
Le tunnelier entre en action (Emmanuel Delacour/EMM)
20 mai 2026Lisette, le tunnelier qui creuse vers l’Est
Une importante étape a été franchie dans le chantier du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, alors que le tunnelier qui creusera le tunnel dans lequel circuleront les rames de métro a débuté ses opérations. L’engin a été nommé en l’honneur de la première femme opératrice du métro en 1981, Lisette St Onge.
Après plusieurs mois d’assemblage et d’essais techniques, le tunnelier a commencé à creuser le roc à partir de l’entrée du tunnel situé à la future station Vertières, qui se trouve près de l’intersection du boulevard Pie-IX et de la rue Jean-Talon Est.
Qualifié de « véritable usine souterraine » par les partenaires du bureau du Projet de la ligne bleue (PLB), l’appareil importé d’Allemagne creuse de manière plus rapide et efficace que les autres méthodes utilisées traditionnellement. Il s’agit en effet de la première fois qu’on fait appel à un tunnelier dans le réseau du métro de Montréal.

Une maquette du tunnelier (Emmanuel Delacour/EMM)
EST MÉDIA Montréal a pu visiter le chantier hier. On pouvait alors apercevoir une partie du tunnelier d’une hauteur de 10 mètres et d’une longueur de 150 mètres enfouie dans la paroi rocheuse. On venait de terminer plusieurs tests et on s’apprête à atteindre la vitesse de croisière prochainement, a expliqué Maha Clour, directrice de projet exécutive du PLB.
Effectivement, l’engin permettra une excavation horizontale de masse pouvant avancer de 10 à 15 mètres par jour. À terme, il pourra évacuer 300 000 mètres cubes de roc qui seront acheminés à la carrière Saint-Michel, située à proximité du chantier Vertières. Les déblais ainsi extraits pourront ensuite être réutilisés par la Ville de Montréal.
En parallèle à l’excavation, le tunnelier procédera à l’installation simultanée de 14 300 voussoirs de béton qui forment les parois du tunnel.
Au total, le tunnelier sera responsable de la construction de 4,6 km des 6 km de tunnel constituant le prolongement de la ligne bleue. Ce chantier, évalué à 7,5 milliards de dollars, donnera accès à cinq nouvelles stations aux Montréalais dans l’Est de la métropole, à partir du boulevard Pie-IX jusqu’à la station Anjou, projetée au coin de la rue Jean-Talon Est et de l’autoroute 25. L’ouverture du prolongement est prévue en 2031.

Plan du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal (courtoisie STM)
Attendu depuis longtemps

Les élus signent un des voussoirs qui constituent les parois du tunnel (de gauche à droite: Eric St-Pierre, député fédéral d’Honoré-Mercier, Chantal Rouleau, ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal, Dominic Perri, maire de l’Arrondissement de Saint-Léonard, Karine Boivin Roy, députée provinciale d’Anjou-Louis-Riel, Aref Salem, président du conseil d’administration de la STM et Benoit Charette, ministre des Transports et de la Mobilité durable (Emmanuel Delacour/EMM)
En début de conférence mardi, le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Benoit Charette, a insisté sur le fait que le PLB revêtait une importance significative pour l’Est.
« Je suis moi-même un fier député de Deux-Montagnes et on a inauguré il y peu de temps l’antenne du REM et […] on a pu le voir avec les travaux qui ont précédé l’ouverture depuis quelques mois maintenant, tout l’essor au niveau économique et de la qualité de vie des citoyens. Ce sont des répercussions positives que l’on attend pour l’Est de Montréal qui a été très patient en attendant ce grand jour », a-t-il souligné.
Le ministre a d’ailleurs rappelé que le PLB représentait plus qu’une offre de transport en commun renouvelée, mais aussi une importante mise en chantier de logements qui seront construits au-dessus des futurs édicules de métro, promettant ainsi la création de nouveaux quartiers dans les arrondissements de Saint-Léonard et d’Anjou.
De son côté, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a souhaité que les Montréalais aient « de l’ambition pour les transports collectifs » et que l’avancement du PLB y contribue. « Quand on regarde l’Est de Montréal et la carte de Montréal, on voit pertinemment que ce qu’on est en train d’inaugurer aujourd’hui était attendu depuis bien longtemps et qu’on peut en faire davantage. On a les moyens comme collectivité et comme société de dire qu’on va desservir les citoyens qui en ont besoin, comme dans l’Est de Montréal », a assuré la mairesse.
L’élue s’est d’ailleurs remémoré une première inauguration du futur prolongement de la ligne bleue en 1987, alors qu’elle était elle-même étudiante à l’école secondaire Joseph-François-Perrault, dans le quartier Saint-Michel.
« Je suis très contente aujourd’hui. C’est un peu un moment « full circle » (une boucle bouclée) de la vie, alors que je suis désormais mairesse de Montréal pour venir inaugurer le tunnelier. Ça ne s’invente pas », a souligné Mme Martinez Ferrada.
Une marraine pour le tunnelier

