Le 1979-1993, boulevard Rosemont sera démoli et reconstruit pour créer 23 logements sociaux (Emmanuel Delacour/EMM)

DE NOUVEAUX LOGEMENTS SOCIAUX VERRONT LE JOUR SUR LE BOULEVARD ROSEMONT   

Une vingtaine de logements sociaux hors marché devraient voir le jour sur le boulevard Rosemont, dans un secteur où résident de nombreuses personnes vulnérables et où les enjeux de cohabitation sont prépondérants.

L’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie (RPP) a récemment adopté une résolution autorisant la démolition de l’immeuble situé au 1979-1993, boulevard Rosemont, et la construction d’un nouveau bâtiment de 23 logements sociaux et communautaires au même endroit.

C’est l’organisme à but non lucratif La Maison St-Dominique (MSD) qui est porteur de ce projet. « On est intervenus en 2022 parce que les locataires avaient eu des avis d’expulsion, car le propriétaire voulait vendre [l’immeuble]. (…) Il y avait un comité avec des organismes communautaires et on nous a demandé de nous occuper de la relocalisation des locataires », raconte Marie-Maud Sylvestre Audette, directrice générale de MSD.

Déjà propriétaire et gestionnaire de 141 unités de maisons de chambre, MSD s’est donc portée acquéreuse de l’immeuble en octobre 2024. Précédemment, l’édifice privé nommé le Gîte Rosemont abritait une trentaine de maisons de chambres. Les personnes vulnérables qui y vivaient ne recevaient toutefois « pas beaucoup de soutien » et des « situations très dommageables pour la clientèle » sont survenues dans le passé, insiste Mme Sylvestre Audette. De plus, un problème d’insalubrité régnait dans les lieux, rapporte-t-elle.

Marie-Maud Sylvestre Audette, directrice générale de la Maison St-Dominique (Courtoisie MDS)

La mission principale de MSD étant d’offrir du logement social pour les personnes nécessitant de l’aide en santé mentale, l’organisme vise à améliorer le sort des futurs résidents qui y seront hébergés. Grâce à un programme de supplément au loyer provincial, les locataires des studios n’auront qu’à débourser 25 % de leurs revenus pour se loger.

L’aménagement des logements sera aussi pensé pour apporter plus de confort aux locataires. En effet, si le Gîte Rosemont abritait 36 maisons de chambres, celles-ci n’incluaient pas de salles de bains ou d’espace pour la préparation de la nourriture. « Il y avait un service de repas et des salles de bains communes. Nous, ce qu’on propose en termes d’aménagements, ce sont des studios avec salle de bain et une cuisinette. Nous n’offrirons pas de service de repas, donc ça va avec une clientèle assez autonome capable de cuisiner », explique la directrice générale.

Cohabitation

Le secteur du boulevard Rosemont est bien connu pour être un lieu où une forte concentration de maisons de chambres est présente, particulièrement entre les avenues Papineau et De Lorimier.

MSD affirme être consciente de ces enjeux et assure que le projet ne viendra pas exacerber les problèmes liés à la mixité sociale dans le quartier. « On est conscients qu’il peut y avoir des inquiétudes au niveau de la cohabitation sociale. (…) On a réussi à s’implanter dans des milieux où il pouvait y avoir des enjeux de cohabitation sociale. À MSD, on a toujours travaillé en amont pour prévenir cela. Depuis que nous sommes intervenus en 2022 pour assurer la relocalisation des résidents, je pense que les gens du quartier ont vu les améliorations dans le quartier que notre organisme avait apportées. Notre but, ce n’est vraiment pas de fragiliser le milieu, mais plutôt de s’assurer que la clientèle va refléter les services qu’on va pouvoir leur donner », ajoute Mme Sylvestre Audette.

La directrice rappelle que le projet vise à créer des unités de logement permanentes, et non pas de transition. Il s’agit donc d’offrir une stabilité aux personnes vulnérables qui connaissent des difficultés au niveau de leur santé mentale. Bien que l’organisme pourrait prendre en charge des personnes vivant avec des problèmes de consommation et de toxicomanie, les services spécialisés offerts sur place dépendront surtout du financement que sera capable d’obtenir MSD dans le cadre de ce projet.

À l’arrondissement de RPP, on affirme que le projet est nécessaire compte tenu de la rareté du logement abordable à Montréal. « Dans le contexte actuel de crise du logement, il est plus que jamais essentiel de préserver l’offre de maisons de chambres dans notre arrondissement », souligne dans un courriel le maire de RPP, François Limoges.

Ainsi, malgré certaines dérogations au plan d’urbanisme, notamment en ce qui a trait à la présence de trois logements qui sont prévus au sous-sol, l’Arrondissement supporte pleinement le projet, indique l’élu.

« Lorsque l’organisme qui gérait la maison de chambres depuis les années 90 a dû fermer ses portes en 2022, nous avons immédiatement mis tout en œuvre pour trouver une solution. Nous avons fourni une lettre d’appui pour soutenir l’acquisition et la rénovation de l’immeuble dans le cadre du Programme d’habitation abordable du Québec. Nous avons collaboré étroitement avec le Service de l’habitation, le GRT Bâtir son quartier et l’organisme porteur afin de nous assurer du bon déroulement du projet », poursuit M. Limoges.

Si le processus se déroule sans encombre, la résolution de projet particulier de construction de l’immeuble devrait être adoptée le 5 mai prochain et entrer en vigueur dès cet été. Pour l’instant, l’échéancier pour la construction de l’immeuble n’est pas connu, puisque l’appel d’offres pour un entrepreneur sera clos cette semaine.