Illustration d’un quai projeté dans le Plan directeur du Parc métropolitain de l’Île Sainte-Thérèse en février 2024

Un OBNL sera créé pour gérer le développement de l’Île Sainte-Thérèse

La transformation de l’Île Sainte-Thérèse en grand parc récréotouristique vient de franchir une nouvelle étape, a appris tout récemment EST MÉDIA Montréal. Les acteurs impliqués dans le projet, soit le gouvernement du Québec, la Communauté métropolitaine de Montréal, Varennes, l’arrondissement de Rivière-des-Prairies−Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT) et Repentigny, se seraient entendus pour mettre en place l’an prochain un organisme sans but lucratif qui prendra en charge la gestion et la réalisation du projet.

« Nous avons analysé tous les scénarios de gouvernance possibles et celui qui est le plus facilitant et le plus probable est la création d’un OBNL. Les cinq parties prenantes sont d’accord là-dessus. Maintenant, nous échangeons nos commentaires et nos points de vue pour nous assurer que ce qui sera adopté dans chacune de nos villes et à la CMM fait l’affaire de tout le monde quant à la mission exacte qu’aura cet organisme », a confirmé en entrevue le maire de Varennes, Martin Damphousse. Rappelons que l’Île Sainte-Thérèse est officiellement sur le territoire de cette municipalité, quoiqu’elle soit située passablement plus près du littoral de Pointe-aux-Trembles.

Une partie de l’Île Sainte-Thérèse, la cinquième plus grande île de l’archipel d’Hochelaga (EST MÉDIA Montréal)

Un quai probablement face à PAT

Un autre avancement majeur dans ce dossier vient tout juste d’émerger avec l’octroi au Comité ZIP des Seigneuries d’un mandat de caractérisation des herbiers aquatiques longeant l’île. « Ce sont des études obligatoires et nécessaires pour éventuellement savoir où on veut positionner le futur quai et ses bâtiments afférents », affirme le maire de Varennes. À la suite de ce rapport de caractérisation, l’entreprise T2 Environnement prendra le relais pour l’étude biophysique et proposera les plans d’intervention pour l’aménagement du quai. Les frais de ces deux mandats sont évalués à près de 150 000 $. 70 % de ces dépenses sont assumées par la CMM, alors que les trois administrations municipales se partagent la balance des coûts.

Caroline Bourgeois (Courtoisie RDP-PAT / Manoucheka Lacherie)

Depuis le dépôt du plan directeur proposé par la firme Stantec en février 2024, soit environ un an après avoir été mandatée par les instances gouvernementales pour réaliser l’étude, le positionnement du futur quai de l’île semble faire consensus pour le côté nord, soit en face du littoral de Pointe-aux-Trembles. « C’est un enjeu important pour nous. L’intérêt de ce projet-là, c’est l’interconnectivité avec notre arrondissement, nos liens nautiques et notre offre récréotouristique, qui font aussi le pont bien sûr avec l’offre de Varennes et de Repentigny », affirme Caroline Bourgeois, mairesse de l’arrondissement de RDP-PAT.

Située dans la même zone que la Plage de l’Est, l’Île Sainte-Thérèse doit donc se conformer au moratoire imposé par le gouvernement du Canada en ce qui concerne l’habitat du chevalier cuivré, un poisson fortement menacé d’extinction. Si la caractérisation du site démontre qu’il s’agit d’un habitat potentiel de l’espèce ou d’un secteur d’alimentation pour ce dernier, les promoteurs du projet devront alors proposer des aménagements adaptés pour l’implantation d’une infrastructure comme un quai, cela sous réserve d’un accueil favorable du gouvernement canadien. À la Plage de l’Est, par exemple, le projet de quai est actuellement suspendu pour cette raison.

