
Le 12279, boul. Saint-Jean-Baptiste, au centre, a reçu la visite des inspecteurs de RDP—PAT dans les deux dernières années (Google Maps)
1 Décembre 2025Des maisons de chambres non conformes à RDP : la situation inquiète les organismes en logement
Un organisme en défense des droits des locataires s’inquiète de la situation précaire des personnes vivant dans des maisons de chambres à Rivière-des-Prairies (RDP), alors que ces logements sont en infraction aux yeux de l’Arrondissement.
Depuis les deux dernières années, le propriétaire Dany Archambault a reçu la visite d’inspecteurs de l’Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles (RDP—PAT) à ses propriétés du 12275-12277, 12279 et du 12283, boul. Saint-Jean-Baptiste à la suite de plaintes. L’homme s’est vu remettre des avis d’infraction sur le bâtiment du 12283, boul. Saint-Jean-Baptiste en raison d’un usage non conforme, ne respectant pas le zonage en vigueur.
En effet, sur le rôle foncier de la Ville de Montréal, cette adresse ne contient officiellement qu’un seul logement. Toutefois, jusqu’à tout récemment, elle abritait neuf chambres, nous confirme le propriétaire. Aujourd’hui, ce seraient cinq locataires qui y résident, indique-t-il.
De plus, M. Archambault s’est aussi départi de sa propriété située au 12275-12277, boul. Saint-Jean-Baptiste, se disant « écœuré » des mésententes avec l’Arrondissement quant au statut de ce duplex, où se trouvaient aussi des maisons de chambres.
« Ils (les inspecteurs) sont venus inspecter les maisons et ils m’ont dit que je n’avais pas le droit de faire des chambres dans les maisons. Tout le monde (les locataires) avait des baux et puis ils ont dit que ce n’était pas conforme. J’étais écœuré, j’ai appelé plusieurs journalistes, plusieurs personnes, mais ils ne pouvaient pas m’aider. Alors, j’ai mis en vente la maison », explique M. Archambault.
« À la suite de la vente du 12275-12277, on a perdu la trace de 3 locataires et une quinzaine d’entre eux ne sont plus là (depuis les visites des inspecteurs dans les trois bâtiments », résume Lili Bergeron, organisatrice communautaire à Infologis de l’est de l’île de Montréal. De plus, elle s’inquiète de ce qui adviendra des locataires dans les autres bâtiments, car elle trouve que le mot d’ordre de la part de l’Arrondissement n’est pas clair à leur sujet.
À RDP—PAT, on confirme que des constats d’infraction ont été remis pour les propriétés du 12275 et du 12283, boul. Saint-Jean-Baptiste. « Des rencontres de coordination et des inspections ont été réalisées conjointement avec le propriétaire », souligne-t-on aux relations médias de RDP—PAT dans un courriel.
Puisque le 12275 a récemment été vendu, l’Arrondissement prévoit prochainement y faire « une visite de courtoisie pour valider l’usage de l’immeuble ».
Enfin, l’Arrondissement précise qu’en ce qui concerne le 12279, « aucune maison de chambres n’a été trouvée. » Il s’agirait « plutôt d’un usage de type Airbnb non conforme, qui a rapidement été fermé grâce à nos interventions, il y a de cela plus d’un an ». Depuis, l’usage actuel respecte le zonage et aucune plainte n’a été déposée, assure-t-on.
D’après le propriétaire, qui loge au rez-de-chaussée de cet édifice, le logement à l’étage est présentement loué par quatre colocataires.
« On ne veut pas que les locataires retournent à la rue »
Pour deux organismes en défense des droits des locataires, cette histoire reflète bien un dilemme auquel sont confrontées les administrations municipales en matière de logement abordable. De moins en moins de chambres à petit prix sont disponibles à Montréal, alors que la crise de l’accès au logement s’accentue.
Malgré des conditions qui sont parfois difficiles dans les maisons de chambres au niveau de l’hygiène et de la sécurité, Mme Bergeron s’oppose à leur fermeture, qui fait souvent en sorte que certaines personnes se voient forcées de « retourner à la rue », souligne-t-elle.
« Si la Ville avait mis son droit de préemption, la maison de chambres aurait pu être socialisée à un organisme du quartier, et on aurait évité la rue et des scénarios catastrophiques à une dizaine de locataires », affirme Mme Bergeron.
Pour sa part, Joannie Veilleux, organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) rappelle que les situations vécues dans RDP et ailleurs sont très inquiétantes pour la qualité de vie des personnes.
« Toutefois, malgré le caractère informel de ces maisons de chambres, l’insalubrité et parfois même le harcèlement dont sont victimes les locataires, ces habitations agissent souvent comme le dernier rempart avant l’itinérance, mais aussi comme une stabilité dans la vie de ces personnes », relative-t-elle.
Les interventions à entreprendre doivent donc être faites avec « humanité » et « empathie », dans le respect des droits des locataires et de la personne, pense l’organisme. « Rappelons d’ailleurs que les propriétaires de maisons de chambres, qu’elles soient formelles ou non, ont les mêmes responsabilités à l’égard de leurs logements et en matière de droit des locataires (que les autres) », poursuit l’organisatrice communautaire au RAPSIM.
Ces situations mettent en relief les conséquences du manque d’accès à des logements dignes et réellement abordables, et à l’urgence pour le gouvernement de financer adéquatement et massivement le développement d’une diversité de logements sociaux, ajoute Mme Veilleux.
Par exemple, M. Archambault indique qu’il aurait pu « facilement » rénover son ancienne propriété du 12275 pour accueillir 3 logements. Alors qu’il tient ces maisons de chambres depuis une quinzaine d’années, le propriétaire trouve la situation en général « ridicule » et il affirme ne pas vouloir mettre ses locataires à la rue, d’autant plus que plusieurs d’entre eux sont des aînés.
Du côté de l’Arrondissement, on assure vouloir mettre de l’avant « l’humain avant tout » dans ce dossier. « L’aspect social du dossier nous préoccupe beaucoup. Notre équipe des permis collabore avec l’équipe du développement social de l’arrondissement sur ces dossiers, laquelle a fait intervenir divers organismes sociocommunautaires sur place pour aider les locataires à se relocaliser », conclut-on à la Ville.







