Le quartier Parc-Extension avec à l’arrière un pavillon du Campus MIL de l’Université de Montréal (Stéphane Plante/EMM)

PARC-EXTENSION : UNE HAUSSE DES PRIX POUR LE PARC LOCATIF

Longtemps considéré comme l’un des secteurs les plus abordables à Montréal, le quartier Parc-Extension a vu son parc locatif subir une flambée des prix du logement au cours des dernières années. L’arrivée du Campus MIL de l’Université de Montréal, établi à la frontière d’Outremont et de Parc-Extension, est fréquemment citée comme l’un des facteurs ayant contribué à cette croissance, accompagnée d’un phénomène d’embourgeoisement du secteur.

La Ville de Montréal annonçait la semaine dernière son projet d’implantation d’habitations modulaires dans le secteur MIL. « Ce sont des bâtiments préfabriqués qui ont servi aux ouvriers d’Hydro-Québec qui ont construit la centrale La Romaine dans le Nord-du-Québec », explique Guillaume Rivest, chargé de communication et relationniste pour la Ville de Montréal. Ce dernier tient à préciser que le projet immobilier vise surtout à aider « des personnes autonomes en processus de réinsertion qui essaient de reprendre le contrôle de leur vie en attendant d’avoir un logement. »

M. Rivest parle de cette initiative comme d’une « solution temporaire » destinée à une trentaine de personnes vulnérables. Les habitations modulaires seront supervisées par des organismes communautaires qui s’assureront d’offrir des services sur place.  

Malgré une initiative comme celle-ci implantée dans le secteur, Amy Darwish, coordonnatrice au Comité d’action de Parc-Extension (CAPE), souligne que la crise du logement et la hausse du coût des loyers restent très préoccupantes dans le quartier. Selon elle, cette augmentation généralisée des prix se manifestait dès 2017, mais l’ouverture du campus MIL en 2019 a accéléré le phénomène. « Depuis, les loyers ont presque doublé, voire triplé dans le quartier. Quand j’ai commencé à travailler au CAPE en 2019, c’était possible de trouver des 4 et demi ou des 5 et demi à 800 ou 900 $ par mois. À ce point-ci, c’est presque impossible d’en trouver pour moins de 1500 $ », précise-t-elle. 

Photos représentant les futures habitations modulaires (Courtoisie Ville de Montréal)

Selon le rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) pour l’année 2024, l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension a vu ses loyers augmenter à hauteur de 16 % en moyenne, pour toutes les dimensions de logements. Les 3 et demi ont subi la plus forte hausse avec une augmentation de 27 % par rapport à 2023. 

Comme l’observe Mme Darwish, cette flambée des prix accentue la précarité chez les locataires. « Nous voyons des locataires qui payent quasiment la totalité de leurs revenus en loyer et qui doivent couper dans d’autres dépenses telles que le transport en commun, les épiceries, les médicaments pour être en mesure de survivre. »  

Toujours selon la coordonatrice au CAPE, l’une des plus grandes conséquences de l’implantation du campus MIL reste la discrimination des propriétaires dans le choix de leurs futurs locataires. « Ils ont l’impression qu’ils peuvent choisir des locataires beaucoup plus fortunés. On voit aussi une discrimination envers des locataires immigrants, des locataires racisés, des locataires à faible revenu. Et beaucoup de propriétaires ne veulent plus louer à des familles. Ils préfèrent louer aux étudiants et aux professionnels qui commencent à s’implanter dans le quartier. »

Dans un courriel, Geneviève O’Meara, porte-parole et conseillère principale des relations avec les médias pour l’Université de Montréal, indique être consciente que « le campus MIL amène des étudiants à vouloir se loger dans le secteur ». Elle affirme également que même si le rôle de l’Université de Montréal « n’est pas de construire des logements sociaux », l’institution participe activement à différentes tables citoyennes en plus de soutenir les initiatives qui en découlent.  

À titre d’exemple, Mme O’Meara rapporte que l’Université de Montréal est devenue membre de l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE) à la fin de 2023. « Et depuis, par l’intermédiaire de différents comités, nous réitérons notre engagement auprès de tous les partenaires travaillant à trouver des solutions aux questions d’habitation », soutient-elle.

