Le duplex reconverti qui abrite la maison Mikiwamcic (Image tirée de la page Facebook du PAQ)

Mikiwamcic : une maison pour se sentir dans sa communauté

Une nouvelle ressource pour les jeunes autochtones résidant à Montréal a récemment été ouverte dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. L’organisme Projets Autochtones du Québec (PAQ), à l’origine de cette initiative, a voulu créer un lieu où la stabilité, l’autonomie et la solidarité seraient mises de l’avant.

Stacy Boucher-Anthony, directrice générale de PAQ, au centre, lors de l’inauguration de Mikiwamcic (Emmanuel Delacour/EMM)

Ancien duplex reconverti en maison de chambres, le centre est composé de six chambres individuelles et d’aires communes. Nommée Mikiwamcic – qui signifie « la petite maison » en atikamekw –, cette résidence offre des logements abordables aux jeunes Autochtones des Premières Nations ainsi qu’à des Inuit et des Métis âgés de 18 à 30 ans. La clientèle sera composée de personnes qui quittent le système de protection de la jeunesse ou qui poursuivent des études à temps plein dans la métropole.

Ceux-ci pourront vivre dans la maison pour une période maximale de 24 mois durant laquelle des intervenants les aideront à préparer leur vie après leur passage à la ressource. En plus de l’hébergement dans un espace adapté culturellement aux besoins de sa clientèle, de l’accompagnement avec suivi psychosocial sera disponible sur place en tout temps.

« Nous avons voulu créer cette ressource pour les jeunes, parce que ce qu’on observait, c’est qu’il y en avait de plus en plus qui arrivaient dans nos refuges à 18 ans malheureusement », a souligné Stacy Boucher-Anthony, directrice générale de PAQ, lors de l’inauguration de Mikiwamcic, le 16 décembre dernier.

Une des six chambres de la maison Mikiwamcic (Emmanuel Delacour/EMM)

En effet, l’organisme gère deux refuges d’urgence pour les personnes des communautés autochtones au centre-ville de Montréal. Dans ces centres d’environs 50 places chacun, on offre des services similaires à ceux que l’on retrouve dans les centres réguliers pour les personnes en situation d’itinérance.

Toutefois, c’est dans l’optique d’intervenir avant que les personnes ne se retrouvent dans la rue que PAQ dispose depuis quelques années de maisons de chambres qui permettent aux plus vulnérables de la société de retrouver un peu de stabilité. « On s’est demandé comment on pouvait prévenir l’itinérance plutôt que de sortir quelqu’un de l’itinérance, parce que c’est beaucoup plus difficile. Une fois que quelqu’un est « acclimaté » au milieu des refuges d’urgence, il y en a qui tombent dans la consommation de drogues dures; ça devient beaucoup plus énergivore et difficile de les sortir de là », souligne la directrice générale de PAQ.

Dans le cas de Mikiwamcic, le choix de s’installer dans Hochelaga-Maisonneuve n’est pas un hasard, explique Mme Boucher-Anthony. « La plupart de nos services sont situés dans le secteur de Ville-Marie. Je ne vous cacherai pas qu’on voulait être excentrés, et non pas au centre-ville, parce qu’on y retrouve une concentration de problèmes, notamment des revendeurs [de drogues]. On y retrouve aussi beaucoup d’autres organismes communautaires qui, par la force des choses, attirent d’autres enjeux. Ici, on voulait plutôt créer un milieu de vie qui était normalisant, comme un jeune qui habiterait chez ses parents, où il y aurait des voisins et où il ne se sentirait pas dans une institution », insiste-t-elle.

Une aire commune de Mikiwamcic, les murales ont été réalisées par l’artiste atikamekw Meky Ottawa (Emmanuel Delacour/EMM)

Au total, le projet a été financé à la hauteur de 1,2 M$ pour l’acquisition et la rénovation de l’immeuble. « Ça revient à 200 000 $ par chambre. En termes de développement, pour un projet comme ça, ce n’est pas cher. Pour faire du logement aujourd’hui, ça coûte en moyenne de 400 000 $ à 450 000 $ par unité », estime Mme Boucher-Anthony. Le projet a été financé à la hauteur de 400 000 $ par le Service régional de l’itinérance du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et de 800 000 $ par le Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et les Inuits.

Selon le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines de l’UQAM, les personnes autochtones représentent approximativement 12 % de la population en situation d’itinérance visible à Montréal, alors qu’ils ne constituent que 0,6 % de la population totale de la ville.