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22 mars 2026Les organismes communautaires de l’est sont « à boutte »
Du 23 mars au 3 avril, le milieu communautaire lancera un mouvement de grève aux quatre coins du Québec pour dénoncer des conditions de travail qui mènent les employés à l’épuisement et un financement du gouvernement insuffisant. Dans l’est de Montréal, les groupes concernés prendront aussi part au débrayage dans les services offerts à la population.

Lauréanne Cloutier, agente de communication et mobilisation à la CDC RDP (Facebook)
C’est une mobilisation qui « a pris des proportions historiques avec la participation de regroupements et d’organismes provenant de l’ensemble des 17 régions administratives du Québec », souligne Lauréanne Cloutier, agente de communication et mobilisation, de la Corporation de développement communautaire de Rivière-des-Prairies (CDC RDP). Cette dernière agit à titre de représentante de la cellule locale de Rivière-des-Prairies et de la cellule de l’est du mouvement « Le Communautaire à boutte ».
En effet, l’initiative a vu le jour à Shawinigan, puis de manière plus étendue en Mauricie, où en octobre dernier, 116 groupes communautaires ont procédé à une première semaine de grève dans leurs services.
« C’est né du constat de la part des employés, à la suite de nombreuses années de revendications, qu’on se sentait peu écoutés, explique Mathieu Gélinas, porte-parole du « Communautaire à boutte » au niveau national. On a donc souhaité revenir à la base et réapprendre à se mobiliser pour user de ce levier-là qu’est notre force collective. »
Ce dernier reconnaît qu’utiliser une grève des services communautaires « ça s’est rarement vu avant » et qu’il s’agit d’un changement de posture dans le milieu. « Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on fait cela, et durant la semaine d’actions, nous redirigerons les gens vers les services publics », souligne-t-il, ajoutant que le mouvement a le sentiment d’avoir le support des prestataires dans ses actions et revendications.
Depuis l’automne dernier, le mouvement s’est rapidement propagé dans les autres régions du Québec, où les enjeux de financement et de manque de ressources dans les groupes communautaires de tous les horizons sont communs, insiste M. Gélinas.
La grève culminera le 2 avril prochain, lors d’un grand rassemblement devant l’Assemblée nationale à Québec. Durant les dix jours précédant cette date, des manifestations et ruptures de services au niveau des organismes sont à prévoir partout dans la province. À RDP, les organismes inviteront les citoyens à une foire du communautaire, le 26 mars, entre 15h et 19h, au centre récréatif de Rivière-des-Prairies.
Revendications
De manière générale, les organismes porteurs du « Communautaire à boutte » demandent un financement suffisant à la mission, des conditions de travail décentes, la reconnaissance pleine et entière des organismes, la protection de l’autonomie et la fin du financement précaire, ainsi que des investissements dans le modèle communautaire « comme pilier stratégique ».

Mathieu Gélinas, porte-parole du mouvement le Communautaire à boutte (Facebook)
En outre, les acteurs communautaires demandent que la formule du financement « à la mission » soit un financement pérenne.
« Un des enjeux majeurs est la faible part du financement récurrent à la mission, comparativement au financement par projets, affirme Guy Inkale, directeur de la CDC RDP. Le gouvernement transfère de plus en plus de responsabilités au communautaire, notamment pour soutenir les citoyens en temps de crise, mais le financement ne suit pas. Les organismes doivent donc faire plus avec moins. »
Ainsi, les organismes veulent que les actions entreprises puissent faire pression sur le gouvernement afin qu’il vienne « s’asseoir à une table de négociation sérieuse » avec « des engagements fermes », résume pour sa part Mathieu Gélinas.
Des enjeux particuliers à l’est
Dans l’est de Montréal, même si le contexte est similaire au reste de la province, plusieurs défis sont particuliers à ce secteur de la métropole.
M. Inkale note que les besoins sont plus élevés à Montréal et que le coût réel pour y faire fonctionner un organisme est souvent plus élevé. « De plus, Montréal compte un grand nombre d’organismes communautaires, ce qui peut entraîner une plus forte compétition pour certains programmes de financement et des démarches administratives plus complexes pour accéder aux fonds disponibles», indique le directeur de la CDC RDP.

Guy Inkale, directeur de la CDC RDP (Facebook)
De plus, dans les quartiers de l’est, plusieurs facteurs aggravent la pression sur les organismes. « On observe notamment un taux de pauvreté plus élevé dans certains secteurs, un isolement géographique ou un transport moins efficace vers les pôles d’emploi, la présence importante de familles immigrantes ou nouvellement arrivées nécessitant un accompagnement accru, ainsi que des besoins grandissants en matière de sécurité alimentaire, de logement et d’intégration sociale », poursuit M. Inkale.
En outre, les loyers commerciaux élevés, les difficultés de recrutement et de rétention du personnel et le déficit du financement à la mission touchent particulièrement les organismes de l’est.
Au-delà des revendications à l’échelle nationale, les organismes de l’est demandent localement une amélioration des transports collectifs, pour améliorer leur accessibilité, ainsi qu’une exonération de la taxe foncière non résidentielle pour les organismes à but non lucratif et les organismes de l’Action communautaire autonome. Dans le même sens, une augmentation de l’offre de locaux subventionnés et adaptés aux besoins des organismes est souhaitée à RDP, rapporte Mme Cloutier.







