
(Courtoisie)
11 octobre 2025MHM : le logement et la collecte des ordures accaparent les débats
Les candidates à la mairie de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM) nomment toutes un enjeu de taille depuis le début de cette course électorale : l’accès au logement. En effet, la crise de l’itinérance et la hausse des loyers ont eu vite fait d’accaparer le débat dans cet arrondissement.
Militante impliquée dans l’arrondissement depuis plusieurs années, Anaïs Houde a décidé de faire le saut en politique avec l’équipe de Craig Sauvé, Transition Montréal, parce qu’elle se dit « insatisfaite des options proposées » par les autres partis.
« Ils ne représentaient pas les valeurs que j’espérais voir se développer dans MHM. Je me suis retrouvée devant un drôle de choix : me dire c’est fini la démocratie municipale, ça ne mènera plus jamais à rien; ou alors (…) m’engager dans ma communauté à plus grande échelle avec le soutien d’un parti progressiste », affirme l’ancienne membre du groupe citoyen Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM.
Face à celle-ci, Alia Hassan-Cournol, conseillère sortante de Projet Montréal dans MHM, aspire aussi au poste de mairesse dans l’arrondissement. « J’avais vraiment envie de pousser mon engagement politique plus loin dans MHM et de le faire pour les gens. D’avoir assisté au Conseil d’arrondissement, d’entendre leurs préoccupations, d’être sur le terrain, de voir ce qui se passe en itinérance et en logement : ce sont des dossiers qui ont créé une certaine forme de révolte en moi », souligne Mme Hassan-Cournol.
Celles-ci devront affronter une troisième femme dans la course à la mairie : Chantal Gagnon, qui se présente pour Ensemble Montréal. Précédemment impliquée dans le milieu communautaire et spécialiste de la saine gouvernance, cette ancienne parajuriste et présidente de la Maison d’hébergement d’Anjou indique avoir fait le saut dans la course à la mairie pour « continuer à avoir un impact à plus grande échelle, faire une différence ». « Je pense qu’avec de la rigueur, du cœur et de la volonté, on peut redonner à l’est la place qu’il mérite », résume-t-elle.
L’incontournable question du logement
Anaïs Houde voit la question du logement comme l’enjeu incontournable de cette campagne électorale. « J’ai rencontré beaucoup d’organismes et de personnes, et c’est ce qui revient le plus, le logement, le logement, le logement, que ce soit la protection du parc locatif, la création de logements hors marché ou de logements transitoires. Les organismes en sécurité alimentaire disent que le problème, c’est la crise du logement. Les gens n’arrivent plus à se nourrir parce que les logements sont peu abordables », explique la candidate de Transition Montréal.
Ainsi, plusieurs autres dossiers importants découlent de celui de l’accès au logement dans MHM, selon Mme Houde, notamment la sécurité alimentaire et l’itinérance.

Anaïs Houde, candidate à la mairie de MHM pour Transition Montréal (Courtoisie)
Il faut donc intervenir à court terme pour protéger les locataires et offrir des services aux personnes en situation d’itinérance. Mais aussi à long terme en favorisant la création de logements hors marché. « Il y a des organismes qui ont des fiducies, du montage financier pour du logement transitoire ou supervisé. Ils militent depuis des années pour la création de logements sociaux sur certains terrains disponibles, mais ça n’a pas été mis en valeur par l’administration actuelle », observe la candidate de Transition Montréal.
De plus, elle avance quand améliorant l’émission de permis et les efforts d’inspection des logements à l’Arrondissement, il sera possible d’améliorer le sort des locataires à plus court terme.
Pour sa part, Mme Hassan-Cournol conçoit qu’il est nécessaire d’avoir une « approche innovante » à la question du logement. « Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été faites dans MHM. Je lève la main pour qu’on ait des habitations modulaires dans l’arrondissement. Je veux aussi qu’on accélère tout ce qui est projet de logement social et de transition, notamment pour les personnes en situation d’itinérance », avance la candidate de Projet Montréal.
En matière de protection des loyers, Mme Hassan-Cournol a récemment annoncé un fonds de 500 000 $ pour agir au niveau de la préservation du parc locatif, de la défense des droits des locataires et de la salubrité. Elle espère ainsi pouvoir soutenir les OBNL en habitation et les comités logement du territoire.
