
Montréal-Est (Image tirée de la page Facebook de la Ville de Montréal-Est)
13 octobre 2025Montréal-Est : une élection municipale sous le signe des priorités locales et d’une vision contrastée
Alors que les élections municipales battent leur plein à Montréal-Est, deux figures bien connues de la scène locale s’affrontent pour la mairie : la mairesse sortante, Anne St-Laurent, de l’équipe du même nom; et l’ex-conseiller municipal, John Judd, un indépendant. L’une mise sur la continuité d’un mandat qu’elle juge « audacieux et extraordinaire », l’autre appelle à un virage vers une gestion plus sobre et à l’écoute des citoyens. Tous deux s’accordent toutefois sur une chose : Montréal-Est fait face à des enjeux pressants en matière de développement urbain, de cohabitation industrielle, d’environnement et de finances publiques.
Environnement et cohabitation : des approches différentes
À Montréal-Est, l’un des enjeux phares demeure encore et toujours la cohabitation entre zones industrielles et résidentielles, un défi récurrent dans cette ville historiquement industrielle. Mme St-Laurent mise sur une planification équilibrée : « Chaque type d’usage a sa place dans notre Vision 2050. Par exemple, nous avons requalifié certains terrains pour favoriser une industrie légère (au lieu de lourde), mieux adaptée aux quartiers résidentiels. »

La mairesse sortante de Montréal-Est et candidate à la mairie, Anne St-Laurent (Courtoisie)
De son côté, M. Judd reconnaît l’importance de l’industrie dans le secteur, qui génère 85 % des revenus de la ville, mais plaide pour une meilleure réglementation et des consultations plus fréquentes : « Il faut concilier notre vocation industrielle avec la santé et le bien-être des résidents. Et trop souvent, les citoyens sont mis devant des faits accomplis. »
La question du bruit du train, longtemps source de plaintes, cristallise aussi la différence de points de vue des deux candidats. La mairesse sortante se félicite d’avoir conclu une entente avec le CN pour mettre fin aux sifflements nocturnes d’ici le printemps 2026. « C’est un engagement que j’ai pris, et je le respecte. Les citoyens ont droit à une qualité de vie. » M. Judd, quant à lui, y voit une dépense démesurée : « C’est un projet discuté depuis longtemps, mais sans qu’on aille jusque-là. Ce sifflet, c’est une mesure de sécurité. Il faut accepter que vivre ici, c’est aussi vivre avec le bruit industriel. »
Urbanisme et logement : deux visions pour un développement durable
Les deux candidats reconnaissent l’importance cruciale du logement à Montréal-Est, mais divergent sur les méthodes.
Mme St-Laurent rappelle plusieurs projets d’envergure, comme la construction de 180 logements sur la rue Broadway (par la Société de développement Angus), avec des espaces commerciaux au rez-de-chaussée et des stationnements souterrains. Un deuxième et un troisième projets en développement comptent respectivement 34 et 117 logements. Puis un quatrième demandera un redéploiement du site des travaux publics vers une zone industrielle. La mairesse sortante insiste : « On veut bâtir des quartiers intergénérationnels, pensés pour l’avenir, tout en gérant intelligemment les espaces vacants. »
M. Judd, mentionnant sa longue expérience au sein de la Société d’habitation du Québec, dit avoir contribué par le passé à la création de six ensembles immobiliers. Aujourd’hui, il plaide pour des logements accessibles et critique les projets de la mairesse qu’il juge mal planifiés : « Acheter un terrain à 20 M$ [NDLR : celui d’Esso] sans consulter la population, c’est choquant. Et les projets actuels ne répondent pas assez aux besoins des jeunes familles et des aînés. »
Environnement : gestion des risques et verdissement
Sur le plan environnemental, Mme St-Laurent revendique des avancées notables réalisées sous son administration : « Avec les changements climatiques, on voit beaucoup de cas d’inondations. Mais à Montréal-Est, aucune réclamation n’a été déposée. On entretient bien nos égouts et aqueducs, certes. Néanmoins, je veux quand même aller plus loin, avec des étangs naturels, des saillies de trottoirs vertes et plus d’arbres. » Elle ajoute que la surveillance de la qualité de l’air, en collaboration avec les industries, est déjà en place.

