La pièce Voyage voyage, mise en scène par Louis-Karl Tremblay, sera présentée du 10 novembre au 5 décembre 2026 (courtoisie)

Nouveau directeur artistique et nouvelle saison pour le Théâtre Denise-Pelletier

Le Théâtre Denise-Pelletier (TDP) amorce un nouveau chapitre avec l’arrivée de Louis-Karl Tremblay à la direction artistique. Sa nomination survient dans un contexte particulier, marqué par un deuil au sein de l’institution, mais aussi par le lancement de la toute nouvelle saison.

« C’est sûr que le contexte est chargé, c’est réel », affirme-t-il, en évoquant la disparition de Claude Poissant, homme de théâtre important et prédécesseur de Tremblay. Ce dernier souligne d’ailleurs le lien personnel qui l’unissait à lui : « Claude, c’était comme un membre de la famille pour moi. »

Louis-Karl Tremblay, directeur artistique du TDP (courtoisie/Gaëlle Leroyer)

Au-delà de cette dimension affective, le nouveau directeur artistique décrit une organisation en attente de stabilité : « L’équipe avait hâte qu’il y ait quelqu’un en poste. » Et face à cela, le nouveau directeur artistique ressent « un profond sentiment de responsabilité », qu’il articule autour d’une idée centrale : prendre soin de l’institution, de son public et de son équipe.

Un parcours axé sur le « service »

S’étant tourné vers la mise en scène en 2009, Louis-Karl Tremblay décrit son parcours comme une progression vers différentes formes d’engagement. « Je me suis mis au service de l’interprète au début, puis du rôle. Après ça, je me suis mis au service de l’œuvre, puis des équipes de création », explique-t-il.

Depuis 2013, il enseigne également, ce qui ajoute une dimension pédagogique à sa pratique. Aujourd’hui, il élargit encore cette posture : « Je me mets maintenant au service d’une institution et du milieu. »

Cette notion de service structure aussi sa vision du rôle de directeur artistique. Il y voit avant tout une fonction de médiation : « C’est organiser une rencontre entre une œuvre, des interprètes et un public. » Une idée qu’il rapproche de l’enseignement.

Un retour dans un lieu fondateur

Le lien entre Tremblay et le TDP remonte à ses débuts. Il évoque en effet un lieu marquant dans sa propre trajectoire : « C’est ici que j’ai vu mes premières pièces de théâtre, en venant de Trois-Rivières en autobus jaune! » Le TDP est également associé à ses premiers pas professionnels. « C’est ici que Claude Poissant m’a donné ma première chance sur un grand plateau comme metteur en scène », se rappelle-t-il.

Son retour comme directeur artistique prend ainsi une dimension symbolique. « Revenir aujourd’hui et reprendre le flambeau, c’est vertigineux. On dirait que je boucle une boucle, et je souhaite transmettre à mon tour ce que j’ai reçu. »

Continuité et déplacements

Le nouveau directeur artistique insiste sur sa volonté de s’inscrire dans la continuité du travail de Claude Poissant. « Ma priorité, c’est respecter ce que Claude a fait », affirme-t-il, évoquant notamment une vision orientée vers la création et la relève.

Tremblay évoque aussi ce qu’il souhaite apporter : « J’aime dire que je vais changer le centre de gravité un petit peu. » Parmi les pistes envisagées, il mentionne une réflexion sur l’expérience théâtrale elle-même, notamment le rapport entre la scène et la salle, ainsi qu’un intérêt pour l’écriture de plateau.

Il souhaite également élargir les formes proposées : « Je veux que ce soit poreux et qu’on puisse avoir accès à d’autres disciplines, à un mixage de disciplines. »

La transmission constitue un autre axe structurant de l’approche qu’il souhaite mettre de l’avant, un processus « circulaire » impliquant des échanges entre œuvres, artistes et publics de différents âges. « La transmission, ce n’est pas unidirectionnel », insiste-t-il. Concrètement, cela se traduira par une programmation destinée à rejoindre à la fois adolescents et adultes, ainsi que par des dispositifs de médiation renouvelés.

Une saison 2026-2027 sous le signe de l’attente

La prochaine saison du TDP, dévoilée officiellement hier (13 avril), a été conçue en grande partie avec Claude Poissant, comme les programmations artistiques sont toujours planifiées des mois, voire des années à l’avance.

L’axe central de cette nouvelle saison sera celui de « l’attente », envisagée « comme une expérience intime et comme un reflet de notre époque », indique le nouveau directeur artistique. Les spectacles mettront en scène « des personnages en suspens, en quête d’amour, d’avenir, de sens ou de reconstruction, dans un monde marqué par l’incertitude. » De plus, plusieurs sous-thèmes structurent la programmation, dont l’identité, la mémoire et les réalités sociales contemporaines.

La saison comprendra un mélange d’adaptations, de relectures de classiques et de créations originales. Parmi les œuvres figurera une adaptation du roman Là où je me terre de Caroline Dawson, mise en scène par Nicolas Gendron, avec une distribution ancrée dans une diversité hispano-américaine.

Puis, Tremblay signera lui-même la mise en scène de Voyage Voyage, une adaptation de Gabrielle Chapdelaine de La trilogie de la villégiature de Goldoni. « Je suis très heureux d’être à la barre du théâtre et de pouvoir aussi faire une mise en scène ici », souligne-t-il.

Du côté des classiques, La Mouette de Tchekhov sera reprise dans une adaptation de Guillaume Corbeil et une mise en scène de Catherine Vidal. En attendant Godot, en coproduction avec le Théâtre Centaur, figure également au programme.

La nouvelle programmation inclut aussi plusieurs créations, dont La nuit m’avale, ainsi que des propositions abordant des enjeux contemporains comme l’intimidation ou les pensionnats autochtones.

Au-delà des textes, Louis-Karl Tremblay met l’accent sur la diversité des formes. « On va avoir du théâtre immersif, participatif, multidisciplinaire », précise-t-il. Certaines œuvres proposeront des expériences sensorielles spécifiques, comme un spectacle où le public est invité à porter un bandeau pour vivre une immersion sonore avant une seconde partie plus traditionnelle. Cette orientation correspond à l’intérêt du directeur artistique pour des œuvres qui « interrogent le rapport au monde » et « déplacent le regard », tout en maintenant un lien avec le public.

Louis-Karl Tremblay affirme vouloir maintenir et renforcer l’engagement du théâtre envers les artistes émergents. « Pour moi, c’est une responsabilité fondamentale », dit-il. Il souhaite faire du TDP « un espace d’expérimentation » et « une porte d’entrée vers le milieu. » Ainsi, le programme de stages permettant à de jeunes artistes d’accompagner des productions se poursuivra. « C’est dans l’ADN du TDP d’offrir à la relève des conditions professionnelles exigeantes, lui permettant de s’inscrire pleinement dans la vie artistique du théâtre », conclut-il.


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