
(Photo tirée de la page Facebook du Groupe Mayrand)
13 avril 2026Un nouveau départ pour Groupe Mayrand Alimentation
Placé sous protection judiciaire depuis l’automne 2025 à la suite de difficultés financières héritées de la pandémie, Groupe Mayrand Alimentation (Mayrand) a trouvé un repreneur. La société mère de Sobeys, Empire Company Limited (Empire) — qui gère notamment au Québec les bannières IGA, Rachelle Béry et Les Marchés Tradition — a signé une entente pour mettre la main sur les quatre magasins-entrepôts de l’enseigne. Pour le président et chef de la direction de Mayrand, Pierre Lapointe, il s’agit d’une « bonne nouvelle pour le futur ».
Basé en Nouvelle-Écosse, Empire Company Limited figure parmi les plus grands groupes de distribution alimentaire au pays. En faisant l’acquisition de Mayrand, Empire met le pied pour la première fois dans le segment québécois des épiceries à format entrepôt et à prix réduits, un créneau occupé jusqu’ici principalement par Maxi, qui appartient à Loblaw, et Super C, propriété de Métro.
Mayrand, quant à elle, est présente dans le paysage alimentaire québécois depuis sa fondation en 1914. Ses quatre magasins — situés à Anjou, à Laval, à Brossard et à Saint-Jérôme — ont comme particularité de s’adresser autant aux professionnels de la restauration qu’au grand public.
Une crise financière aux racines profondes
Pour bien saisir ce qui a mené à cette transaction, il faut remonter aux années précédant la pandémie. Mayrand était alors en pleine croissance et avait structuré son financement pour soutenir son expansion.

Pierre Lapointe, Président et Chef de la direction – Mayrand Entrepôt d’Alimentation (courtoisie)
« On avait un outil de financement qu’on appelle en anglais un «evergreen» (ou crédit rotatif/reconductible). Plus tes ventes augmentent, plus tu es capable d’aller chercher de l’argent pour continuer à opérer et à ouvrir d’autres magasins. C’est excellent dans le cadre d’une croissance », explique Pierre Lapointe.
Mais la pandémie COVID-19 a tout fait basculer. La fermeture prolongée des restaurants a provoqué une chute importante des ventes de la division distribution de l’entreprise, fragilisant considérablement ses finances. « On a financé un manque à gagner à court terme avec un outil de financement à long terme. Personne ne savait que ça allait durer aussi longtemps. L’entreprise a été fragilisée », reconnaît M. Lapointe.
Pour réduire le poids de sa dette, Mayrand a vendu ses activités de distribution alimentaire au Groupe Colabor au début de 2025, pour la somme de 51,5 M$. L’opération a permis d’alléger les finances de la société, sans parvenir à éponger la totalité de son fardeau financier.
« Il restait quand même une dette assez importante. On s’est dit qu’on n’avait pas dix ans à travailler pour les banques. C’est ce qui nous a poussés à nous placer sous la protection de nos créanciers pour faire en sorte qu’on puisse faire une vente, nettoyer le bilan, et que cette entreprise (Mayrand) puisse connaître une croissance par la suite », résume M. Lapointe.
C’est dans ce contexte qu’en octobre 2025, l’entreprise a eu recours à la protection prévue par la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, tout en poursuivant ses activités et en maintenant tous ses emplois.
Empire retenu parmi plusieurs candidats
La mise sous protection judiciaire a donné le coup d’envoi d’un processus de vente encadré par la Cour supérieure du Québec, avec Raymond Chabot Grant Thornton au titre de syndic. Plusieurs acheteurs potentiels ont déposé des offres. La transaction étant supervisée par un juge, le critère déterminant était le montant proposé.
« C’est vraiment au plus offrant. On se doit d’accepter l’offre la plus haute pour donner le plus d’argent aux créanciers », explique-t-il, soulignant que le juge examine l’ensemble des propositions avant d’avaliser la recommandation du syndic.
Deux étapes restent à franchir avant que la vente ne soit officialisée : l’entérinement par la Cour supérieure, prévu le 16 avril, et l’autorisation du Bureau de la concurrence du Canada. Les avocats spécialisés mandatés par les deux camps — le cabinet Fasken pour Mayrand, Stikeman pour Empire — s’accordent pour qualifier ces démarches de formalités, selon Pierre Lapointe. D’après le communiqué de presse émis par Empire, la fin du processus est prévue au cours du premier trimestre de l’exercice 2027. L’entreprise a d’ailleurs décliné la demande d’entrevue d’EST MÉDIA Montréal préférant attendre que l’entente soit entérinée avant de parler aux médias.
L’identité Mayrand préservée
Empire a fait savoir qu’il compte garder la bannière Mayrand et la faire évoluer comme marque à part entière au sein de son portefeuille. M. Lapointe se dit confiant, en s’appuyant sur la manière dont le groupe a mené ses acquisitions antérieures. Il cite notamment l’exemple de Farm Boy, une chaîne ontarienne rachetée par Empire dont le modèle d’affaires et la culture sont restés intacts. « Ce n’est pas inhabituel pour eux. Ils prennent souvent le président actuel qui demeure, avec un conseil d’administration composé de membres de Sobeys », précise-t-il.
Sur le plan de l’offre en magasin, Sobeys ne cherchera pas à intégrer ses produits maison chez Mayrand. « Pour des raisons stratégiques d’identité de la marque, mais aussi pour ne pas concurrencer leurs propres franchisés », indique M. Lapointe. La vente sans carte de membre, qui distingue Mayrand des grandes enseignes d’entrepôt comme Costco, continuera également de s’appliquer. « On ne sera jamais un Costco, et on ne veut surtout pas le devenir », affirme-t-il.
Une expansion à venir
L’intégration au sein d’Empire devrait redonner à Mayrand les moyens de ses ambitions. Le projet d’ouvrir de nouveaux magasins pourrait plus tôt que tard redevenir au goût du jour selon Pierre Lapointe.
« Sobeys n’a pas acheté quatre magasins pour garder quatre magasins. Si on se fie à ce qu’ils ont fait avec Farm Boy quand ils l’ont acheté : ils en ont ouvert partout en Ontario. Des études de marché pour certaines villes au Québec avaient déjà été réalisées. On devrait avoir des nouvelles dans les prochains mois sur les prochaines ouvertures », déclare le président et chef de la direction de Mayrand.
Quant à son propre avenir au sein de la nouvelle entité, M. Lapointe dit souhaiter rester en poste et que des discussions sont en cours, mais que rien n’est confirmé pour l’instant. Quant au choix d’Empire comme acquéreur, force est d’admettre qu’il est accueilli avec enthousiasme par le principal intéressé : « J’ai la sincère conviction que Sobeys était le meilleur partenaire pour Mayrand. C’était un soulagement », conclut-il.






