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Salaires, conditions, quels sont les défis de la profession enseignante?

Selon les données les plus récentes, des milliers de postes d’enseignants seraient toujours vacants au Québec, en ce début d’année scolaire. Dans quelle mesure le salaire influence-t-il la décision d’accepter ou de refuser un poste? Quels sont les revenus des enseignants? Ou bien serait-ce plutôt leurs autres conditions de travail qui influencent leurs décisions ?

Occupant un emploi régi par le gouvernement et syndiqué, de surcroit, un enseignant, qu’il travaille dans une institution publique au primaire ou au secondaire, peut connaitre ses conditions salariales avant même d’entrer en poste. Il s’agit en effet de données conventionnées et pouvant être consultées par tout un chacun.

Les salaires actuels

Les dernières ententes négociées sont entrées en vigueur au cours de l’année 2024. Elles ont été signées entre le gouvernement et trois syndicats : la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), l’Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec (APEQ) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Les trois rassemblements de syndicats ont une échelle unique en ce qui concerne le salaire. Ce dernier est déterminé selon 16 échelons, qui représentent tout autant d’années d’expériences. Par exemple, un enseignant qui aurait terminé ses études au printemps 2025 et qui serait entré en fonction en août 2025 toucherait 54 119 $ par année. Et si le même scénario se déroulait l’an prochain, il toucherait 56 013 $ pour sa première année d’enseignement.

Un enseignant en 9ᵉ année de carrière toucherait cette année 79 637 $. S’il atteint cette même étape l’an prochain, son salaire serait alors de 82 424 $.

Pour un membre du personnel expérimenté comptant 16 ans d’ancienneté, le salaire cette année atteint 105 432 $, le plafond actuel, qui passera à 109 121 $ l’an prochain.

Heidi Yetman, présidente de l’APEQ (Courtoisie)

Ce qu’en pensent les principaux intéressés

À L’APEQ, on se réjouit, en partie, de ces conditions salariales. « La dernière ronde de négociations a permis une hausse salariale qui atteint maintenant la moyenne canadienne. Avant, le Québec se trouvait parmi les provinces offrant les plus bas salaires pour les enseignants débutants », explique Heidi Yetman, présidente de l’APEQ, qui réunit 8 000 enseignants anglophones.

Elle estime néanmoins que le salaire reste insuffisant, surtout pour les enseignants débutants. « Le salaire d’entrée au Québec reste inférieur à celui des autres provinces. » Elle aimerait notamment voir une réduction du nombre d’échelons en début de carrière.

Le salaire contribuerait à la pénurie d’enseignants actuelle, selon la présidente de l’APEQ. « Depuis 20 à 30 ans, les enseignants du Québec sont parmi les moins bien payés au Canada en termes de carrière complète », fait-elle remarquer. Selon Mme Yetman, le problème ne réside pas nécessairement dans le nombre d’enseignants, mais dans la qualité des conditions de travail. Pour illustrer ses dires, elle évoque qu’entre 20 % et 50 % des nouveaux enseignants quitteraient la profession durant leurs cinq premières années de carrière. De plus, 17 000 enseignants auraient quitté la profession au cours des 20 dernières années, sans compter les départs à la retraite.

Elle critique entre autres le fait qu’il faille accumuler trop d’années pour atteindre le sommet de l’échelle salariale au Québec, alors que dans la majorité des autres provinces, cela prendrait entre 8 et 10 ans, et rarement plus de 11. « Ce long délai contribue à la dévalorisation de la profession et explique en partie pourquoi les enseignants québécois sont parmi les moins bien rémunérés sur l’ensemble de leur carrière », croit-elle.

Une profession qui serait peu valorisée

Malgré le haut niveau d’éducation requis, la profession enseignante manquerait de valorisation. « Les enseignants ne se sentent pas valorisés par les responsables politiques », rapporte Mme Yetman au sujet de ses membres. Elle donne l’exemple du traitement réservé à la FAE, dont les membres ont été en grève pendant un mois sans obtenir de réelle reconnaissance.

La valorisation passe aussi par les comparaisons internationales, selon la syndicaliste. « En Finlande, les enseignants sont aussi respectés que les médecins ou les avocats, la profession exigeant une maîtrise universitaire. » Elle oppose cette situation à celle qui se déroule actuellement au Québec. « En raison de la pénurie, on permet à des personnes non qualifiées de devenir enseignants après une formation accélérée. Alors, environ un enseignant sur dix n’est pas qualifié, ce qui a des conséquences négatives sur les apprentissages des élèves », croit-elle.

Le public québécois, lui, valoriserait davantage les enseignants ainsi que l’école publique. « La perception du public à notre égard est généralement favorable ; celle des politiciens est souvent déconnectée des réalités du terrain », estime la présidente de l’APEQ.

Des réalités professionnelles de plus en plus difficiles?

Depuis la pandémie, les classes seraient devenues beaucoup plus complexes. On y constate une augmentation de troubles anxieux, de dépressions et de troubles d’apprentissage et de comportement chez les jeunes, indique Heidi Yetman.

Selon la présidente de l’APEQ, les compressions budgétaires qui ont cours signifient aussi moins de professionnels et de personnel de soutien dans les écoles, ce qui alourdit la tâche des enseignants. « Et paradoxalement, il y avait en réalité moins de postes offerts que l’année précédente, malgré une hausse du nombre d’élèves », fait-elle remarquer.

Elle ajoute que les nouvelles politiques au sujet des cellulaires et du vouvoiement augmentent aussi la charge de travail des enseignants.

Les solutions

Valoriser les enseignants ne se limite pas à une question de salaire, selon la présidente de l’APEQ, mais passe aussi par l’écoute active des personnes sur le terrain. « Il est essentiel que les enseignants soient impliqués dans l’élaboration des programmes et politiques scolaires. » Elle aimerait également voir revenir l’ancienne mesure gouvernementale qui offrait des bourses aux étudiants inscrits dans les programmes universitaires en éducation qui, selon elle, « pourrait inciter davantage de personnes à entrer dans la profession ».

La réduction de la taille des classes, surtout au primaire, et l’augmentation des services aux élèves (professionnels et personnel de soutien) soulageraient aussi grandement les enseignants, d’après Mme Yetman.

Néanmoins, la solution principale reste d’investir massivement en éducation. « C’est prouvé, chaque dollar investi représente un retour sur investissement pour la société », insiste-t-elle.

La semaine dernière, Le Devoir rapportait que le gouvernement du Québec et l’une des principales fédérations d’enseignants ont mis en place une nouvelle entente offrant plusieurs incitatifs financiers pour recruter des enseignants retraités dans le réseau scolaire afin de répondre à la pénurie.

NDLR : À noter que les données partagées dans cet article ne concernent que les enseignants réguliers à temps plein. La présente échelle salariale est effective depuis le 1ᵉʳ avril 2024 et sera en vigueur jusqu’au 31 mars 2028.

Les différentes conventions collectives consultées 


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