Par courriel, Camille Bégin, relationniste à la Ville de Montréal, souligne que des moyens que ce secteur de Parc-Extension a bénéficié de « leviers d’interventions pour limiter ces hausses ». Elle cite en exemple « une entente d’inclusion pour l’ancienne gare de triage qui a permis d’assurer une mixité de projets résidentiels, incluant des logement sociaux et communautaires. » Cette initiative aurait permis la construction de « 224 logements sociaux et communautaires et 125 logements abordables désormais habités sur l’ancienne gare de triage.»

De plus,  Mme Bégin affirme que « la Ville est active également via le droit de préemption, qui permet d’acquérir des immeubles pour préserver l’abordabilité de ceux-ci ou éventuellement développer de nouveaux logements hors marché. »

Selon elle, la Ville de Montréal s’est ainsi porté acquéreur de « huit immeubles situés dans Parc-Extension, représentant un potentiel de plus de 260 logements. Parmi ces acquisitions, un projet de 31 logements est actuellement en construction sur l’un des sites. D’autres lots sont assujettis et pourraient être éventuellement acquis. »

Reprises de logement et évictions

Selon les observations du CAPE au cours des dernières années, d’autres conséquences que la hausse du prix des loyers à Parc-Extension se manifestent depuis la venue du Campus MIL. « On a plus de témoignages de la part des locataires par rapport à des tentatives de reprise de logement, d’éviction, de non-renouvellement de bail, des menaces de rénovation majeures », explique Mme Darwish.   

Ces manœuvres des propriétaires à l’affût d’un profit rapide peuvent-elles être encadrées? Selon la coordonnatrice du CAPE, l’arrondissement a tenté de limiter l’émission de permis pour des évictions pour des agrandissements et des subdivisions. Par contre, ces démarches n’ont pas donné de résultats concluants. « Ça a un peu encadré, mais, souvent, les propriétaires changent de tactique. Par exemple, au lieu de faire une demande d’éviction pour agrandissement, ils ont tout simplement recours aux travaux majeurs comme un moyen pour obtenir le départ des locataires, faire quelques travaux de surface et puis augmenter le loyer par la suite. »

Itinérance cachée 

Même si des campements ont commencé à s’établir autour du terrain de l’épicerie Maxi située près de la station de métro Parc, Mme Darwish croit que c’est surtout l’itinérance cachée qui touche un grand nombre de citoyens de Parc-Extension affectés par le prix des logements. « Des gens sont forcés de rester avec des membres de la famille, de dormir sur les divans des amis. Ou ils doivent se payer une chambre à des montants exorbitants. Des gens qui payent 600 $ par mois pour louer un lit dans une chambre avec quatre autres personnes. Ils ne sont pas visibles dans les rues, mais ils n’ont pas de logement décent », indique-t-elle.  

Des pistes de solutions 

Pour donner un répit aux locataires, la coordonnatrice du CAPE prône un plafonnement du coût des loyers. « L’imposition d’un vrai contrôle de loyer avec un plafonnement des prix permettrait aux locataires d’être capables de rester dans leurs logements. »

Le CAPE souhaite également « un investissement immédiat dans la construction massive de logements sociaux ». Mme Darwish salue d’ailleurs les « mobilisations populaires menées par les locataires du quartier » qui ont incité, selon elle, la Ville de Montréal à se porter acquéreur de terrains à Parc-Extension pour y construire des logements sociaux. D’autres organismes comme la coopérative Monde-Uni collaborent d’ailleurs avec le CAPE pour déterminer les projets qui se trouveront sur des terrains de la rue Jarry et du boulevard de l’Acadie.

Mme Bégin tient aussi à rappeler que « la Ville de Montréal a lancé un appel à projets visant à renforcer le soutien et l’accompagnement offerts aux comités de logement et aux associations de locataires présents sur son territoire. Parmi les organismes retenus figure le Comité d’action de Parc-Extension, reconnu pour son engagement dans la défense des droits des locataires. »


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