
Un des panneaux de Branded Cities à Anjou (André Bérubé/EMM)
18 août 2025Panneaux publicitaires : MHM serre la vis
Tantôt bannis, tantôt une source lucrative de revenus, les panneaux d’affichage n’ont pas fini de faire parler d’eux à Montréal. Dans le sillon des arrondissements de Rosemont—La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal qui sont intervenus pour interdire leur présence sur leur territoire, Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM) s’apprête à resserrer la réglementation visant les enseignes publicitaires.
Selon les plus récents documents décisionnels de MHM, l’administration souhaite modifier son règlement d’urbanisme afin d’encadrer les enseignes et les panneaux publicitaires. Plus précisément, l’administration du maire Pierre Lessard-Blais veut obliger « les entreprises qui les exploitent à retirer tout panneau publicitaire se trouvant dans un rayon de 100 mètres d’une zone où l’usage est « habitation » », selon un point à l’ordre du jour du conseil d’arrondissement du 11 août dernier.
La nouvelle règlementation n’a toutefois pas été adoptée au dernier conseil, mais sera remise à la prochaine séance en septembre, selon les informations qui nous ont été transmises par l’équipe du maire. Contacté par EST MÉDIA Montréal, ce dernier n’a pas voulu commenter la décision avant l’adoption du point à l’ordre.
Toutefois, les documents de MHM expliquent la politique de l’arrondissement en ce qui concerne l’affichage publicitaire. En premier lieu, on apprend qu’une fois la règlementation en vigueur, 24 panneaux publicitaires se trouveront dans une zone résidentielle ou dans un rayon de 100 mètres d’une zone résidentielle sur un total de 80. Ceux-ci devront être retirés du paysage urbain.
MHM évoque son ambition de « diminuer la pollution visuelle et lumineuse, de valoriser les paysages, de revaloriser certains secteurs, d’améliorer l’expérience piétonne, la sécurité et la qualité des milieux de vie », pour justifier sa décision.
« En effet, les panneaux publicitaires, de par leur nature, sont de grandes dimensions et comportent des systèmes d’éclairage qui les rendent visibles à toute heure du jour et de la nuit. Installés à proximité des bâtiments, parfois même sur les bâtiments, les panneaux publicitaires ont pour objectif de capter l’attention, principalement des automobilistes circulant à grande vitesse. En milieu urbain, les panneaux peuvent être source de nombreuses nuisances, telles que la pollution visuelle, lumineuse et l’atteinte à la qualité de vie », selon le sommaire décisionnel.
Des politiques variées dans l’est
Dans l’est de Montréal, les politiques concernant l’affichage publicitaire, surtout en ce qui concerne les grands panneaux, sont très variées. C’est d’abord Le Plateau-Mont-Royal qui a fait les manchettes, lorsque l’arrondissement adoptait en 2010 un règlement pour interdire les panneaux géants partout sur son territoire.
L’affaire, portée devant les tribunaux par les entreprises d’affichage publicitaire, s’est conclue dix ans plus tard, en 2020, alors que la Cour suprême du Canada donnait finalement raison à l’arrondissement. Aujourd’hui, la règlementation du Plateau-Mont-Royal interdit toujours toute enseigne publicitaire sur l’ensemble de son territoire, sauf pour quelques exceptions.
En 2021, c’est Rosemont—La Petite-Patrie qui a emboîté le pas dans l’encadrement des affiches publicitaires. Dans un courriel, l’arrondissement indique que « les enseignes publicitaires ne sont plus permises sur le territoire (…). Ceci comprend les panneaux de très grand format sur toit ou en bordure de route ».
Cependant, certaines enseignes demeurent présentes selon le dernier inventaire des enseignes publicitaires pour le territoire rosepatrien, réalisé en 2021. Ainsi, 36 enseignes, dont 24 installées au sol, six sur des façades de bâtiments et six sur des toits sont encore en place. « Aucune nouvelle enseigne n’a été installée depuis l’adoption de la nouvelle règlementation en 2021 », précise l’arrondissement dans son courriel.
À Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles, les panneaux publicitaires sont permis, toutefois, sous plusieurs conditions. La règlementation permet l’installation de panneaux publicitaires autoroutiers, mais leur superficie d’affichage ne peut dépasser 75 mètres carrés par face, avec un maximum de deux faces opposées par panneau publicitaire.
De plus, aucun panneau publicitaire ne peut être installé sur un toit, ils doivent être fixés au sol ou sur un mur et la hauteur maximale de la structure est de 44 mètres, explique l’arrondissement dans un courriel. En outre, les panneaux sont seulement permis dans les zones d’usage « industriel lourd » et ils sont interdits à moins de 50 m d’une zone du groupe « habitation ».
« Nous dénombrons 27 structures pour supporter des panneaux publicitaires de grands formats (25 m² maximum) ou des panneaux autoroutiers (75 m² maximum) sur le territoire de RDP-PAT. Plusieurs de ceux-ci sont en droits acquis présentement », affirme-t-on à l’arrondissement.
À Villeray-Saint-Michel-Parc Extension, aucune enseigne publicitaire n’est autorisée en secteur patrimonial ou sur une grande propriété à caractère institutionnel.
Les panneaux publicitaires d’une superficie maximale de 25 mètres carrés sont acceptés dans des zones de commerce lourd et industrielles, où les usages résidentiels ne sont pas autorisés. Ces panneaux doivent également respecter une distance de 25 mètres par rapport à une zone résidentielle.
Pour leur part, les panneaux publicitaires autoroutiers d’une superficie maximale de 75 mètres carrés par face sont autorisés dans des zones de commerce lourd et industrielles, où les usages résidentiels ne sont pas autorisés. Ces panneaux doivent également respecter une distance de 50 mètres par rapport à une zone résidentielle et ne peuvent pas être installés sur un bâtiment comportant un logement.
On note à l’arrondissement que des « panneaux publicitaires et autoroutiers existants qui ne respectent pas la règlementation actuelle peuvent bénéficier de droits acquis et peuvent donc être maintenus en place ». « Toutefois, les droits acquis sont éteints lorsque le panneau est enlevé ou remplacé », soutient-on dans un courriel. Selon une analyse effectuée par l’arrondissement en 2023, on dénombre 48 panneaux, pour lesquels des permis ont été octroyés.
À Saint-Léonard, les enseignes publicitaires installées sur la voie rapide et les toits d’édifices sont autorisées seulement sur les propriétés et l’emprise de la voie publique de la Ville de Montréal. Cet arrondissement est doté d’une entente avec Astral Media et dénombre 31 panneaux sur son territoire.
Un marché lucratif
L’administration de Saint-Léonard n’est pas la seule dans l’est à bénéficier de contrats avec des entreprises publicitaires. Ainsi, dans Anjou, on a adopté en 2024 un règlement dans le cadre d’une entente avec Branded Cities pour la mise en place de deux panneaux d’affichage électroniques surdimensionnés.
Le premier se trouve à l’angle du boulevard Louis H. La Fontaine et de la rue Beaubien Est, et le second à l’intersection du boulevard du Golf et de l’autoroute Métropolitaine. L’arrondissement héberge aussi sur son territoire cinq autres panneaux d’affichage avec Astral Media.
Il s’agit d’un marché lucratif pour les arrondissements. Comme un précédent article d’EST MÉDIA Montréal le mentionnait, le contrat négocié entre Anjou et Branded Cities stipule que l’entreprise doit verser une redevance initiale de 300 000 $ et de 200 000 $ pour la mise en service des panneaux sur le premier et second terrain respectivement. De plus, des redevances mensuelles de 29 166 $ et de 25 000 $ devront aussi être déboursées par l’entreprise pour l’occupation des terrains.
D’ailleurs, Anjou avait envoyé à Hydro-Québec une demande visant à « planifier rapidement des interventions afin de permettre notamment la finalisation » de travaux de raccordement sur les deux panneaux. L’arrondissement accusait la société d’État d’avoir pris du retard dans ses travaux et craignait une importante perte de revenu.
Contactés par EST MÉDIA Montréal, les élus d’Anjou n’ont pas fait suite à nos demandes d’entrevues.







