
Photo Éric Images / courtoisie arrondissement de Saint-Léonard
11 juin 2026De nouvelles galeries à explorer à la caverne de Saint-Léonard
Cet été, les spéléologues amateurs pourront visiter une nouvelle portion de la caverne Saint-Léonard découverte en 2017. Grâce à cet ajout, la superficie de la caverne située sous le parc Pie-XII s’est considérablement bonifiée, passant de 35 à près de 400 mètres de galeries. Un espace sous-terrain unique à découvrir dans le cadre de visites guidées offertes par Spéléo Québec, qui propose de découvrir le lieu depuis 1981.

Guillaume Lamarre, directeur général de Spéléo Québec (photo Éric Images / courtoisie Arrondissement de Saint-Léonard)
Une grotte pas comme les autres
Sur le plan scientifique, cette cavité naturelle se distingue, car contrairement à la majorité des cavernes à l’échelle mondiale, elle n’a pas été créée par l’érosion de l’eau, mais plutôt par un phénomène rare appelé le glaciotectonisme.
« À l’international, dès qu’on voit une grotte dans des roches calcaires, on pense à une grotte de dissolution. À Saint-Léonard, ça ne fonctionne pas : les formes et la roche ne s’expliquent pas par l’action de l’eau », explique Guillaume Lamarre, directeur général de Spéléo Québec.
Cette roche, datée de la période de l’Ordovicien, remonte à plus de 450 millions d’années, bien avant l’ère des dinosaures. Des fossiles sont d’ailleurs visibles à même la paroi lors des visites. « Au cours de la dernière glaciation, près de 3 000 mètres de glace recouvraient le territoire montréalais. Le poids colossal de cette masse a fracturé le sol, créant des fissures. Lorsque les glaciers ont commencé à fondre et à se déplacer, les mouvements qu’ils ont engendrés dans la roche souterraine ont ouvert les cavités qui forment aujourd’hui la caverne de Saint-Léonard », détaille M. Lamarre.
La caverne constitue un exemple de référence pour étudier ce type de formation. Elle a d’ailleurs été l’un des premiers sites au monde à faire avancer la théorie du glaciotectonisme à l’échelle internationale. « Il y a vraiment très peu de cavernes formées par ce mécanisme du glaciotectonisme qu’on peut rentrer dedans et étudier aussi facilement », ajoute-t-il. Cette particularité a d’ailleurs valu au site le Prix France Habé de l’Union internationale de spéléologie en 2023.
Des galeries révélées par une fissure
Bien que la nouvelle portion de la grotte ait été découverte récemment, l’existence de la caverne, elle, est connue depuis longtemps. En effet, elle apparaît dans les archives dès le début des années 1800. On rapporte qu’elle aurait servi de glacière naturelle pour entreposer des produits laitiers, et certaines histoires évoquent même son usage par des Patriotes lors de la Rébellion de 1837. « Il y a un article de journal datant du début de 1814 où M. Martineau, un fermier local, parle de la caverne et de son existence », mentionne M. Lamarre.
Pourtant, les visiteurs devaient jusqu’à tout récemment rebrousser chemin après avoir parcouru quelques dizaines de mètres sous terre. La révélation de ce nouveau segment s’est faite grâce à une fissure visible dans la section historique de la caverne. « On sentait un petit courant d’air et on voyait que ça donnait l’impression qu’il y avait une continuité », raconte le directeur général.
Les spéléologues de Spéléo Québec soupçonnaient depuis longtemps l’existence d’une continuité au-delà de cette ouverture trop étroite pour y progresser. Une caméra passée dans la fissure avait confirmé la présence de grands passages de l’autre côté. C’est finalement en dégageant quelques blocs dans une galerie supérieure qu’en quelques heures à peine, les explorateurs ont ouvert l’accès aux nouvelles galeries.
Après une fermeture de son accès par les autorités municipales à la fin des années 1950 pour des motifs de sécurité publique, Spéléo Québec y a initié des visites guidées dès 1981, avant que le site ne reçoive un statut de site patrimonial officiel en 1989. Récemment, les infrastructures d’accueil et de protection ont pu être complétées grâce au soutien financier du ministère de l’Éducation, par le biais du Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives, sportives et de plein air (PAFIRSPA).
