrevue d’une vingtaine de minutes. Évidemment, il abordera l’enjeu du REM de l’est.  « Sous un gouvernement péquiste, le REM dans l’ouest n’aurait pas été, tout d’abord, un cadeau pour les comtés libéraux. Ensuite, le modèle financier de ce projet, à l’est comme à l’ouest, très important il faut le dire, n’aurait pas été monté en fonction des intérêts de la CDPQ et toutes sortes d’autres intérêts économiques, mais plutôt en fonction de desservir le mieux possible la population. Quand l’intérêt public n’est plus dans la discussion, comme c’est le cas actuellement avec le REM de l’est, il y a un méchant problème », clame-t-il.

Paul St-Pierre Plamondon pointera également du doigt lors de l’entrevue le piètre état de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, la quantité moindre d’espaces verts dans l’est, le manque de places en garderie et le sous-investissement dans les cégeps francophones (il condamnera particulièrement le gouvernement Legault dans le dossier Dawson), entre autres. « Pour moi, l’injustice grave qui marque l’est de Montréal et qui l’affecte dans son ensemble, c’est l’iniquité en termes d’investissements publics que subit la région depuis des années, voire des décennies comparativement à l’ouest de Montréal. Et pour ma part, c’est encore vrai avec la CAQ, malgré leurs prétentions », dit-il.

Reconquérir l’est de Montréal

Le Parti Québécois a subi une raclée historique dans l’est de Montréal aux dernières élections provinciales, perdant toutes ses assises au profit de la CAQ (Pointe-aux-Trembles et Bourget) et de Québec Solidaire (Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont). Comment le chef perçoit-il la situation et l’état de ses troupes sur le terrain, à 14 mois du prochain scrutin? « Nous avons encore une bonne base militante dans l’est de Montréal, beaucoup de jeunes également, et de très bons candidats vont être annoncés lors des prochaines investitures », soutient M. St-Pierre Plamondon.

Le président du conseil exécutif national du Parti Québécois, Dieudonné Ella Oyono, en discussion avec le chef Paul St-Pierre Plamondon, le 7 août dernier dans Pointe-aux-Trembles (photo : EMM).

Pour lui, le succès de la formation politique repose avant tout sur sa capacité à remettre sur les rails le mouvement indépendantiste, « ce que ne fera pas Québec Solidaire », dit-il. Et il ajoute : « La pandémie a démontré notamment à quel point c’est primordial pour le Québec de pouvoir contrôler ses frontières, ses aéroports, alors que le fédéral a beaucoup trop tardé à les fermer lorsque la situation l’imposait. Quand nous avons demandé des transferts en santé alors que notre système croulait, on s’est fait dire non par Ottawa; quand on demande d’appliquer la loi 101 dans les entreprises à charte fédérale, c’est encore non, pour ne citer que ces exemples parmi tant d’autres. Alors, est-ce qu’on va continuer d’accepter, comme électorat, notre déclin linguistique, culturel et économique doucement, sans rien dire? Il faut ranimer cette prise de conscience, et je pense que l’est de Montréal sera à l’écoute, comme elle l’a été historiquement envers le discours indépendantiste. »

Confronté au fait que les trois autres principaux partis se partagent en ce moment les circonscriptions de l’est montréalais, alors que le PQ n’en possède aucun, Paul St-Pierre Plamondon a rétorqué que la région est loin, selon lui, d’être bien représentée, pour autant, à Québec. « D’abord, je trouve que c’est malheureux que les gens dans le nord-est de l’Île n’optent historiquement que pour le Parti Libéral, élection après élection, alors qu’on le sait, les libéraux n’ont pas et n’ont jamais eu l’est de Montréal à cœur. On ne les voit pas, et on ne les entend pas. En ce qui concerne QS, ils ont fait leur camp avec le wokisme, et on voit que ça commence à être difficile à gérer, même à l’interne, alors qu’au PQ on a fait notre camp plutôt du côté d’une social-démocratie, et je crois que ça va jouer aux prochaines élections », avance le chef péquiste. Il explique son affirmation par « la ligne de fracture amenée par le wokisme qui va très probablement définir aussi la prochaine campagne. » Il se dit par ailleurs très conscient que le racisme, notamment, est un défi, mais ne pense pas « que c’est en radicalisant davantage les rapports que l’on va créer une véritable famille de Québécois avec leurs différences. »

Quant à la CAQ, Paul St-Pierre Plamondon écorche sans surprise la formation qui a fait une percée montréalaise en remportant, justement aux mains du PQ, les comtés de P.A.T. et Bourget. « Quand les Québécois vont se faire dire de voter du bon bord, comme dans le temps de Duplessis, parce que la CAQ gère un peu comme dans le temps de l’Union Nationale, j’ai hâte de voir s’ils vont opter cette fois pour un parti que l’on sait maintenant clairement fédéraliste et affairiste. Tout est extrêmement centralisé à la CAQ autour de la garde rapprochée de François Legault, les autres députés et ministres, on ne les voit pas, on ne les entend pas. Lorsqu’on leur parle d’enjeux locaux, on entend le silence, le bruit des criquets, même dans l’est de Montréal. Ils n’ont pas de sensibilité pour les enjeux locaux », termine le successeur de Jean-François Lisée. On sent que les armes s’affûtent déjà en vue de l’automne 2022…