(Image tirée de la page Facebook de Montréal-Nord)

Montréal-Nord mise sur la culture pour transformer ses quartiers et renforcer le vivre-ensemble

Montréal-Nord veut faire de la culture un moteur de cohésion sociale, de participation citoyenne et de revitalisation urbaine. C’est ce que l’arrondissement a dévoilé en présentant son nouveau Plan d’action culturel collectif 2026-2030, un document qui mise sur la culture de proximité, la médiation culturelle et la collaboration avec les organismes du territoire.

Le plan repose sur trois grands axes : la culture au service du mieux-être collectif, des espaces habités par la culture et la citoyenneté culturelle. Au total, 32 actions sont prévues, allant du développement de projets artistiques dans les parcs jusqu’au soutien accru aux artistes émergents et aux organismes locaux.

Chantal Rossi, conseillère municipale à Montréal-Nord (courtoisie Ville de Montréal)

Pour Chantal Rossi, conseillère municipale à Montréal-Nord et responsable du dossier culturel depuis 17 ans, l’objectif est clair : rendre la culture accessible directement dans les quartiers. « La première mission de la Ville de Montréal en culture, c’est de la démocratiser, de la rendre accessible à ses citoyens », affirme-t-elle d’entrée de jeu.

Selon elle, plusieurs résidents n’ont pas nécessairement les moyens de fréquenter les grandes institutions culturelles du centre-ville. Le plan cherche donc à développer une véritable « culture de quartier ». « Ce n’est pas tout le monde qui a les moyens d’aller vivre de la culture dans le centre-ville. Alors, la culture de quartier, de proximité, elle est importante », explique l’élue.

La culture comme outil de cohésion sociale

Le document place la cohésion sociale et l’inclusion au cœur de ses orientations. Montréal-Nord, l’un des arrondissements les plus diversifiés de Montréal, souhaite utiliser la culture comme levier pour rapprocher les communautés et renforcer le sentiment d’appartenance. « La culture, ça permet de créer des liens, de favoriser l’inclusion », soutient Chantal Rossi.

Le plan insiste particulièrement sur la participation des jeunes, des nouveaux arrivants et des groupes souvent moins présents dans les institutions culturelles traditionnelles. Les actions prévues incluent des projets interculturels, des activités intergénérationnelles et des initiatives de médiation culturelle dans les écoles, les bibliothèques et les espaces publics.

Mme Rossi souligne également que les consultations publiques, réalisées en amont de l’élaboration du document, ont joué un rôle central. Plus de 1 300 citoyens et plusieurs organismes ont participé aux démarches menées au cours des dernières années. « Ça fait partie de notre ADN à Montréal-Nord de consulter », dit la conseillère de Ville.

Le plan reprend aussi plusieurs principes de la Politique de développement culturel de Montréal, notamment l’accessibilité universelle, la diversité culturelle et l’approche ADS+ visant à mieux tenir compte des réalités des groupes marginalisés.

Geneviève Bigonnesse, gestionnaire principale de l’organisme de Montréal-Nord « La musique aux enfants » (courtoisie)

Des organismes culturels impliqués dans la démarche

Parmi les organismes consultés figure La musique aux enfants, implanté à Montréal-Nord depuis 2007. Sa gestionnaire principale, Geneviève Bigonnesse, estime que la démarche de consultation a permis de rapprocher les organismes culturels du territoire.

« Tous les organismes culturels du milieu travaillent déjà très fort chacun de leur côté avec leurs propres projets et implications. Ce plan nous a toutefois permis d’envisager une collaboration plus étroite entre organismes afin d’avoir un impact encore plus important sur le territoire », explique-t-elle.

Selon Mme Bigonnesse, l’accessibilité à la culture représentait une priorité largement partagée durant les consultations. Et elle considère que plusieurs actions prévues dans le plan répondent concrètement aux réalités du terrain. « Ce sont des actions concrètes qui ont été développées à partir des idées des organismes », ajoute-t-elle.

Des défis financiers persistants

Malgré l’enthousiasme entourant le plan, les défis financiers demeurent importants. Geneviève Bigonnesse rappelle que les organismes communautaires et culturels fonctionnent souvent avec des ressources limitées. « Le principal défi demeure malheureusement le financement », reconnaît-elle.

Elle ajoute que plusieurs organismes travaillent dans une logique de prévention sociale à long terme plutôt que dans l’intervention d’urgence. « Dans notre organisme, nous travaillons beaucoup dans une logique de prévention. La culture devient un levier pour agir sur des enjeux comme la pauvreté ou l’alphabétisation », explique-t-elle.

De son côté, Chantal Rossi affirme que l’arrondissement prévoit consacrer des budgets spécifiques à des appels de projets culturels et chercher davantage de subventions externes. « Je ne vous dis pas qu’on va déployer des millions, parce qu’on n’a pas des millions, mais ce qu’on peut déployer, on va le déployer pour ancrer cette politique dans le terrain », dit-elle.

Cinq pôles culturels répartis sur le territoire

L’une des nouveautés importantes du plan est la création de cinq pôles culturels répartis dans différents secteurs de l’arrondissement : Cœur-Nomade, Charleroi, Gouin, Fleury et le pôle de la Maison culturelle et communautaire (MCC).

Chaque secteur aura une identité culturelle distincte. Le pôle Charleroi mettra notamment l’accent sur les cultures du monde et les parcours migratoires, tandis que le pôle Gouin valorisera le patrimoine et les berges de la rivière des Prairies.

Le pôle Fleury sera consacré aux arts visuels et à la vitalité commerciale, alors que le pôle de la MCC misera davantage sur la participation culturelle des jeunes et des familles.

Pour Chantal Rossi, cette approche territoriale vise à intégrer la culture dans la vie quotidienne des résidents. « Un quartier culturel, c’est un endroit où les citoyens peuvent circuler à pied et entrer en contact avec la culture de différentes façons, que ce soit à travers les œuvres, les activités ou les bibliothèques », explique-t-elle.

Le plan prévoit également davantage d’activités « hors les murs » dans les rues, les parcs, les écoles et les places publiques. « Avec de telles activités, les gens n’ont pas besoin d’entrer quelque part, ils ont accès directement à la culture, ils la voient, ils la vivent, ils l’entendent », affirme Mme Rossi.

Transformer l’image de Montréal-Nord

Au-delà des projets culturels eux-mêmes, l’arrondissement souhaite aussi modifier la perception souvent négative associée à Montréal-Nord. Le plan s’inscrit dans la continuité de la nouvelle image de marque lancée récemment par l’arrondissement, basée sur les valeurs de courage, de bienveillance, de fierté et d’ouverture. « On veut changer, on veut transformer l’image de Montréal-Nord », affirme Chantal Rossi.

L’élue souhaite que la culture devienne un outil de rayonnement positif pour l’arrondissement et que les citoyens développent un fort sentiment d’appartenance. « On veut faire rayonner Montréal-Nord, on veut amener des gens à Montréal-Nord, que les gens viennent voir ce qui s’y passe », dit-elle.

Pour Geneviève Bigonnesse, la réussite du plan passera surtout par la capacité des organismes et des institutions à continuer de travailler ensemble. « Nous voulons continuer à développer nos propres projets tout en travaillant davantage avec l’arrondissement et les autres organismes, le but étant de créer plus de cohésion entre les différentes initiatives culturelles du territoire », conclut-elle.