Deux parcours pour tous les niveaux
Depuis le printemps 2026, les nouvelles galeries sont accessibles à travers deux parcours guidés distincts, en plus de la section historique déjà connue. Dans les deux cas, les visiteurs évoluent dans un milieu frais — la température intérieure avoisine les 10 °C —, avec un taux d’humidité proche de 100 %. L’obscurité y est totale dès que l’on s’enfonce sous terre. Casque, lampe frontale et harnais sont fournis sur place. Les visiteurs doivent prévoir des bottes de pluie ou des chaussures fermées, et des vêtements chauds à salir. « Aussitôt qu’on s’enfonce, on tombe dans le noir total. Même avec les meilleurs yeux, c’est impossible de voir quelque chose », précise le directeur général.
Pour les personnes qui craignent la claustrophobie, M. Lamarre se veut rassurant : la majorité de la progression se fait debout, et l’un des deux guides peut accompagner un visiteur vers la sortie en tout temps si nécessaire. « Beaucoup de gens disent qu’ils sont claustrophobes, mais le sentiment n’est pas tout à fait le même dans la caverne. Il y a un petit courant d’air, une ambiance différente qui est apaisante. Ce n’est pas comme s’enfermer dans un garde-robe », dit-il.
- Le Parcours Découverte : D’une durée d’environ 1 h 30, il est accessible dès l’âge de 6 ans (taille minimale de 110 cm). Il couvre la partie historique de la caverne ainsi que la première galerie découverte en 2017, dont la grande Galerie de la Radiesthésie, avec son plafond d’environ cinq mètres de hauteur. La majorité du trajet se fait debout, avec quelques passages à quatre pattes d’environ un mètre cinquante, ainsi que des échelles à descendre. « C’est vraiment un parcours d’initiation accessible à tout le monde. Quelqu’un qui n’aurait absolument aucune expérience, qui a peut-être de petites craintes envers la spéléologie, c’est probablement le meilleur parcours pour s’initier, pour débuter, puis y aller doucement », explique-t-il.
- Tarifs : 22,25 $+ taxes pour les adultes et 17,85$ + taxes pour les enfants (6 à 17 ans) et les aînés.
- Le Parcours Aventure : D’une durée d’environ 3 heures, il s’adresse aux amateurs de plein air et de sensations fortes, à partir de 10 ans (taille minimale de 130 cm). Il requiert une bonne endurance physique : les participants progressent sur des barreaux fixés à la paroi rocheuse, manipulent mousquetons et longes, et le parcours se termine sur un quai flottant au-dessus de l’eau souterraine.
- Tarifs : 55 $ + taxes, avec un rabais de 10 % pour les groupes de quatre personnes ou plus.
Accessibilité et impact communautaire
Spéléo Québec, organisme à but non lucratif fondé en 1970, ne vise pas uniquement un public averti. Une entente avec l’arrondissement de Saint-Léonard permet d’offrir chaque année des visites gratuites aux citoyens, particulièrement aux jeunes de 6 à 17 ans issus de l’immigration. Depuis 2022, plus de 2 000 personnes en ont bénéficié. Au total, plus de 40 000 visiteurs ont fréquenté la caverne depuis 2010.
« On essaie de cibler les organismes communautaires qui connaissent bien leur clientèle et qui travaillent déjà avec des personnes peut-être un peu plus en situation de marginalisation, pour offrir l’opportunité de visiter la caverne à du monde qui, normalement, aurait peut-être eu plus de difficultés à le faire », conclut Guillaume Lamarre.
Infos pratiques
- Adresse : La caverne de Saint-Léonard est située au 5200, boulevard Lavoisier, dans le parc Pie-XII à Saint-Léonard.
- Saison : Les visites ont lieu tout au long de la saison estivale, peu importe la météo.
- Groupes : Ils sont limités à 12 personnes, encadrées par deux guides-interprètes.
- Rabais : Les détenteurs de la carte Accès Montréal ou Accès Saint-Léonard bénéficient d’un rabais de 2,50 $ sur le tarif régulier.
- Stationnement : Un stationnement gratuit est disponible sur place.
- Réservations : Billets disponibles sur le site web de Spéléo Québec.











