
La salle du bar le Nestor (Image tirée de la page Facebook du Nestor)
2 mars 2026Nuit blanche : danser jusqu’à 6 h du matin sur la Plaza St-Hubert
L’artère commerciale de Rosemont-La Petite Patrie (RPP) figure parmi les trois secteurs de Montréal qui ont bénéficié d’une extension des heures d’ouverture de ses établissements dans le cadre de la Nuit blanche. Une initiative qui dynamise la vie nocturne du quartier et que certains tenanciers de la Plaza St-Hubert jugent efficace et d’autres, plutôt à améliorer.
Lancée en 2024 après plusieurs projets pilotes, la nouvelle Politique nocturne de la Ville permet aux lieux culturels et commerciaux de demander à prolonger leur ouverture et la vente d’alcool jusqu’à 6 h, voire 8 h du matin. Cette dérogation demeure ponctuelle et conditionnelle à des pratiques festives responsables.
Dans le cadre de la Nuit blanche, qui se tenait samedi dernier, 92 extensions d’heures d’exploitation ont été accordées à des établissements, situés à Ville-Marie, sur le Plateau-Mont-Royal et à RPP. Dans ce dernier arrondissement, le Ausgang Plaza, le Système et 15 autres bars et restaurants de la Plaza St-Hubert ont pu accueillir les noctambules jusqu’au petit matin, au lieu de fermer à 3 h comme à l’habitude.
C’est la Société de développement commercial (SDC) de la Plaza St-Hubert qui a fait la demande de dérogation pour l’ensemble de ses membres, comme chaque année depuis quatre ans dans le cadre de la Nuit blanche.
« C’est une façon d’appuyer nos membres », soutient Mike Parente, directeur général de la SDC, qui estime que la Nuit blanche, doublée d’une dérogation, est un coup de pouce intéressant pour les établissements et le secteur. D’abord sur le plan économique, alors que les commerces traversent « une période assez tranquille de l’année », mais également sur le plan de la visibilité, puisque plusieurs bars et restaurants se font connaître à travers l’évènement, rapporte M. Parente.

Vue de la Plaza St-Hubert en hiver (Image tirée de la page Facebook de la Plaza St-Hubert)
Raphaël Léger est copropriétaire du bar le Nestor et confirme que la prolongation ponctuelle des heures d’ouverture est « très bénéfique » pour son établissement et la vie nocturne en général. « On le refait chaque année parce que ce sont des super soirées. Ça danse, c’est le party, tout le monde a un gros « smile » dans la face », témoigne-t-il, saluant l’implication de la Ville pour dynamiser la vie nocturne.
Le tenancier suggère même de rendre ces soirées avec dérogation plus régulières, soit autour de 6 à 12 fois par année. « Pendant les Fêtes, l’été ou les vacances, ça pourrait être le fun », estime-t-il, sans souhaiter pour autant que les heures d’ouverture soient définitivement prolongées jusqu’à 6 h.
Davantage d’excès d’alcool?
Si la plupart des établissements de la Plaza St-Hubert ont prolongé l’ouverture jusqu’à 6 h samedi dernier, selon Mike Parente, certains ont décidé de fermer à l’horaire habituel. C’est le cas de Philippe*, propriétaire d’un bar pour qui l’ouverture tardive présente trop d’inconvénients. « Le problème qu’on rencontre, c’est qu’il y a beaucoup d’ivresse. C’est beaucoup de gestion pour le staff, donc on préfère ne pas utiliser la dérogation », explique le propriétaire.
Le caractère très ponctuel de l’évènement ne permettrait pas aux noctambules d’adapter leur comportement selon lui : « Les gens ont l’habitude de commencer à boire à une certaine heure. Ce n’est pas parce qu’ils vont se coucher à 6 h qu’ils vont commencer à boire plus tard. » Quitte à prolonger parfois la vente d’alcool, le propriétaire suggère à la Ville de le faire de manière plus régulière pour habituer la clientèle à ces heures tardives.
Toutefois, si elle veut soutenir les établissements et la vie nocturne, l’administration municipale devrait d’abord agir sur des enjeux plus quotidiens, soutient Philippe, comme la hausse des loyers commerciaux ou les plaintes pour nuisances sonores, dont souffre son bar.
Sur ce dernier point, la prolongation des heures d’ouverture est toutefois bénéfique, estiment les propriétaires rencontrés. « Ça dilue les sorties et ça évite que tout le monde se ramasse sur le trottoir à 3 h du matin », observe Raphaël Léger.
M. Parente rapporte de son côté qu’aucune plainte pour bruit n’a été déposée durant les précédentes éditions de la Nuit blanche. Le directeur général de la SDC souligne également la présence d’équipes de sécurité et d’une escouade de police supplémentaire durant l’évènement pour éviter les dérapages.
Un pôle de vie nocturne émergent
Qu’ils ouvrent jusqu’à 6 h ou non, les établissements de la Plaza St-Hubert contribuent à faire du quartier l’un des grands pôles de la vie nocturne montréalaise. « Il n’y a pas juste le centre-ville ou le Plateau pour sortir, il y a aussi Rosemont », défend Mike Parente, alors que le quartier gagne en popularité auprès des noctambules.
D’abord une artère commerciale, la Plaza St-Hubert s’est progressivement imposée comme une destination culturelle puis nocturne, avec la création de nouveaux espaces et évènements. « Il y a une vraie nightlife qui s’est développée dans les dernières années », témoigne Philippe.
Les tenanciers rencontrés vantent les avantages du secteur : « C’est vraiment central, il y a trois stations de métro, souligne Raphaël Léger. C’est aussi un lieu authentique, chaque commerce porte une signature forte. »
Le défi désormais est celui de la visibilité, alors que la Plaza est moins connue pour ses soirées festives que le Village ou le boulevard Saint-Laurent. La Nuit blanche est une bonne publicité pour le secteur, amenant de nouveaux visiteurs attirés par l’offre de 17 bars et restaurants dans la même rue et la possibilité de festoyer jusqu’au petit matin dans certains d’entre eux.
*Le nom a été modifié car la personne souhaitait conserver l’anonymat.







