
La boutique Vélo Espresso dans MHM (Google Street View)
20 septembre 2026Mondiaux de cyclisme : opportunité d’affaires ou casse-tête pour les commerces de quartier?
Du 19 au 27 septembre, Montréal replonge dans la fièvre du cyclisme international en accueillant les Championnats du Monde de Cyclisme sur Route de l’UCI. Plus de cinquante ans après l’édition historique de 1974, la métropole s’apprête à recevoir sur ses artères l’élite mondiale sur roues. Si l’administration municipale promet un événement d’envergure « qui placera une fois de plus Montréal sous les projecteurs du monde entier », la réalité des commerçants de quartier s’avère plus nuancée. Entre fermetures de rues, retombées incertaines et enthousiasme sportif, les propriétaires de boutiques de vélo doivent rouler entre pragmatisme et passion.
Logistique et fermetures de rues : une gestion sous contrôle
Pour accueillir les 13 épreuves réparties à travers 7 arrondissements — dont à l’est Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), le Plateau-Mont-Royal (PMR) et Ville-Marie —, la Ville de Montréal déploie un dispositif imposant. L’installation quotidienne de barrières dès 7 h du matin, les interdictions de stationnement strictes et la fermeture complète de l’avenue du Parc autour du « Village des Fans Bonjour Montréal », du 4 septembre au 4 octobre, imposent de sérieuses contraintes de déplacement.
Pourtant, du côté des commerçants spécialisés, ces entraves logistiques ne suscitent pas de panique majeure. Gabriel B. Savaria, propriétaire de la boutique Pignon sur roues, estime que l’approvisionnement ne subira pas de contrecoup disproportionné : « Pour les livraisons, je ne pense pas que ça va changer grand-chose. Tous les fournisseurs sont déjà sur le territoire de Montréal. » M. B. Savaria regrette toutefois un choix d’aménagement urbain pour la période des courses. « La problématique, c’est que la rue piétonne ne l’est plus. Ç’aurait été un gros avantage pour des touristes de l’extérieur du pays de pouvoir se promener directement [sur Mont-Royal] », croit-il.
Même constat d’anticipation chez Olivier Quirion-Deslauriers, propriétaire de Vélo Espresso dans Hochelaga-Maisonneuve. Situé en retrait du tracé principal, il a planifié ses stocks en amont. « Je n’ai pas d’inquiétudes à ce niveau-là, on est assez préparé depuis longtemps. J’ai essayé de faire mes livraisons en prévision pour ne pas manquer de rien durant cette semaine de festivités. L’idée, c’est d’en profiter et de ne pas être pénalisé par ça », précise-t-il.

La boutique Pignon sur roues sur le PMR (Image tirée de la page Facebook)
Entre dépannage express et visites curieuses : des attentes commerciales modérées
Sur le plan des ventes, les commerçants rencontrés ne s’attendent pas à une explosion de leur chiffre d’affaires global. La nature même de la marchandise et la logistique des visiteurs internationaux freinent la consommation impulsive d’équipements lourds. « Personne ne va vraiment ramener un vélo de voyage », rappelle Gabriel B. Savaria. Selon lui, l’opportunité réside davantage dans la vente de petits articles faciles à transporter, comme des vêtements, et dans la réactivité de l’atelier mécanique : « Je pense qu’on fera surtout des dépannages « sur le fly » pour des gens qui auront une crevaison et qui chercheront une réparation rapide. »
Pour répondre à cette clientèle plus pressée sans surcharger ses employés, Pignon sur roues a fait le choix de réorganiser son calendrier d’atelier plutôt que d’embaucher à court terme. « Nous avons préféré étaler le travail sur plusieurs jours dans les semaines précédentes plutôt que de tout condenser, afin de garder une marge de manœuvre pour servir rapidement les clients qui auraient un besoin urgent [pendant les compétitions] », explique le propriétaire.
À quelques kilomètres de là, chez Vélo Espresso, l’impact direct sur l’atelier de réparation s’annonce plus mesuré. En revanche, le volet café de la boutique et la présence de nombreux hébergements touristiques dans le secteur pourraient stimuler l’achalandage. « Je ne peux pas dire que j’anticipe une grande augmentation de mon chiffre d’affaires, mais j’anticipe une augmentation de l’achalandage », explique Olivier Quirion-Deslauriers. Également passionné de cyclisme, il est à même de constater le comportement type d’une clientèle d’enthousiastes : « Quand je voyage, je vais toujours visiter les petites boutiques de vélo par curiosité et rencontrer les gens qui travaillent dans le même domaine que moi. Je pense que ça va transparaître aussi ici. Alors, ça se répercutera surtout sur la vente de café et les visites impromptues. »
Pédagogie, événements locaux et héritage sportif
Au-delà de la simple transaction commerciale, l’arrivée des Championnats du Monde pourrait servir de catalyseur social et éducatif. Pour M. Quirion-Deslauriers, l’événement offre une occasion privilégiée de dialoguer avec une clientèle de quartier parfois peu familiarisée avec le cyclisme professionnel. « Notre clientèle ne gravite pas autour du cyclisme compétitif. On devient alors pour eux des pédagogues par la bande, pour expliquer un peu ce qui s’en vient, ce qu’est un contre-la-montre par équipe ou une course en ligne », illustre-t-il.
Pour vivre l’événement pleinement, les deux boutiques ont choisi d’organiser des activités en marge des compétitions officielles. Au Pignon sur roues, une sortie de groupe extérieure est organisée et nécessitera une fermeture exceptionnelle d’une journée. Chez Vélo Espresso, on propose une balade rassembleuse en soirée sous la thématique des vélos rétro, tout en fermant les portes du magasin le samedi pour permettre à l’équipe d’assister à la course élite féminine.
À plus long terme, les acteurs du milieu espèrent que le passage des Mondiaux laissera une empreinte durable sur la « culture vélo » et la cohabitation routière à Montréal. « J’espère que les gens vont pouvoir voir que c’est quelque chose de bénéfique pour une ville et s’inspirer de ça pour se rapprocher de la culture en Europe, où le vélo est roi », confie Gabriel B. Savaria. Un souhait partagé par Olivier Quirion-Deslauriers, qui dresse un parallèle historique avec l’édition de 1974 : « Cette course-là avait laissé des traces. Le boom du vélo de route compétitif s’est fait sentir au tournant des années 70-80. Je m’attends à la même chose. Ça laissera des répercussions positives, j’en suis certain », conclut-il.







