
L’artiste Franco Égalité et la chargée de projets à l’Atelier RAM, Delphine Huguet (Emmanuel Delacour/EMM)
27 août 2026Une murale pour parler du parcours des demandeurs d’asile
De jeunes artistes avec le statut de demandeur d’asile ont créé une œuvre collaborative pour faire connaître leur réalité au grand public. L’idée vient d’une initiative portée par une galerie de Saint-Léonard, dont la mission est d’encourager les nouveaux arrivants à s’exprimer grâce aux arts.
C’est dans un local situé sur la rue Jean-Talon Est que les peintres s’affairent à ajouter de la couleur à des panneaux de bois qui constitueront une murale intitulée Traversées intérieures. À leurs côtés, l’artiste Franco Égalité prend part à la création de l’œuvre visuelle.
Les images dépeintes racontent les parcours et les expériences communes qu’ont connus les jeunes artistes dans leur émigration au Québec. « On voulait prendre des moments charnières de leurs transitions et de leur arrivée à Montréal; les premières impressions qu’ils ont vécues, les sentiments qu’ils ont connus, comment ils traversent ce processus », explique Franco Égalité.
En effet, la murale a été créée grâce à un effort collaboratif, souligne Delphine Huguet, chargée de projets à la galerie d’art Atelier RAM [Relève artistique multidisciplinaire], un lieu de rassemblement pour les jeunes artistes.
« On a des jeunes de tous les horizons qui se rassemblent ici et on avait déjà un groupe constitué de demandeurs d’asile. On a donc décidé de faire un projet en mélangeant des jeunes de tous les statuts et on est partis de discussions sur ce qui s’était passé pour eux lorsqu’ils sont arrivés au Québec », indique Mme Huguet.
L’idée n’était pas de mettre de l’avant le statut de demandeur d’asile de certains des artistes – ceux-ci souhaitant d’ailleurs conserver leur anonymat –, mais plutôt de communiquer leur histoire.
En trame de fond de l’œuvre se trouve un pont, un élément qui montre le lien entre les deux vies que connaissent les immigrants. On y retrouve aussi la question du regard des autres, de la solitude et de toute l’introspection à laquelle sont souvent assujetties les personnes immigrantes.
« Le but principal, c’est de créer un portail pour leurs expériences, leur vécu. C’est un miroir qui leur permet de commémorer ce processus, quand même assez dur, mais aussi de permettre à quelqu’un qui ne l’a pas vécu d’en prendre connaissance », affirme Franco Égalité.
« C’est avec joie et beaucoup d’amour que je participe à ce projet et que je vis cette expérience ici, à RAM. Les touches que j’apporte, c’est surtout le regard que le monde a de nous, symbolisé par les yeux », résume un des muralistes.
« Pour moi, l’œuvre représente le fait que parfois, on a un sentiment de transition qui est final. On peut se sentir renfermés sur nous-mêmes puisqu’on est dans un autre pays. Mais au fil du temps, on apprend à se connaître », ajoute un second artiste.
Lieu porté par l’organisme Accueil aux immigrants de l’Est de Montréal (AIEM), l’Atelier RAM a pour objectif « de donner un coup de pouce aux nouveaux arrivants et de leur permettre d’avoir une première expérience de travail au Québec en tant qu’artiste », souligne Mme Huguet. « En pouvant continuer leur carrière ici, en ayant cette première exposition professionnelle, cela leur permet de dire aux Québécois : « J’ai déjà travaillé au Québec, j’ai fait cette exposition! ». »
Le vernissage de Traversées intérieures aura lieu ce soir, le jeudi 27 août, à la l’Atelier RAM, au 5970, rue Jean Talon Est, où l’œuvre sera exposée jusqu’au 8 septembre.
Elle sera ensuite en circulation dans 5 arrondissements montréalais, dont les lieux et les dates sont à venir, et à la Galerie Port-Maurice, à Saint-Léonard, dans le cadre de l’exposition solo de Franco Égalité, du 27 janvier au 25 avril 2027.






