
Isabelle Alexandre, directrice générale, Entre Parents de Montréal-Nord (Courtoisie)
16 février 2026« Montréal-Nord, célébrons nos histoires » : raconter pour documenter puis transmettre
Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noir·e·s, l’organisme Le Pôle, en collaboration avec l’arrondissement de Montréal-Nord, a lancé la quatrième édition de l’initiative « Montréal-Nord, célébrons nos histoires ». Tout au long du mois de février, des portraits de quatre personnalités liées au territoire sont exposés dans des lieux publics et des commerces du secteur.
L’idée de cette initiative a émergé en 2022, à la suite de l’inauguration de la Bibliothèque Julio-Jean-Pierre, à Montréal-Nord. Selon Melissa Bensiali-Hadaud, chargée de projets au sein du Pôle, peu d’informations étaient alors accessibles sur la personne dont le bâtiment municipal porte le nom. Ce constat a donc ouvert une réflexion plus large sur la place des contributions des communautés noires dans l’histoire locale.

Melissa Bensiali-Hadaud, chargée de projets, Le Pôle (Courtoisie)
« L’intention de départ se voulait donc être une célébration de la contribution des personnes issues des communautés noires à la construction de notre arrondissement, mais aussi, plus largement, au développement du Québec et du Canada », explique-t-elle.
Et au-delà de cette célébration, l’initiative cherchait aussi à documenter des parcours et à laisser des traces. « Si on ne raconte pas son histoire, les autres vont le faire à notre place », rappelle-t-elle, en citant l’écrivain Rodney Saint-Éloi.
Mettre en lumière des figures locales et les rendre accessibles dans la vie quotidienne
Le projet met donc volontairement l’accent sur des figures locales, plutôt que sur des personnalités déjà reconnues à l’international. Pour Melissa Bensiali-Hadaud, ce choix répond à une réalité bien connue à Montréal-Nord.
« Quand on parle de Montréal-Nord, on va parler des enjeux liés à la violence, au crime, ou on va mettre de l’avant des profils exceptionnels », dit-elle. Le Pôle souhaite plutôt rendre visibles « une multitude de personnes, de parcours entre les deux, qui sont moins souvent célébrés, mais qui contribuent quotidiennement au développement » du territoire.
Le processus de sélection repose sur des recommandations de partenaires, d’anciens honoré·e·s et du public. L’équipe de l’organisme effectue des recherches et procède à un vote anonyme. Les critères incluent l’apport à la communauté, la notoriété et surtout la diversité des profils — qu’il s’agisse d’origines, de domaines professionnels ou d’identités. « On veut vraiment que cette initiative soit le reflet des multiples parcours et multiples identités qui existent dans les communautés noires », précise-t-elle.
Puis chaque année, les portraits sont affichés dans des lieux de passage — commerces, établissements publics, écoles — afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. Melissa Bensiali-Hadaud note également l’intérêt croissant du milieu scolaire pour l’initiative. « Des enseignants nous contactent directement et nous disent : “Je veux en avoir dans ma classe pour les jeunes”. »
« J’ai choisi Montréal-Nord »
Parmi les personnes honorées cette année, Isabelle Alexandre dirige l’organisme Entre Parents de Montréal-Nord depuis plusieurs années. Elle dit avoir été « très contente » d’apprendre sa sélection et s’être sentie « chanceuse d’avoir été sélectionnée par [ses] pairs et par la collectivité ».
Originaire de Longueuil et arrivée à Montréal-Nord pour un stage, elle y est implantée professionnellement depuis 1997. Elle dit avoir découvert dès son arrivée l’importance de sa communauté dans l’arrondissement. « Alors Montréal-Nord, je l’ai choisi », affirme-t-elle. Au fil du temps, elle a vu le territoire évoluer et s’est engagée activement. « Je suis là pour militer, pour nos pairs, oui, mais aussi pour la collectivité. »

Le portrait d’Isabelle Alexandre réalisé par Niti Marcelle Mueth (Courtoisie)
Comme Mme Bensiali-Hadaud, Isabelle Alexandre souhaite que l’initiative « Montréal-Nord, célébrons nos histoires » contribue à nuancer l’image de l’arrondissement. « On entend souvent dire que Montréal-Nord, c’est juste des gangs de rue. C’est pas ça », insiste-t-elle. Elle rappelle que de nombreuses personnes « aiment Montréal-Nord et […] veulent y faire davantage ». Pour elle, participer à cette initiative, c’est donc aussi soutenir « un meilleur vivre-ensemble » et montrer d’autres réalités que celles souvent mises de l’avant.
Et à l’intention des jeunes qui voient les portraits exposés, Isabelle Alexandre souhaite livrer un message direct : « Tout est possible. » Elle les invite à dépasser les stéréotypes et à ne pas se limiter aux obstacles. « Il faut travailler et il faut aider la collectivité à faire ce travail », dit-elle. Elle espère que les jeunes qui découvrent « le cheminement des quatre honorés de cette année » pourront se dire : « Bon ça, c’est un modèle pour moi, je peux aller aussi loin. »
Mme Alexandre rappelle aussi que les acquis ne sont jamais définitifs, évoquant les bouleversements politiques actuels. D’où, selon elle, l’importance de montrer des modèles locaux aux jeunes.
En mettant en lumière des parcours ancrés à Montréal-Nord, l’initiative du Pôle cherche donc à inscrire les contributions des communautés noires dans l’histoire locale, et ce, non pas comme des exceptions, mais comme des composantes à part entière du développement du territoire. Pour Melissa Bensiali-Hadaud, l’enjeu dépasse l’événement ponctuel. « Il y a vraiment l’idée de fierté pour le territoire », dit-elle, afin que celui-ci puisse « se réapproprier son image, son histoire ». « Et après le pourquoi, c’est l’heure du comment on raconte son histoire et qu’est-ce que cela implique », conclut la chargée de projets.
Les autres personnes honorées cette année sont Stéphanie Germain, organisatrice communautaire et directrice générale d’Éduconnexion; Wladimir Jeanty, pédagogue engagé; ainsi que la Dre Yolande Charles, gynécologue obstétricienne aujourd’hui retraitée. Comme Isabelle Alexandre, ils voient leur parcours mis en lumière à travers des portraits exposés dans l’arrondissement et réalisés par l’artiste multidisciplinaire Niti Marcelle Mueth.
Une soirée de reconnaissance aura lieu le 25 février 2026 au pavillon Henri-Bourassa afin de souligner leur contribution au territoire. La rencontre sera précédée d’un atelier participatif animé par Learning Loop et intitulé « Le storytelling comme outil de résistance ». Ce dernier proposera une réflexion sur le récit comme acte politique et mémoire vivante, et invitera les participants à revisiter leurs propres histoires. L’activité se conclura par la création d’une murale collective, dans l’esprit de renforcer le sentiment d’appartenance et le vivre-ensemble.







