
Notre serre 4 saisons sera située dans le parc Frédéric-Back (Courtoisie)
16 septembre 2025Notre serre 4 saisons : un projet d’agriculture urbaine au cœur de Saint-Michel
Une petite révolution alimentaire se prépare au sud-ouest du parc Frédéric-Back où se situe l’actuel Complexe environnemental Saint-Michel (CESM). Portée par Vivre Saint-Michel en santé (VSMS), l’initiative Notre serre 4 saisons promet de transformer le paysage alimentaire du quartier en misant sur la production locale, l’éducation citoyenne et l’action communautaire. À l’été 2026, cette serre urbaine deviendra un nouveau point d’ancrage pour la sécurité alimentaire à Saint-Michel.
Notre serre 4 saisons comprendra deux unités de culture distinctes. La première sera consacrée à la production maraîchère destinée aux organismes communautaires du quartier, tandis que la seconde servira de serre pédagogique pour les élèves et les citoyens.
« Dans la serre de production, on a 9 000 pieds carrés à peu près. Donc, ça fait 77 tonnes par année. Puis, c’est environ 3 300 personnes qui vont pouvoir être fournies en légumes frais par année », indique Marie-Ève Grignon, chargée de projet pour VSMS.
« L’idée, c’est vraiment de renforcer le système alimentaire local. On veut que les légumes produits ici soient accessibles, abordables, et qu’ils répondent aux besoins réels des familles du quartier », précise Mme Grignon.
Reconnaissance et budget
Une partie du financement du projet a été rendue possible grâce au fait que l’initiative a su se démarquer. En 2021, Notre serre 4 saisons a été sélectionnée parmi les lauréats du premier budget participatif de la Ville de Montréal. Cette reconnaissance municipale a permis à VSMS d’ajouter 765 000 $ au budget de son projet.
En 2025, l’initiative est l’un des sept projets sélectionnés à l’échelle nationale par le Fonds pour la santé des Canadiens et des communautés. Ce programme fédéral vise à soutenir des projets communautaires qui améliorent l’accès à une alimentation saine et abordable.
L’annonce officielle de ce financement a eu lieu le 8 septembre dernier, lors d’une conférence de presse tenue à la bibliothèque Saint-Michel en présence de la ministre de la Santé, Marjorie Michel.

Marie-Ève Grignon lors de la conférence de presse du 8 septembre dernier (Courtoisie)
« Ce financement nous permet de couvrir les ressources humaines, le matériel à l’intérieur des serres, et de collaborer avec la Chaire RISS pour une recherche-action auprès de 200 personnes bénéficiaires d’aide alimentaire », précise Marie-Ève Grignon.
Le financement du Fonds s’élève à 835 901 $ sur trois ans. Il permettra également de documenter les retombées du projet sur la santé et l’autonomie alimentaire des participants.
Genèse du projet
L’idée d’une serre quatre saisons dans Saint-Michel ne date pas d’hier. Dès 2018, Vivre Saint-Michel en santé portait le souhait de créer une infrastructure agricole durable à proximité du parc Champdoré, tout près de l’école Louis-Joseph-Papineau et des Jardins des Patriotes. Ce site, déjà associé à des initiatives éducatives et communautaires, semblait idéal pour accueillir le projet. En 2021, l’organisme a remporté le premier budget participatif de la Ville de Montréal avec cette proposition. Toutefois, le terrain convoité n’a pas été octroyé par la Ville, qui a plutôt proposé à VSMS de s’allier au projet de serre et de revalorisation thermique développé par AU/LAB au parc Frédéric-Back, en cours depuis 2016.
« On voulait vraiment que la serre soit près du parc Champdoré, mais le terrain n’a pas été octroyé. La Ville nous a proposé de nous joindre au projet d’AU/LAB, ce qui nous a permis de relocaliser le projet tout en conservant notre vision communautaire », explique Marie-Ève Grignon.
Aujourd’hui, VSMS partage l’espace du complexe serricole avec AU/LAB et le Collège Ahuntsic, qui prévoit y implanter un programme en agriculture urbaine. Ensemble, les trois partenaires occuperont les neuf unités de culture réparties sur environ 40 000 pieds carrés. Cette collaboration permet de mutualiser les expertises en production, en recherche et en pédagogie, tout en consolidant un pôle alimentaire structurant pour le quartier.
« Si on faisait 100 % de production, dans les neuf chapelles, on aurait 350 tonnes de légumes annuellement. Et si on faisait dans les neuf, 40 000 pieds carrés, 350 tonnes, ça nourrit environ 15 000 personnes », souligne Mme Grignon, illustrant ainsi le potentiel maximal du site.
« Pour l’instant, on va être les trois organisations qui vont avoir l’usufruit de l’espace. Chacun aura ses unités, mais on travaille ensemble pour que le site ait une cohérence et un impact collectif », ajoute-t-elle.
Un espace pédagogique pour les jeunes
En plus de sa vocation alimentaire, Notre serre 4 saisons servira de levier éducatif pour les jeunes du quartier. La deuxième unité gérée par VSMS sera entièrement consacrée à des activités pédagogiques, notamment en partenariat avec l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau. Les élèves de secondaire 1, 2, 3 et 5 y participeront dans le cadre du programme EAU – Environnement et Agriculture Urbaine, qui combine des apprentissages en horticulture, des ateliers culinaires et de la sensibilisation à la nutrition.
« On veut que les jeunes puissent apprendre à cultiver, mais aussi à comprendre les liens entre alimentation, environnement et santé. L’idée, c’est qu’ils puissent ensuite transmettre ces connaissances dans leur famille », dit la responsable du projet.
Ce volet éducatif vise à renforcer les compétences alimentaires des jeunes tout en favorisant leur engagement communautaire. VSMS prévoit également d’ouvrir cet espace à d’autres groupes citoyens, notamment pour des ateliers intergénérationnels et des activités de sensibilisation. « On veut que ce soit un lieu de rassemblement, où les gens de toutes générations peuvent se retrouver, apprendre ensemble et partager autour de l’alimentation », ajoute-t-elle.
Défis techniques et prochaines étapes
La mise en œuvre d’une serre quatre saisons en milieu urbain soulève plusieurs défis techniques. VSMS travaille actuellement à définir les méthodes de culture, les protocoles de biosécurité et les équipements nécessaires pour assurer une production stable, sans pesticides, et adaptée aux besoins du quartier.
« On doit évaluer quel type de production on va faire. On veut viser une production sans pesticides, avec une bonne biosécurité au niveau phytosanitaire pour éviter les pertes », explique Marie-Ève Grignon.
L’organisme prévoit également des formations en alimentation et en nutrition, destinées aux citoyens qui bénéficieront de la production maraichère. Ces activités pourraient inclure des ateliers pratiques, des rencontres avec des nutritionnistes et des séances d’éducation populaire.
Bien que la serre entrera en service dans environ un an, à l’été 2026, VSMS mobilise les citoyens du quartier autour du projet. En ce sens, Marie-Ève Grignon tiendra un kiosque pour présenter le projet à la 5ᵉ édition du Festival des saveurs interculturelles. L’événement aura lieu à la TOHU les 26 et 27 septembre prochain.
« Je vais être sur place pour parler du projet, faire un petit quiz, un sondage sur les légumes que les citoyens aimeraient voir pousser, des petits jeux avec des photos de fruits et légumes, indique-t-elle. On veut aussi que les citoyens s’approprient le projet de serre et que ça fasse vraiment partie intégrante du quartier Saint-Michel », conclut Mme Grignon.







