Julie Poitras Saulnier et David Côté, fondateurs de LOOP Mission (photo courtoisie).

LOOP : QUAND LA BIÈRE ET LE GIN RENCONTRENT L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE

NDLR : Les brasseurs et distillateurs de l’est de Montréal connaissent depuis quelques années un succès grandissant sur les tablettes un peu partout au Québec, faisant aujourd’hui du territoire l’un des plus productifs sur la scène nationale des micro-brasseurs et micro-distilleries. EST MÉDIA Montréal a voulu en savoir plus sur ces artisans-entrepreneurs en pleine ébullition, ce qui a généré sept reportages et tout autant de belles rencontres, et surtout, une intéressante série signée Elizabeth Pouliot. (6/7).

Après le jus pressé à froid, l’entreprise montréalaise LOOP s’est plus récemment lancée dans la fabrication de bière. Avec ses bureaux à Villeray et son usine à Anjou, elle est bien ancrée à Montréal, mettant chaque jour en application sa mission, celle de participer à une économie circulaire et locale. Portrait d’une brasserie fruitée engagée.

Fondateur de RISE Kombucha, la plus grande compagnie canadienne dans le domaine, ainsi que créateur de l’entreprise Crudessence, David Côté dote chacun de ses projets d’une mission. « Je n’ai jamais démarré une entreprise pour faire un gain, bien que c’est quelque chose qui arrive par la bande. Je le fais parce qu’il y a une mission qui me parle. » David rencontre un jour un homme de l’industrie agroalimentaire qui lui confie qu’il jette chaque jour 16 à 25 tonnes de fruits et légumes. Il n’en faut pas plus pour convaincre le cofondateur de LOOP de se mettre à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Il s’allie alors à Julie Poitras Saulnier, spécialiste du développement durable ayant travaillé pour de grandes entreprises telles que Prana. David quitte son entreprise précédente, Julie vend sa maison, et le couple démarre LOOP du jour au lendemain.

L’aventure commence avec les jus de fruits, fabriqués à l’aide des surplus alimentaires des épiceries. L’entreprise devient rapidement une référence. « On est devenu un peu la pierre angulaire du gaspillage alimentaire de l’industrie dans l’est du Canada. » Les entrepreneurs retournent à la table à dessin et choisissent alors de diversifier leurs activités, de là l’apparition de LOOP Mission. Ils s’associent du même souffle à un collectif brassicole de Boucherville, brassant dans ses installations une bière faite avec du pain perdu des boulangeries avoisinantes. Agropur aussi devient fournisseur et permet à LOOP de créer des bières « milkshakes », concoctées à base de résidus de lait.

Jus, bières, sodas et… savons fruités

Si elle a diversifié ses activités, LOOP conserve comme ligne directrice les fruits. Les jus en contiennent, évidemment, mais les bières aussi! À 100 hectolitres de bière, on ajoute toujours 1500 litres de jus pressé à froid. C’est énorme compte tenu que les autres brasseurs qui donnent dans les saveurs fruitées se contentent habituellement de mettre du concentré dans leurs recettes. Chez LOOP, c’est 3000 kilos de fraises qui entrent dans la conception de sa bière aromatisée… à la fraise. L’entreprise propose une belle variété de produits du houblon : une série de bières sures, dont une à l’ananas, une au gingembre et au citron, une autre à la lime et à la coriandre. Du côté des bières « milkshakes », on goûte tantôt l’orange, tantôt la cerise et tantôt la mangue et la noix de coco. Apparaîtront sous peu sur le marché des radlers, ces populaires boissons estivales mélangeant jus et bière, et plus légères en alcool. On a choisi le pamplemousse, le fruit de la passion ainsi qu’un amalgame clémentine-fraise pour parfumer les trois saveurs du futur produit. « Et c’est sans compter les sodas probiotiques, ajoute David, qui sont une alternative aux boissons alcoolisées. C’est sans alcool, ça goûte un peu le kombucha en plus léger, et il y a du jus à l’intérieur aussi. »

Les produits de la compagnie florissante sont disponibles dans plus de 850 points de vente partout au Québec, principalement dans les épiceries et les dépanneurs spécialisés. Un de ses nectars est toutefois vendu seulement à la Société des alcools du Québec. Il s’agit d’un gin fabriqué à partir de surplus de patates. « C’est un beau projet et il est fait à Trois-Rivières », précise David. Ce spiritueux a d’ailleurs remporté un prix récompensant le meilleur gin dans la province. Toujours dans l’optique de réaliser une économie circulaire, LOOP saute des produits alimentaires aux produits corporels. En récupérant les surplus d’huile d’une grande chaîne de restauration rapide, l’entreprise fabrique des savons aussi aromatisés aux fruits. Citron-miel, concombre-lime, orange-curcuma : ça donne l’eau à la bouche même en version savon!

Se diversifier pour durer

Avec une production de 3 000 hectolitres par année, la bière représente environ 15 % du chiffre d’affaires chez LOOP, qui emploie 35 employés à Montréal et une douzaine d’autres à Boucherville. La compagnie peut d’ailleurs se vanter de n’avoir mis personne à pied en 2020. « La pandémie, pour nous, ça a été un transfert de ventes. Les éléments qui vendaient bien ont arrêté de vendre, et ceux qui vendaient moins ont commencé à vraiment vendre. C’est l’avantage d’avoir plusieurs produits dans plein de marchés différents », explique David. Il en fut de même pour les employés, qui ont pu poursuivre leur travail en transférant leurs activités à d’autres départements, si nécessaire. « Par exemple, notre équipe de vente ne pouvait plus aller sur le terrain. Alors, on l’a affectée à un projet de vente en ligne. »

Le vent dans les voiles, LOOP souhaite reproduire son modèle d’économie circulaire et locale ailleurs dans le monde. Elle a déjà commencé à le faire en s’alliant à une boulangerie et une brasserie de Toronto afin d’y produire localement des bières à base de résidus de pain, comme elle le fait dans la grande région de Montréal. LOOP s’envolera aussi bientôt pour les États-Unis et l’Europe afin d’y bâtir des usines semblables à la sienne un peu partout. « On a vraiment l’aspiration d’être local, de trouver l’aliment localement. Du gaspillage alimentaire, il y en a partout dans le monde. Ça ne sert à rien d’exporter des bières », autant les fabriquer sur place. « Je pense que les gens se rendent compte de l’impact environnemental d’importer des produits versus de les acheter ici. Je pense aussi qu’une des raisons pour lesquelles les gens encouragent le local, c’est que les entrepreneurs sont médiatisés. Avant, on ne se souciait pas de qui était derrière les entreprises. Maintenant, on veut le savoir », termine David.

David et Julie, les têtes pensantes derrière LOOP, luttent donc concrètement contre le gaspillage alimentaire à coups de jus, de bières, de sodas et de savons. Et s’ajouteront bientôt à leurs munitions des biscuits! En partenariat avec l’industrie de la bière, ils fabriqueront ces douceurs à l’aide de grains d’orge malté rejetés de la brasserie ainsi que de pulpes de jus LOOP. « Comme vous voyez, il n’y a rien qui se perd, tout est récupéré. » L’incarnation (sucrée) de l’économie circulaire!

LOOP Mission : une bien belle entreprise qui fêtait l’été dernier ses 4 ans (photo courtoisie).