Montréal-Est (Image tirée de la page Facebook de la Ville de Montréal-Est)

Montréal-Est franchit le cap des 5 000 habitants : entre croissance mesurée et préservation de l’identité locale

Montréal-Est a récemment franchi le seuil des 5 000 habitants, un jalon symbolique pour cette petite municipalité de l’est de Montréal. Si cette croissance démographique demeure limitée, elle entraîne néanmoins des répercussions concrètes sur la gestion municipale, l’aménagement du territoire et le quotidien des citoyens. Entre prudence institutionnelle et perception citoyenne, la Ville cherche à composer avec cette évolution sans transformer fondamentalement son identité de « village gaulois ».

Anne St-Laurent, mairesse de Montréal-Est (Image tirée du site web de la Ville)

Un cap symbolique qui suscite à la fois fierté et retenue

Pour la mairesse, le passage au-delà de 5 000 résidents est d’abord une source de fierté, mais il s’accompagne d’une certaine appréhension. « J’en suis très fière, mais en même temps, j’ai toujours une petite inquiétude parce que Montréal-Est, on est un petit village gaulois », affirme-t-elle. Elle insiste sur l’importance de préserver une relation de proximité entre l’administration municipale et les citoyens, un lien qui, selon elle, devient plus difficile à maintenir à mesure que la population augmente.

Cette croissance n’est donc pas perçue comme le début d’une expansion majeure. La mairesse rappelle que la vocation industrielle du territoire limite nécessairement l’ampleur de son développement résidentiel. « On n’atteindra jamais le 100 000 de population sur notre 12,5 km² . » À long terme, l’élue estime que la population atteindra tout au plus entre 6 000 et 7 000 habitants.

La mairesse souligne également que les citoyens eux-mêmes souhaitent conserver l’image d’une ville à taille humaine, tout en évoquant l’intention de la Ville d’évoluer graduellement vers des formes d’industrie plus légères et liées à l’écoénergie.

Des effets administratifs et politiques bien réels

Le franchissement du seuil des 5 000 habitants a aussi des effets concrets sur le plan administratif. Anne St-Laurent note que cette nouvelle réalité démographique modifie la façon dont Montréal-Est est perçue, notamment lors des élections et dans les demandes de financement. « Ça peut nous amener à recevoir de plus gros montants », illustre-t-elle, ajoutant que la ville n’est désormais plus considérée comme un petit village.

Du côté de l’administration municipale, la directrice générale, Kaouther Saadi, explique que la croissance récemment enregistrée nécessite des ajustements internes. « On a révisé nos façons de faire », dit-elle, en évoquant une planification opérationnelle renforcée et une meilleure coordination entre les services. La création, en 2023, d’un poste de coordonnateur aux relations citoyennes s’inscrivait dans cette démarche. « Les requêtes citoyennes sont un levier important de nos opérations », précise-t-elle.

Selon la directrice générale, le tout permet à la Ville de demeurer réactive, décrivant Montréal-Est comme « très agile » en raison de sa taille et de la proximité avec ses citoyens.

Kaouther Saadi, directrice générale de Montréal-Est (Image tirée du site web de la Ville)

Une croissance encadrée par les capacités des infrastructures

Kaouther Saadi souligne que, comme ailleurs au Québec, les infrastructures locales nécessitent un entretien constant. Des plans de gestion des actifs ont ainsi été mis en place pour éviter des interventions tardives ou improvisées.

Elle insiste sur le fait que l’objectif n’est pas d’attirer des résidents sans tenir compte des capacités de la Ville. « Le but, ce n’est pas de grossir de manière exponentielle et de ne pas être capable de répondre aux besoins des citoyens. Le but, c’est de créer des milieux de vie », explique-t-elle. Cette approche se traduit par une attention particulière portée au développement du commerce de proximité et par une évaluation des projets en fonction de critères liés à la capacité des infrastructures existantes.

La qualité de vie demeure donc aussi un indicateur central dans ce contexte. « Ce qu’on surveille surtout, c’est le sentiment de sécurité qu’on crée », précise la directrice générale, en mentionnant notamment des investissements non seulement en sécurité mais aussi en loisirs.

Le regard d’une résidente installée avant la croissance

Du point de vue citoyen, la croissance est perçue de manière plus concrète. Julie Beauvilliers, une résidente arrivée à Montréal-Est en 2016, raconte avoir été surprise par les chiffres révélés récemment. « Dans ma tête, on est encore à 3 800 habitants! », dit-elle, faisant référence à la population au moment de son arrivée. Apprendre que la ville compte maintenant environ 5 000 personnes représente pour elle un changement notable, mais pas nécessairement négatif.

Elle associe cette augmentation à certains effets visibles sur le territoire. « Si tu as plus de gens qui viennent s’installer ici, ça permet des revitalisations comme celle survenue sur Broadway », explique-t-elle. Elle mentionne aussi l’arrivée de nouveaux services de proximité, notamment une pharmacie, ce qui lui a permis de transférer son dossier santé, auparavant logé à Pointe-aux-Trembles.

L’événement montréalestois Juillet SHOW (Image tirée de la page Facebook de la Ville de Montréal-Est)

Une vie culturelle et communautaire plus visible

Julie Beauvilliers observe également une évolution du dynamisme culturel local. « Cet été, honnêtement, avec la grande offre culturelle locale, j’ai pu voir plein de spectacles. » En effet, plusieurs événements sont accessibles à pied aux Montréalestois, se déroulant dans des parcs et des espaces publics. Selon la résidente, ces activités contribuent à renforcer les liens entre les citoyens. « Souvent, les petits spectacles permettent de développer un esprit de communauté », souligne-t-elle.

Sur le plan de l’aménagement urbain, Mme Beauvilliers estime que certains choix accompagnent bien la croissance. « Ils l’ont très bien fait avec Broadway en pavant tous les trottoirs », dit-elle. Elle met aussi l’accent sur l’importance du transport actif et des déplacements à pied dans une ville en transformation.

La citoyenne remet cependant en question une intersection dangereuse, à son avis, lorsqu’elle se promène à pied : celle située au coin de l’avenue Marien et des rues Victoria et Prince-Albert. En effet, il ne s’y trouve aucun arrêt-stop, ce qui est dû au chemin de fer qui passe aussi par là.

Questionnées à ce sujet, la mairesse et la directrice générale de Montréal-Est étaient bien au fait de la situation, amenée à leurs oreilles par plusieurs autres résidents, disent-elles. Elles ont alors confirmé à EST MÉDIA Montréal qu’une firme d’ingénieurs venait justement d’être embauchée afin d’évaluer les options possibles pour régler la situation.