
Rue Saint-Hubert, Montréal, [192-], Archives nationales à Montréal, Fonds La Presse (06M,P833,S3,D867), Photographe non identifié
30 août 2025Le patrimoine bâti de la rue Saint‑Hubert, un axe montréalais aux visages multiples
La rue Saint-Hubert fait partie de ces artères qui dévoilent Montréal par strates, d’un bout à l’autre de l’île. Quand on en retrace l’histoire, c’est l’activité commerciale foisonnante de la Plaza Saint-Hubert, dès le début du XXᵉ siècle, qui occupe souvent le premier plan. Mais cette artère raconte aussi l’évolution urbaine de la ville sous différents angles, que ce soit l’hygiène publique, la culture populaire, l’éducation, la bourgeoisie ou encore la vie religieuse. Voici quelques exemples qui illustrent les différentes facettes historiques de la rue Saint-Hubert d’hier à aujourd’hui.
Le Monastère des Pères du Très-Saint-Sacrement : de la spiritualité à l’engagement communautaire

Le Monastère en 1936 – Archives Ville de Montréal VM94-Z124_141
Situé au 4450 rue Saint-Hubert, au cœur du Plateau-Mont-Royal, le Monastère des Pères du Très-Saint-Sacrement forme avec le sanctuaire du Saint-Sacrement un ensemble conventuel emblématique, érigé entre 1890 et 1929. Ce lieu historique est le premier en Amérique du Nord à avoir été consacré à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, une vocation spirituelle portée par la congrégation française arrivée à Montréal en 1890.
Le sanctuaire, dont la construction débute dès 1893 donne sur l’avenue du Mont-Royal et se distingue par son importance religieuse et patrimoniale. Le monastère, quant à lui, est ajouté en 1928 et s’intègre harmonieusement au tissu urbain.
Classé monument historique depuis 1979, l’ensemble a traversé les épreuves du temps, notamment un incendie survenu en 1982 qui a endommagé le sanctuaire. Celui-ci a été restauré avec soin pour retrouver son apparence d’origine. Depuis 2004, il a été confié aux Fraternités monastiques de Jérusalem, qui perpétuent la tradition spirituelle du lieu.
Le monastère, de son côté, a évolué vers le communautaire. Il abrite aujourd’hui le Centre de services communautaires du Monastère qui regroupe une quinzaine d’organismes œuvrant pour le bien-être des résidents du quartier. « Ce lieu est un exemple de réutilisation respectueuse du patrimoine religieux, où la vocation communautaire a pris le relais de la vocation spirituelle », souligne Dinu Bumbaru, directeur des politiques et porte-parole d’Héritage Montréal.
Bain Saint-Denis : de l’hygiène publique à la piscine

Bain Saint-Denis : 7075 Saint-Hubert – [192-] CA M001 VM094-Y-1-17-D0411 1. Photographie : négatif sur verre n&b ; 12,5 x 17,5 cm, Archives de la ville de Montréal
Aujourd’hui, le site est toujours utilisé comme piscine publique : la Piscine Saint-Denis. Le bâtiment a ainsi conservé sa vocation initiale, adaptée à une fonction récréative plutôt qu’hygiénique.
L’édifice Gilles-Hocquart : de l’enseignement supérieur aux archives nationales

