Luis Miranda, au centre (Image tirée de la page Facebook de l’arrondissement d’Anjou)

Luis Miranda : un maire indépendant au comité exécutif de la Ville

Après avoir été réélu comme maire d’Anjou pour la huitième fois consécutive en novembre dernier, Luis Miranda a rejoint le comité exécutif de la Ville de Montréal, nommé par la mairesse Soraya Martinez Ferrada. EST MÉDIA Montréal s’est entretenu avec le maire angevin pour discuter de ses nouvelles responsabilités.

Luis Miranda a été désigné responsable de la propreté et des services aux citoyens à la Ville, ce qui comprend le déneigement. Tout comme les 13 autres membres du comité exécutif, il sera chargé d’orienter les décisions sur le fonctionnement de la métropole. 

Lors des élections de novembre dernier, le maire d’Anjou avait appuyé la candidature de Mme Martinez Ferrada, et réciproquement. Dans un communiqué, ils avaient déclaré vouloir « collaborer étroitement pour répondre aux besoins de la population ». Le parti Ensemble Montréal avait alors renoncé à présenter un candidat dans l’arrondissement de M. Miranda.

La nomination de ce dernier au comité exécutif par la suite n’était pas prévue dans l’entente, soutient M. Miranda en entrevue. « Je ne m’attendais pas à ça », assure-t-il, racontant que c’est « Madame la Mairesse qui [lui a] demandé » de siéger dans l’organe administratif central.

L’élu estime toutefois être à la bonne place, ayant « plus d’expérience que n’importe qui », du haut de ses 36 années de carrière en tant qu’élu municipal.

Un ancien frondeur à la ville-centre

Avant de rejoindre son comité exécutif, le maire d’Anjou a souvent été « une épine dans le pied de la Ville », s’opposant régulièrement aux projets menés par l’administration centrale et réclamant davantage de pouvoir et de financement pour les arrondissements.

Il a parfois même choisi de faire cavalier seul, en dépit des règlements. Par exemple, en 2018, l’élu a lancé une opération de déneigement sans l’autorisation de l’administration Plante, estimant qu’il fallait enlever la neige tandis que la ville-centre avait choisi de la laisser fondre.

Luis Miranda a toujours souhaité davantage d’indépendance, jusqu’à militer pour qu’Anjou redevienne une ville à part entière, après avoir été fusionnée à Montréal en 2002. Il continue aujourd’hui de penser que la défusion aurait été une « bonne chose », même s’il admet que ce combat est terminé. « On ne va pas revenir en arrière, on est rendu trop loin », soutient-il.

Néanmoins, malgré son appui à Ensemble Montréal et sa nomination à l’Hôtel de Ville, le maire d’arrondissement tient à son indépendance. « C’est clair que j’ai maintenant à répondre pour l’administration dans plusieurs dossiers, mais ça ne m’enlève pas mon indépendance. J’ai mon opinion et je peux encore la donner », défend-il.

Au conseil municipal, où il siège avec son parti Équipe Anjou, il n’aura pas de problème pour remettre en question les propositions de l’administration Martinez Ferrada, croit-il. Toutefois, précise-t-il, « on a toujours fait consensus jusqu’à maintenant. »

Changer les choses de l’intérieur

M. Miranda entend profiter de son nouveau mandat à l’Hôtel de Ville pour impulser les changements qu’il aurait aimé voir plus tôt, à commencer par la décentralisation, qui est « une forme de défusion », selon lui.

En matière de déneigement, dont il est le responsable politique, il estime qu’il est nécessaire d’accorder plus de responsabilités aux arrondissements, comme celles de charger la neige sans attendre l’autorisation de la Ville ou de disposer de leurs propres équipements.

En 2018, l’administration de Denis Coderre avait uniformisé la politique de déneigement, contraignant les 19 arrondissements montréalais à respecter les mêmes normes et délais. Pour Luis Miranda, cela ne fait pas de sens : « Les besoins locaux ne sont pas les mêmes dans l’est que dans l’ouest de l’île. »

« Au comité exécutif, tu as une influence », observe le nouveau responsable du déneigement, qui souhaite profiter de cette position pour proposer également un meilleur entretien de la machinerie et un allègement de la bureaucratie.

Un premier raté

Le 16 janvier dernier, il régnait un certain désordre dans les rues de Montréal, alors qu’une dizaine de centimètres de neige était tombée durant la nuit. Dans les rues en pente notamment, plusieurs collisions ont eu lieu et des autobus sont restés bloqués.

L’efficacité du déneigement a été remise en cause, alors que les rues ont été déblayées et salées trop tard, selon plusieurs.

Alors qu’il a été tenu responsable de ce raté par une partie de l’opinion publique, Luis Miranda estime que la faute incombe davantage aux arrondissements. « C’est moi qui ai mangé le pot, mais je n’ai aucune autorité pour dire à un arrondissement quand et comment faire [le déneigement]. (…) Contrairement à ce que tout le monde pense, je ne décrète pas, je recommande », soutient-il.

Du côté du parti de l’opposition, Projet Montréal, on accuse toutefois M. Miranda « d’axer beaucoup sur la décentralisation, alors que ça prend un niveau de services égal à travers la ville », selon une entrevue parue dans La Presse.

Un double agenda

L’élu doit désormais jongler entre ses deux mandats, l’un à la mairie d’Anjou dans son équipe indépendante et l’autre à l’Hôtel de Ville de Montréal aux côtés du parti de Soraya Martinez Ferrada. « J’ai un agenda qui est assez chargé », témoigne-t-il.

Le maire a organisé ses semaines de manière à ce que le lundi et le vendredi soient dédiés à la gestion d’Anjou, tandis que le mercredi est réservé au comité exécutif. Pour le reste, ce sont des « journées flottantes », selon ses mots. « Tant que je suis capable de le faire, je le fais », affirme-t-il en terminant.