La Place des Festivals du Quartier des spectacles (Photo : Stephan Poulin)

Mettre la culture au cœur des priorités municipales : les propositions de Culture Montréal

Prioriser les salles de spectacle dans la révision du règlement sur le bruit, permettre des usages culturels temporaires sur des sites municipaux vacants, revitaliser le Quartier latin ou encore appuyer le rôle de chef de file politique de Montréal dans le dossier des festivals : voilà quelques-unes des recommandations présentées par Culture Montréal dans sa nouvelle plateforme culturelle sur fond d’élections municipales.

À chaque élection – municipale, provinciale ou fédérale –, Culture Montréal publie une plateforme culturelle de recommandations pour influencer les engagements des partis en matière de culture. Nommée La culture fait campagne, ​​la plateforme 2025 de l’organisme montréalais s’est donné pour objectif de mettre de l’avant des mesures concrètes plaçant les activités artistiques et culturelles au cœur de l’identité de la ville. 

Cette nouvelle édition de la plateforme propose 33 actions articulées autour de quatre axes stratégiques : la vitalité culturelle nocturne et citoyenne, le cœur artistique et créatif, l’aménagement culturel du territoire et la requalification du patrimoine. Le programme est complété par les sections rayonnement international et autochtonie.

Pour Emmanuelle Hébert, directrice générale de Culture Montréal, l’initiative La culture fait campagne constitue un appel aux partis politiques municipaux à se mobiliser pour faire de Montréal une métropole « qui mise sur la culture pour transformer, innover et rassembler ».

Cette démarche passe par des actions concrètes, comme reconnaître le rôle essentiel des arts et de la culture dans les décisions et le soutien financier. « La Ville devra d’abord éviter d’appauvrir ses propres institutions : le Service de la culture, la Division du patrimoine, les services afférents en arrondissement et le Conseil des arts de Montréal, mais aussi s’assurer que cette vision ambitieuse soit dotée des ressources adéquates pour permettre de générer les impacts attendus sur la société montréalaise », a indiqué l’équipe de Culture Montréal à EST MÉDIA Montréal. 

L’OBNL espère également voir se concrétiser d’autres gestes immédiats par la prochaine administration municipale pour soutenir la culture dans la métropole. Il décrit notamment la mise en place d’une taxe spéciale sur les panneaux publicitaires géants, comme alternative « pour limiter et compenser les impacts de la pollution visuelle, en plus d’être une opportunité de financement qui a été reconnue » ; la relance de la plateforme de gouvernance Montréal, métropole culturelle, dans les 6 mois après la prise de pouvoir ou encore l’intégration systématique de la culture dans ses demandes budgétaires, « particulièrement en ce qui a trait au filet social et aux immobilisations ». 

Pour l’est de Montréal, on souhaite la création « d’une instance de gouvernance concertée d’acteurs culturels et socio-économiques » pour que puissent être priorisés des projets sur les territoires « à fort potentiel de développement », tels que l’initiative Rives et Dérives, notamment. 

« Il s’agit également de planifier le plus en amont possible la présence de pôles et d’équipements culturels le long des grands projets de transport en commun et de systématiser la présence des artistes dès le démarrage des projets d’aménagement du territoire », explique Culture Montréal. 

Des axes et des recommandations

Dans le cadre de sa plateforme La culture fait campagne, l’organisme recommande notamment de prioriser les salles de spectacle dans le cadre de la révision du règlement sur le bruit. Culture Montréal considère que « les démarches de mitigation proposées rendent les salles plus vulnérables et menacent la pérennité de l’écosystème des salles indépendantes et des artistes ». Pour l’organisme, « les salles de spectacle ont généralement peu d’enjeux de moralité et ne devraient pas être gérées par le SPVM ».

Selon Culture Montréal, un accès facilité aux permis, « longtemps demandé par les acteurs culturels de la nuit », permettrait d’investir des terrains industriels et des immeubles vacants le temps d’une soirée afin d’y tenir des événements culturels uniques « qui génèrent plus de bruit ». 

L’équipe aimerait également que la nouvelle administration de Montréal fasse de la revitalisation du Quartier latin une priorité, au moment où ce secteur culturel phare de la métropole rencontre plusieurs difficultés. « Le Quartier latin est la porte d’entrée, avec la gare d’autocars et la station Berri-UQAM, en plus des étudiants qui y passent quotidiennement. De nombreuses institutions culturelles s’y installent actuellement : ADISQ, École nationale de l’humour, Maison de la chanson, etc. Il est donc essentiel d’investir ce secteur pour lui redonner son panache », nous partage Culture Montréal. 

Dans le dossier des festivals, un « leadership politique » doit être maintenu, précise la plateforme de l’organisme. « Les festivals sont soutenus par les trois paliers de gouvernement et de nombreux ministères, la Ville doit affirmer sa vision et fédérer les bailleurs de fonds autour de celle-ci. Elle peut également s’assurer d’aménager ses espaces publics pour accueillir les festivals et contribuer à la mutualisation de services. » 

Un contexte opportun, une importance claire 

La plateforme arrive à un moment charnière alors que la Ville de Montréal vient d’adopter trois documents majeurs : la Politique de développement culturel 2025-2030, le Plan d’urbanisme et de mobilité 2050 et la toute première Politique de la vie nocturne.

« L’exercice s’inscrit dans un contexte particulier où la Ville a adopté dans la dernière année trois documents d’orientation appelés à jouer un rôle structurant au niveau de la vitalité culturelle de Montréal. La campagne électorale est donc l’occasion de constater comment chacun des partis veut concrètement y donner suite, en dépit d’un contexte budgétaire municipal serré. Elle déterminera aussi de façon plus précise les moyens et les actions qui seront mis en œuvre pour les matérialiser et pour remédier aux angles morts », indique la direction de Culture Montréal. 

Présentement, le milieu culturel fait face à de nombreux défis, confirme l’organisme : inflation et hausse du coût de la vie (+ 30 à 40 % des coûts de création, production et diffusion), précarité des lieux de création ou encore sortie culturelle à risque compte tenu des défis de mobilité et du sentiment d’insécurité grandissant, notamment.

De plus, un récent sondage Léger réalisé en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal (CAM) révèle l’importance de la culture et de l’art pour les Montréalais : 2 personnes sur 3 « estiment que la réputation internationale de Montréal repose sur sa vitalité artistique », alors que 2 sur 5 « choisissent d’habiter la métropole pour l’accès aux arts ».

Parmi les répondants au sondage, « 80 % considèrent que les arts améliorent leur qualité de vie » et 91 % d’entre eux disent apprécier « la contribution des artistes à la vie urbaine ». 

En cette période d’élections municipales, l’appel de Culture Montréal est clair, indique l’organisme : il faut mettre en place des gestes concrets et une vision ambitieuse pour renforcer la résilience des communautés et faire de la culture « un vecteur de développement social, économique et durable ».