Le candidat indépendant à la mairie de Montréal-Est et ex-conseiller municipal, John Judd (Courtoisie)
M. Judd, s’il ne remet pas en cause ces efforts, appelle à une approche plus modeste et durable : « On ne peut pas se permettre des projets environnementaux sans en mesurer l’impact financier. Il faut prioriser des actions concrètes et moins coûteuses. »
Stationnement, circulation et propreté : répondre aux besoins du quotidien
Le stationnement et la circulation sont aussi au cœur des préoccupations des candidats.
Mme St-Laurent dénonce un développement « sauvage » sous les administrations précédentes, ayant mené à une surdensification : « On a mandaté l’Agence de mobilité pour réaliser une étude globale. Le rapport arrive en décembre. Il faut penser les projets de logements avec des solutions de mobilité. »
M. Judd, plus terre-à-terre, évoque le manque de propreté : « La ville est sale. Il faut plus de cols bleus. Les citoyens veulent des rues propres, c’est un service de base. »
Culture, sports et services à la communauté
Sur le plan culturel et communautaire, les deux candidats s’accordent sur l’importance d’offrir des lieux de rencontre. Mais là encore, les moyens de chacun divergent.
La mairesse sortante se dit fière des récentes activités culturelles et de loisir, qui ont attiré 12 000 visiteurs à travers les spectacles entre autres, ainsi que de la rénovation des parcs Philias-Desrochers et Edmond-Robin, et de la création de la pump-track. « Les enfants y sont chaque jour. » Elle promet aussi la réalisation de la phase 2 du Centre récréatif Édouard-Rivet (CRER) et de sept terrains de pickleball. « Et on a déjà les plans pour la Maison des jeunes [NDLR : il s’agissait d’une promesse faite par Mme St-Laurent lors des dernières élections]. Il ne manque que les subventions. »
M. Judd, de son côté, propose un accès aux sports et loisirs gratuit pour les jeunes, et l’achèvement de la phase 2 de l’aréna. Il suggère aussi le retour d’un journal local avec un mot du maire mensuel : « Il faut reconnecter avec les citoyens. On a perdu cette proximité. »
Finances publiques et fiscalité : prudence ou rigueur
L’un des principaux points de friction entre les candidats concerne la gestion des finances municipales.
Mme St-Laurent revendique une approche « responsable » : « Nous terminons trois ans sans hausse de taxes. Il y a quelque temps, la valeur foncière a augmenté de 20 %, ça aura un impact sur le compte de taxes. Mais je m’engage en tant que mairesse, si je suis réélue, à maintenir le taux toujours au plus bas. » Elle voit dans le terrain Notre-Dame, acquis par la Ville pour 15 M$, une opportunité : « On va le développer, rembourser le prêt, et créer de la valeur. »
M. Judd s’insurge : « On gère une ville de moins de 5 000 habitants comme une métropole. On a explosé les dépenses. Dans les médias, on apprenait récemment que les citoyens n’auraient que 200 $ de marge par mois… Ce n’est pas soutenable. »

Le Centre récréatif Édouard-Rivet de Montréal-Est (Image tirée de sa page Facebook)
Vision à long terme : 2050 ou 2030?
La Vision 2050 de la mairesse est ambitieuse. Elle imagine Montréal-Est comme une sorte de Silicon Valley verte, avec des quartiers industriels écoénergétiques et une planification centrée sur la durabilité : « Je ne serai peut-être plus là en 2050, mais la trace, le lancement, ça restera. » Elle souligne aussi l’importance du réseautage et des partenariats avec les autres paliers de gouvernement pour concrétiser cette transformation.
John Judd, plus pragmatique, recentre le débat sur 2030 : « Les bases d’une ville prospère, c’est maintenant qu’on doit les poser. Pas dans 25 ans. On a besoin d’une gouvernance plus humaine, responsable, transparente. »
Une campagne à deux visages
Sur le terrain, les styles de campagne tranchent également. Mme St-Laurent dit recevoir un accueil « chaleureux » en porte-à-porte : « Ça me touche beaucoup. Chaque visite dure longtemps. Les citoyens sont contents du travail accompli. »
M. Judd affirme avoir longuement mûri sa décision avant de se présenter officiellement la veille de la fermeture des candidatures. Il répond ainsi à cette critique : « Ce n’est pas une candidature de dernière minute. C’est une réponse à un appel citoyen auquel je devais prendre le temps de réfléchir. Les gens veulent une autre voie. »
Trois grandes priorités pour chacun
Pour les cinq prochaines années, Mme St-Laurent s’engage entre autres sur trois projets : le développement du terrain Notre-Dame; l’aménagement de la rue Broadway comme cœur de quartier; ainsi que la relocalisation des travaux publics et la reconversion du site où ils se trouvent actuellement.
M. Judd, lui, avance des priorités similaires, mais avec une vision plus modérée : un développement économique durable, réaliste, en phase avec les capacités financières de la Ville et de ses citoyens; une revitalisation des espaces à usage mixte, comme le projet Broadway; et une gouvernance transparente, avec consultations citoyennes régulières.
L’élection municipale de Montréal-Est met donc en lumière deux visions bien distinctes : celle d’une mairesse sortante qui met de l’avant de grandes avancées et qui souhaite poursuivre sur cet élan; et celle d’un ancien élu indépendant qui appelle à la prudence budgétaire et au retour à une gouvernance plus participative. Dans cette ville liée aux enjeux complexes — développement, industries lourdes, environnement, logement et finances —, ce sont les Montréalestois qui trancheront le 2 novembre prochain.