Mme St Onge est la marraine du tunnelier (de gauche à droite: Benoit Charette, ministre des Transports, Maha Clour, directrice de projet exécutive PLB, Lisette St Onge et Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal (courtoisie PLB)
Comme le veut la tradition dans le domaine du creusement de tunnels, le tunnelier a été placé sous la protection symbolique d’une marraine : Lisette St Onge.
Première opératrice de métro à Montréal en 1981, elle a été désignée marraine du tunnelier après un vote populaire en mars dernier, auquel près de 9 000 personnes ont participé.
Mme St Onge a laissé sa marque dans le transport collectif à Montréal en étant tout d’abord parmi les premières chauffeuses de bus. Quelques mois plus tard, Lisette apprend que le métro est à la recherche de nouveaux opérateurs. Intriguée, elle tente sa chance et sa candidature est acceptée. C’est ainsi qu’au printemps 1981, elle devient la première opératrice de métro à Montréal. Il fallut attendre plus de six ans avant qu’une deuxième femme fasse le saut et devienne opératrice.
Cette dernière était présente mardi lors de la cérémonie et s’est dite « très heureuse d’être parmi vous » pour recevoir cette reconnaissance. « C’est tellement un gros événement. Le tunnelier est énorme et il fait un travail impossible avec d’autres machines », a souligné Mme St Onge.
Conserver le tunnelier pour d’autres projets?
Le contrat pour l’excavation du tunnel a été accordé au consortium Mobilité Bleu Horizon incluant Pomerleau, EBC et Spie Batignolles en 2024, à la hauteur de 1,1 milliard de dollars. Comme mentionné précédemment, le tunnelier est un appareil unique qu’il a fallu importer d’Allemagne par bateau.
L’idée de profiter de la présence de l’engin en sol montréalais pour en faire usage dans d’autres chantiers de transport collectif, notamment pour le Projet structurant de l’Est (PSE), a été soulevée par le vice-président du comité exécutif à la Ville de Montréal et président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), Aref Salem.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, lors d’une mêlée de presse sur le chantier du prolongement de la ligne bleue (Emmanuel Delacour/EMM)
D’ailleurs, en mêlée de presse, le ministre Charette a été interrogé à propos de la possibilité de conserver le tunnelier pour d’éventuels travaux de prolongement de la ligne orange du métro. Ce dernier a alors indiqué qu’il « est difficile de prendre un engagement aujourd’hui, mais on est pleinement conscient des avantages d’avoir une infrastructure qui est déjà mobilisée comme celle-ci. »
« On est en discussion avec la STM pour voir ce que l’on va mobiliser, soit le maintien d’actif ou le développement du réseau. Il y a des discussions qui se font actuellement avec les différentes instances », a affirmé le ministre des Transports. Celui-ci ne s’est pas non plus engagé pour les prochaines étapes du PSE.
À ce propos, la mairesse de Montréal a rappelé l’importance du PSE pour l’Est de Montréal, qui représente 10 % de la population du Québec. « On est content pour les gens de l’Ouest avec le REM, mais il y a un déséquilibre dans l’offre de transport entre l’Est et l’Ouest qu’il faut rééquilibrer », a martelé Mme Martinez Ferrada.
Prévoyant les prochaines élections provinciales, la mairesse a aussi demandé à tous les partis en lice à s’engager à garder le tunnelier. « C’est de la bonne gouvernance, c’est de la bonne administration. Toronto projette chaque année de nouvelles stations de métro. On peut faire la même chose, nous avons le tunnelier en place, alors je m’attends à ce que les partis s’engagent à donner un signal très clair à l’entrepreneur en Allemagne qu’on veut garder le tunnelier et qu’ils s’engagent sur l’Est de Montréal. Honnêtement, on ne peut pas attendre moins qu’un REM dans l’Est », a-t-elle insisté.







