
(Courtoisie ARTM)
22 janvier 2026La navette fluviale a eu un impact mitigé sur l’offre commerciale dans le Vieux PAT
La venue de la navette fluviale à Pointe-aux-Trembles (PAT) n’a pas eu un impact majeur sur l’achalandage dans le secteur. C’est ce que démontre une étude réalisée pour le compte de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT).
La firme Raymond Chabot Grant Thornton a remis son « Analyse commerciale du Vieux PAT en lien avec la navette fluviale » au Commissaire au développement économique de RDP—PAT en janvier 2025. Dans ce document, on conclut qu’« [u]ltimement, la navette fluviale n’a pas un impact positif significatif sur l’achalandage dans le Vieux PAT. »
L’étude a sondé 174 consommateurs et commerçants du secteur, et analysé les déplacements des utilisateurs de la ligne N3 en 2023, qui fait le lien entre le Vieux-Port de Montréal, le Vieux PAT et la ville de Varennes. Ainsi, la firme remarque que les segments reliant le Vieux-Port de Montréal et PAT représentent 85 % des trajets effectués cette année-là. En outre, 44 % des trajets se faisaient de PAT vers le Vieux-Port, et 41 % du Vieux-Port vers PAT. Enfin, la majorité des usagers de la ligne N3 résident dans le quartier de RDP—PAT, soit 43,2 %.
« Les usagers de la ligne N3 de la navette fluviale utilisent principalement le service pour se déplacer entre le Vieux PAT et le Vieux-Port de Montréal dans le contexte du loisir, indique le rapport. Bien que les horaires aient été ajustés afin de permettre aux usagers d’utiliser la navette pour se rendre sur les lieux de leur travail, le loisir reste le premier motif d’utilisation du service. »
À la fin de son étude, la firme conclut que malgré la présence de la navette fluviale, peu de résidents du reste de Montréal utilisent la navette fluviale pour aller consommer des produits et services à PAT. « Les consommateurs du Vieux PAT, que ceux-ci soient résidents ou non du quartier PAT, fréquentent principalement le Vieux PAT parce qu’ils habitent à proximité. »
De plus, l’étude note que la faible part des places d’affaires offrant des biens et services courants et le manque de diversité dans l’offre de service sont des faiblesses qui nuisent à l’attractivité du secteur.
Un levier « extraordinaire » pour l’Est
Appelé à réagir à ces constats, la députée de la circonscription de PAT, Chantal Rouleau, souligne pour sa part que les navettes fluviales constituent un levier « extraordinaire » pour l’Est de Montréal.

Chantal Rouleau, députée de PAT et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal (Courtoisie)
« Leur raison d’être ne se limite pas à attirer des visiteurs vers le noyau villageois de notre quartier. Au contraire, elles complètent les métros, les trains et les autobus, valorisent notre corridor naturel, le fleuve, et offrent aux résidents de l’Est une expérience de déplacement plus agréable », affirme dans un courriel l’élue.
De plus, cette dernière rappelle qu’une revitalisation est en cours dans le Vieux PAT et que l’étude en question a été menée durant une période marquée par d’importants travaux, notamment la construction de logements, la réfection des infrastructures routières et l’enfouissement des fils dans le secteur commercial. « Voilà pourquoi cette période a été plus difficile pour nos commerçants », insiste Mme Rouleau.
Revitalisation
Un des principaux acteurs dans ce projet de revitalisation du Vieux PAT est la Société de développement Angus (SDA), qui prévoit trois nouveaux bâtiments de part et d’autre de la rue Notre-Dame, incluant notamment 109 logements locatifs, 8 commerces indépendants et une salle de diffusion culturelle dans l’église Saint-Enfant-Jésus.
L’ensemble de ce développement se fera dans les prochaines années à proximité du quai de la navette fluviale à PAT.
Selon Stephane Ricci, urbaniste et conseiller stratégique pour l’Est de Montréal à la SDA, le service de navette fluviale est « fondamental » pour la pérennisation de la revitalisation de ce quartier, même si au départ elle n’a pas été implantée dans un objectif de revitalisation du quartier.

Stéphane Ricci, urbaniste conseiller stratégique – Est de Montréal à la SDA (Courtoisie)
« On a un énorme potentiel touristique, parce qu’on a la possibilité avec la navette fluviale, pour un Montréalais ou un visiteur, de prendre la navette pour le prix d’un billet d’autobus et de s’en venir dans un cœur de village authentique avec toute sa richesse patrimoniale, son bord de fleuve… », insiste-t-il.
Ce dernier assure que l’offre commerciale qui est en train d’être développée, ainsi que l’offre culturelle qui sera disponible à l’ancienne église Saint-Enfant-Jésus, ouvrira la porte à une expérience exceptionnelle.
C’est dans cette optique que M. Ricci plaide pour que le service de navette soir pérennisé. En effet, la ligne N3, qui est disponible depuis 2021, demeure à ce jour un « projet pilote », aux yeux de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) et du ministère des Transports.
« [C]e n’est surtout pas le temps d’arrêter la navette à ce moment-là, alors qu’on est en train de développer l’offre », met en garde M. Ricci. Cette opinion est partagée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton, qui considère le « [p]ossible arrêt de la navette fluviale vu son statut de projet pilote » comme une menace au développement commercial du Vieux PAT.
Toujours en croissance
Contacté à ce propos, l’ARTM indique que « les discussions se poursuivent avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable afin de déterminer les modalités de la saison 2026 du projet‑pilote ».
Pourtant, les données fournies par l’ARTM semblent démontrer que la ligne N3 a le vent dans les voiles. Ainsi, son achalandage a connu une croissance soutenue depuis sa création, passant de 117 444 déplacements en 2023 à 139 496 en 2025, soit une augmentation de 19 %.
« L’ARTM se réjouit de la croissance soutenue de l’achalandage des navettes fluviales, qui ont enregistré un record de 543 645 passagers en 2025, soit une hausse de 18 % par rapport à 2024 », indique l’ARTM par courriel.
Ces résultats confirment l’intérêt croissant du public pour ce mode de transport alternatif, pratique et durable. « Nous constatons avec satisfaction que les navettes fluviales répondent à des besoins de mobilité de la population de l’Est de Montréal, que ce soit pour les déplacements quotidiens vers le travail et les établissements d’enseignement, ou encore pour les activités de loisir », ajoute l’ARTM.
Au moment d’écrire ces lignes, le ministère des Transports et l’arrondissement de RDP—PAT n’avaient pas retourné les demandes d’entrevues d’EST MÉDIA Montréal.