De son côté, la candidate d’Ensemble Montréal affirme qu’en ce qui concerne l’enjeu de l’itinérance, on ne peut plus démanteler les campements, mais qu’il faut plutôt envisager d’offrir davantage de services.
« On s’est déjà engagés à tripler le budget annuel de la Ville de Montréal à 30 M$ par année pour les organismes communautaires, l’embauche de plus de travailleurs de rue (…) afin d’assurer une pérennité au sein des organismes. Parce que souvent, chaque année, ils se demandent s’ils vont avoir le financement nécessaire », explique Mme Gagnon.
Cette dernière ajoute qu’un autre engagement a été pris par Ensemble Montréal pour réserver 100 M$ qui seront destinés aux refuges d’urgence, dont plusieurs sont établis dans MHM.
La collecte des déchets revue
Mme Gagnon considère que depuis que la collecte des ordures ménagères aux deux semaines a été imposée à l’entièreté de l’arrondissement en novembre 2024, ce sujet s’est imposé comme « un gros enjeu » dans la campagne électorale. « J’ai pris comme engagement de ramener la collecte des ordures à chaque semaine de mai à octobre », insiste la candidate d’Ensemble Montréal.

Chantal Gagnon, candidate à la mairie de MHM pour Ensemble Montréal (Courtoisie)
Pour sa part, la candidate de Transition Montréal constate aussi que la question de la collecte des déchets s’est immiscée dans la course. « Pour moi, ça ne faisait pas vraiment partie de la liste des priorités. Cependant, je comprends que c’est devenu un irritant pour beaucoup de personnes au moment de l’implantation (de la collecte des ordures ménagères aux deux semaines). Les partis en ont fait un enjeu électoraliste, ce que je trouve dommage », soutient-elle.
Reconnaissant que cette mesure a été adoptée « trop rapidement » en faisant du « mur à mur », sans laisser une période d’adaptation aux citoyens, Mme Houde croit que son administration pourrait facilement améliorer le projet, en ajoutant par exemple des points de dépôt pour les ordures sur le territoire.
Plus tôt lors de la campagne électorale, Luc Rabouin, le chef de Projet Montréal et candidat à la mairie de Montréal, a promis, quant à lui, le retour de la collecte des ordures ménagères chaque semaine durant la période estivale. La collecte aux deux semaines serait maintenue pour le reste de l’année.
État des rues et camionnage
Les candidates abordent l’enjeu de la mobilité sur différents fronts. Deux d’entre elles notent que dans un récent rapport de la Vérificatrice de Montréal, MHM a reçu la pire cote de Montréal en ce qui concerne la qualité des rues. Le pourcentage de rues en « mauvais » ou « très mauvais » état est établi à 60 %.
« Ce n’est pas surprenant, parce qu’on a aussi la plus grande concentration d’industries et de camionnage. Ç’a un impact, c’est sûr! Il nous faut donc une écofiscalité pour faire payer les utilisateurs pollueurs, afin de nous permettre d’entretenir nos infrastructures », insiste l’aspirante mairesse de Transition Montréal.
En outre, Mme Houde, souhaite faire augmenter la desserte des lignes d’autobus dans l’arrondissement.
Pour Mme Gagnon, il est essentiel de s’attaquer à la réfection des rues de MHM, pour tous les usagers. « Ça vient aussi avec la révision de la circulation, avec un meilleur plan, ainsi qu’un contrôle strict du camionnage », ajoute-t-elle. Les abords de la rue Notre-Dame Est et le secteur de Tétreaultville doivent être ciblés pour combattre le « laxisme » des dernières années, conçoit la candidate d’Ensemble Montréal.
Par ailleurs, cette dernière dit vouloir rouvrir la circulation dans les deux sens sur la rue Honoré-Beaugrand, une requête mise de l’avant par son collègue, le conseiller de la Ville Julien Hénault-Ratelle, en mai dernier.
Revoir la sécurité
Les candidates de Projet Montréal et Ensemble Montréal ont toutes les deux proposé de sécuriser les déplacements à vélo sur la piste cyclable de la rue Notre-Dame Est en améliorant l’éclairage nocturne. « En arrière, on a des campements et il y a des arbres, tout ça est mal éclairé. Alors, on veut améliorer la visibilité et renforcer la sécurité », insiste Mme Gagnon.