Forte volonté politique

Si les projets affluent pour l’usage récréotouristique de l’Île Sainte-Thérèse depuis des décennies, c’est que l’île fait rêver bien des amateurs de nature et de plein air. D’une superficie de 5,4 km2, elle représente la cinquième île la plus étendue de l’archipel d’Hochelaga (qui inclut Montréal, Laval, etc.), et elle a la particularité d’être encore aujourd’hui presque à l’état « vierge ».

On y trouve en effet aucune infrastructure publique : ni aqueduc, ni égout, ni électricité. Il n’y a même pas de quai officiel, sauf quelques quais de fortune qui avaient été aménagés par des résidents et villégiateurs illégaux. Soulignons que la majorité de ces derniers ont par ailleurs été expulsés de l’île en 2023 par le gouvernement du Québec à la suite d’une démarche légale, alors que certains ont jusqu’en 2028 pour quitter définitivement l’île.

Ainsi, la seule activité humaine notable sur l’île depuis l’époque des plages ouvertes au public dans les années 1950 demeure l’exploitation agricole assurée par un seul fermier, toujours sous entente avec Québec, propriétaire de l’île.

Les occupants illégaux auront tous quitté l’Île Sainte-Thérèse d’ici 2028 (EST MÉDIA Montréal)

La transformation de l’Île en parc accessible au public est donc un projet visiblement à long terme qui demandera inévitablement des investissements importants. La question est de savoir si le consortium des instances gouvernementales lié à cet objectif tiendra le coup au fil des prochaines années… et des élections à venir.

La ministre caquiste Chantal Rouleau, députée de Pointe-aux-Trembles, se dit confiante que le travail amorcé finira par arriver à bon port. « Les travaux progressent sur l’Île Sainte-Thérèse, un dossier qui me tient à cœur et que nous avons réussi à débloquer et à faire progresser. Il est encore tôt dans le processus d’aménagement du futur parc à vocation écotouristique situé à un jet de pierre de la Plage de l’Est, mais le projet avance. La caractérisation des herbiers sur le littoral du fleuve et la plantation d’arbres se poursuivent, tandis que l’inventaire biophysique de sites qui pourraient accueillir un quai démarrera plus tard cet été. Pour la suite, les partenaires procéderont à la création d’un OBNL en 2026 qui recevra le mandat de réaliser le plan directeur de l’Île », a-t-elle répondu par message texte.

Martin Damphousse (Courtoisie Ville de Varennes)

Quant aux maires de Varennes et de RDP-PAT, ils ont tous deux affirmé que le jugement d’éviction des occupants illégaux avait donné l’impulsion souhaitée pour aller de l’avant avec un grand projet commun. Les deux élus sont aussi d’accord pour dire que c’est un projet qui prendra plusieurs années à mettre en place, et que les acteurs impliqués sont sur la même longueur d’onde.

« On ne précipite rien, on va prendre le temps de bien faire les choses, et nous n’irons pas dans les grosses infrastructures de béton, mais plutôt dans la naturalisation et la protection d’un site ouvert à tous », a affirmé Martin Damphousse, une opinion également partagée par Caroline Bourgeois.

On semble donc délaisser considérablement le premier plan directeur présenté par Stantec, qui proposait d’ambitieux aménagements, pour se diriger plutôt vers un projet beaucoup plus modeste, du moins dans un premier temps. « Je pense que l’important, c’est de donner accès au public. Après on verra comment le projet évoluera », ajoute le maire de Varennes.

Finalement, un mot sur l’organisme SNAP Québec, qui continue à planter des milliers d’arbres sur l’île depuis deux ans, un projet financé par le gouvernement canadien. Le projet de faire de l’Île Sainte-Thérèse « un poumon pour l’est de Montréal » est un dossier majeur depuis quelques années au sein de cet important organisme dédié à la protection de la nature, de la biodiversité et des espèces menacées. Sa direction nous a confirmé qu’elle est en pourparlers actuellement avec les instances gouvernementales pour siéger sur le prochain conseil d’administration de l’OBNL qui sera créé en 2026.


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