Édifice Gilles-Hocquart. Façade principale, vue depuis le Square Viger, vers 2010 (Photo : Société immobilière du Québec 2010)
Situé au coin des rues Viger et Saint-Hubert, à la limite du Quartier latin et du Vieux-Montréal, l’édifice Gilles-Hocquart est un monument emblématique du patrimoine montréalais. Lorsqu’il ouvre ses portes en 1910, sa première fonction fut d’accueillir l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) et, dès 1911, il devient un haut lieu de l’enseignement supérieur francophone. Cette institution illustre l’importance accordée au commerce à cette époque, comme le souligne M. Bumbaru d’Héritage Montréal : « C’était une institution qui marquait la volonté des Canadiens français de se doter d’une compétence en commerce. »
Érigé en pierre de taille bouchardée et en briques pressées, l’édifice est un exemple marquant du style Beaux-Arts. Sa façade monumentale, ses colonnes et son hall d’honneur imposant témoignent du souci de prestige associé à la vocation académique de l’immeuble.
Après avoir accueilli l’École des HEC, l’édifice est occupé par le Collège Dawson jusqu’en 1988. Cette année-là, il est acquis par l’État québécois, qui y voit un potentiel de reconversion pour des usages publics liés au savoir et à la mémoire collective. Entre 1997 et 1998, une importante phase de réaménagement est entamée pour permettre au site d’accueillir des départements administratifs et publics du Centre d’archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ) du Vieux-Montréal.« La salle de consultation des archives est un espace exceptionnel, avec des galeries et des planchers de verre. Ça a été magnifiquement transformé pour accueillir les Archives nationales dans les années 1990 », s’exclame Dinu Bumbaru.
Aujourd’hui, l’édifice Gilles-Hocquart regroupe l’ancienne école des HEC, la maison Marie-Hélène Jodoin et une annexe moderne, ajoutée en 1999 pour répondre aux besoins de conservation et de diffusion. L’ensemble architectural est cité comme immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle par la Ville de Montréal et s’inscrit dans le secteur patrimonial du Square Viger.
L’ancien HEC conserve ainsi sa vocation de lieu de savoir et de mémoire, désormais tournée vers la conservation des archives nationales. Pour Dinu Bumbaru, « c’est un grand monument de la rue Saint-Hubert », qui illustre la continuité entre le patrimoine institutionnel et sa réutilisation contemporaine.
Le Théâtre Plaza : mémoire d’un lieu, renaissance d’un symbole

Théâtre Plaza, Montréal, [192-], Archives nationales à Montréal, Fonds La Presse, (06M,P833,S3,D1020), Photographe non identifié.
L’arrivée de la télévision entraîne toutefois un déclin pour de nombreuses salles de quartier. « En 1957, avec l’arrivée de la télévision, il a connu des difficultés. Il a été réduit de moitié et fermé dans les années 1970. Le théâtre a ensuite abrité un magasin de chaussures puis un laboratoire photo », explique-t-elle.
Aujourd’hui, le bâtiment abrite à nouveau une salle de spectacles au deuxième étage, alors qu’on retrouve la boutique de sous-vêtements La Vie en Rose au premier étage.
Un axe résidentiel de prestige
Le tronçon de la rue Saint-Hubert situé entre la rue Sherbrooke Est et l’avenue du Mont-Royal Est est reconnu pour sa valeur patrimoniale. Aménagé principalement entre 1905 et 1914, le secteur se caractérise par de grands triplex en pierre et des résidences bourgeoises de l’époque. Ce secteur, demeuré relativement intact, témoigne de la prospérité résidentielle du début du XXᵉ siècle.
L’architecture de ce secteur reflète une époque où Le Plateau-Mont-Royal attirait une bourgeoisie francophone désireuse d’afficher son statut. Denis Boucher, président du Conseil du patrimoine de Montréal, souligne « la richesse des façades : pierres travaillées, ornements inspirés de courants européens, motifs élaborés, absents des constructions plus modestes ».
Selon lui, cette portion de la rue présente une succession de triplex et de maisons comparables aux bâtisses les plus notables d’Outremont. Gabriel Deschambault, administrateur de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, précise : « Entre Marianne et Rachel, on retrouve des bâtiments remarquables par leur décor, avec d’immenses galeries en façade et des colonnades qui supportent les balcons ». Il ajoute que « ce secteur a conservé une cohérence remarquable, avec peu de transformations au fil des décennies ».
Pour Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal, la rue Saint-Hubert se présentait comme une « rue chic de la fin du XIXᵉ, début XX e siècle», où la qualité résidentielle complétait la vocation marchande de l’artère.