De plus, Mme Hassan-Cournol dit vouloir revoir la question de la sécurité dans MHM sous un nouveau jour. Premièrement, grâce à une « perspective féminine de comment on habite la ville ». « Prenons, par exemple, la piste cyclable Notre-Dame, elle a besoin d’être plus éclairée. La perception de comment on vit la ville et comment on se sent en insécurité quand on est une maman avec sa poussette ou une femme seule le soir, elle n’est pas la même », explique la candidate de Projet Montréal. En deuxième lieu, elle souhaite favoriser « le mieux-vivre » dans l’arrondissement.
« La question de la sécurité est souvent associée à cette idée selon laquelle les jeunes sont en insécurité et qu’il y a de la criminalité au sein de cette population : ça revient beaucoup dans l’arrondissement. Même si les taux de criminalité sont bons dans MHM, je pense que c’est important de rester dans la prévention. On va donner des moyens aux organismes jeunesse et avoir des infrastructures sportives de qualité, des parcs de qualité », soutient-elle.
Un plan de développement économique

Alia Hassan-Cournol, candidate à la mairie de MHM pour Projet Montréal (Courtoisie)
Pour Mme Hassan-Cournol, le développement de l’arrondissement doit passer par un « plan de développement économique concret ». « On pense aussi à du soutien aux PME et à des programmes de relance d’artères commerciales. J’ai eu l’expérience de la relance de la rue Sainte-Catherine Est dans mon secteur, et ç’a marché. Donc, on peut appliquer cette recette dans d’autres endroits de l’arrondissement », affirme la candidate de Projet Montréal.
Cette dernière affirme aussi vouloir continuer à soutenir les associations commerçantes, notamment la nouvelle association de Tétreaultville, secteur qui a récemment inauguré la place des Commerçantes, au coin des rues Hochelaga et des Ormeaux. « Ça donne une impulsion aux commerçants, parce qu’on a réussi à faire des acquisitions qui nous ont permis de faire cette place. Mais on va devoir continuer vraiment à soutenir notre association de commerçants pour redonner ce cœur commercial à Tétreaultville. »
Moins de paperasse
De son côté, Mme Gagnon désire couper dans la « complexité » de la paperasse à l’arrondissement, entre autres en ce qui concerne l’émission de permis. « Ce que j’entends beaucoup, c’est que les gens n’ont même pas de retour d’appel. Ils envoient un courriel sans nécessairement avoir de retour », se désole la candidate d’Ensemble Montréal.
Elle préconise donc une « saine organisation » et la mise en place de « règles » pour assurer des suivis lors des échanges entre les citoyens et les employés de l’Arrondissement. « Pour moi, c’est tellement la base. Pour le délai, je vous dirais 24 h, mais peut-être que je vais arriver en poste et que ce sera autre chose. Mais c’est sûr que c’est ma priorité », assure-t-elle.
Protéger les espaces verts
En tant que militante écologiste, Mme Houde se désole de la destruction des derniers espaces verts existants dans les secteurs les plus industrialisés de l’arrondissement. Elle prend en exemple le secteur de l’Assomption Nord, où plusieurs zones boisées sont à risque en raison du développement immobilier en plein essor.
« Ne pas démolir des espaces pour construire des condos luxueux, pour moi, ça fait tout son sens. Il faut un moratoire sur cela », explique-t-elle. Mme Houde ajoute que cette question ne doit pas être passée sous silence lors de cette campagne électorale dans un arrondissement qui a « un lourd passif environnemental » qui a trop longtemps diminué la qualité de vie des résidents.
RayMont Logistiques
Sujet chaud dans MHM, le projet de construction de la plateforme de transbordement de RayMont Logistiques dans le secteur de l’Assomption Sud a longtemps contrarié Mme Houde, alors qu’elle faisait partie du groupe environnementaliste qui en a fait son cheval de bataille. Dénonçant par le passé le fait que l’administration sortante de Projet Montréal a accordé à l’entreprise les dérogations nécessaires pour aller de l’avant avec son chantier, la candidate de Transition Montréal promet néanmoins ne pas vouloir rouvrir le dossier si elle remporte la mairie.
« Est-ce que, si je suis élue, je vais retourner en cour? Non, assurément pas. Mais par contre, c’est sûr que je serai à l’écoute de la population sur ce genre de sujets », insiste-t-elle en terminant. Elle préconise maintenant une « meilleure vision » des impacts qu’ont sur la santé publique les entreprises industrielles et logistiques dans MHM.



