La mairesse de Montréal, Valérie Plante, était accompagnée de l’écrivain Dany Laferrière, qui a milité pour la reconnaissance de la bataille de Vertières comme moment fondateur de la nation d’Haïti. (Emmanuel Delacour/EMM)

Ligne bleue : les noms des futures stations dévoilés et un chantier dans les temps

La Ville de Montréal et la Société de transport de Montréal (STM) ont dévoilé les noms des cinq stations du futur prolongement de la ligne bleue. Lors de cette annonce, EST MÉDIA Montréal a pu visiter le chantier du site de construction de la station située à l’angle du boulevard Pie-IX et de la rue Jean-Talon.

La fébrilité était dans l’air mardi matin, alors que tous les représentants politiques et de la société civile étaient réunis au centre commercial Le Boulevard, à deux pas du chantier le plus avancé de ce grand projet qui sera déployé sur une distance de 6 km dans l’est de la métropole.

À cette occasion, les noms des nouvelles stations ont été présentés pour la première fois. Ceux-ci célèbrent des personnalités et des lieux qui ont marqué les communautés de la ville.

La première, à l’angle du boulevard Pie-IX et de la rue Jean-Talon, se nommera la station Vertières. Ce toponyme rappelle ainsi la bataille du même nom, survenue en 1803, qui a conduit à l’indépendance d’Haïti. Il s’agit d’un geste de reconnaissance à l’égard de la communauté haïtienne, qui s’est établie pendant plusieurs années dans le quartier Saint-Michel, un des centres importants de cette communauté à Montréal.

Les noms des cinq stations ont été dévoilés mardi (Emmanuel Delacour/EMM)

À l’occasion du dévoilement, l’écrivain Dany Laferrière, qui a introduit Vertières sous le mot Victoire dans le dictionnaire de l’Académie française en 2019, a offert une explication sur l’importance de ce toponyme. « C’est une toute petite localité où s’est passée une bataille (…). C’est la première fois qu’un peuple d’esclaves s’est révolté et a conquis son indépendance. Qu’est-ce que ça veut dire après 300 ans d’esclavage? Ça ne s’arrête pas uniquement à Haïti, il s’agit de l’histoire universelle du monde. (…) C’est extrêmement important pour l’universalité de la Ville de Montréal. C’est important que le premier endroit au monde qui a salué ce moment dans l’histoire humaine, c’est Montréal », a souligné l’auteur.

La station suivante, située à l’intersection de la rue Jean-Talon Est et du boulevard Viau, est nommée en l’honneur de Mary Two-Axe-Earley (1911-1996). Cette femme mohawk de Kahnawake et figure de proue du militantisme pour les droits des femmes autochtones a mené une lutte, en 1985, visant à faire modifier la Loi sur les Indiens. Celle-ci s’est battue après avoir perdu son statut d’Indienne en épousant un non-Autochtone pour que les femmes autochtones puissent conserver leur statut, peu importe leur état matrimonial.

Ensuite, la station qui se trouve à l’intersection de la rue Jean-Talon Est et du boulevard Lacordaire commémore Césira Parisotto (1909-1992), aussi appelée mère Anselme. Celle-ci a été une figure marquante de la communauté italienne au Québec. Elle fut membre de la Congrégation des Sœurs de la Charité de Sainte-Marie et elle a fondé plusieurs institutions, dont des écoles et l’hôpital Marie-Clarac.

Dernière station nommée en l’honneur d’une personnalité marquante, la station située à l’intersection de la rue Jean-Talon Est et du boulevard Langelier, c’est en la mémoire de Madeleine Parent (1918-2012), une figure emblématique de l’histoire du Québec, qu’on a choisi son nom. Cette syndicaliste et pionnière du mouvement féministe a consacré sa vie à la justice sociale et à l’amélioration des conditions de vie des femmes.

Enfin, la dernière station, qui se trouvera au terminus de la ligne bleue, est la seule à être nommée en lien avec sa situation géographique. La station Anjou sera située au carrefour des autoroutes Métropolitaine et 25 et portera le nom de l’arrondissement d’Anjou dans lequel elle se trouve. Le toponyme rappelle la province d’Anjou en France, d’où sont originaires plusieurs des fondateurs de Montréal.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a reconnu que dans le passé, les noms des stations de Montréal ont été choisis en fonction du nom des rues transversales existantes.

Toutefois, un comité de toponymie mis en place par la STM en 2019 a lancé une commission de consultation publique l’année suivante, qui a suggéré que le nom de ces stations mette en valeur l’apport des communautés ethnoculturelles, des peuples autochtones et des femmes. « Mais dans ce cas-ci, c’était particulier parce que plusieurs des rues transversales étaient déjà utilisées sur la ligne verte. J’ai vu une belle occasion, une opportunité à saisir et j’en ai glissé un mot à la STM qui a fait preuve de beaucoup d’ouverture », a affirmé Mme Plante.

En effet, il s’agit « d’un choix assumé » de mettre de l’avant des noms de stations à la mémoire de bâtisseurs du Québec, selon Éric Alan Caldwell, conseiller de la Ville dans Mercier—Hochelaga-Maisonneuve et président du conseil d’administration de la STM.

« Pourquoi ça doit toujours être les rues qui déterminent la toponymie? Pourquoi ça ne serait pas le métro, puisque justement le métro, comme le dit la mairesse, va venir façonner nos vies », a-t-il ajouté.

Une opportunité de développement

Lors de la conférence, les élus ont rappelé que le projet du prolongement de la ligne bleue ne se limite pas à la création d’un réseau structurant de transports en commun.

« Le prolongement de la ligne bleue, c’est en soi un accomplissement, mais j’ai envie de vous dire que c’est encore plus que cinq stations de métro. Parce qu’on sait que lorsqu’on fait du transport collectif structurant, intéressant, rapide et accessible, ça ouvre du potentiel pour du développement d’habitation, du développement économique, ça ouvre la porte à créer des milieux de vie », a insisté Mme Plante.

EST MÉDIA Montréal a pu descendre dans le chantier au coin de Pie-IX et Jean-Talon, à une profondeur de 16 mètres (Emmanuel Delacour/EMM)

Celle-ci a rappelé que le prolongement de la ligne bleue représente « presque 20 000 unités de logement qui vont pouvoir être développées », en « utilisant ce qui existe déjà » ou en « faisant de nouveaux quartiers ».

Le projet permettra de faire « d’une pierre, trois coups », croit la mairesse, car il favorisera le transport collectif, offrira un potentiel de création de logements et une « belle opportunité de mettre de l’avant des personnes qui ont contribué à bâtir Montréal, à la faire évoluer ».

« Quand les gens vont embarquer dans le métro en 2031, ils vont « capoter » », a renchéri la mairesse.

« C’est un prolongement qui va transformer la mobilité dans tout l’est de Montréal. Toute la communauté pourra bénéficier de cette arrivée du métro », a souligné pour sa part Chantal Rouleau, députée de la circonscription de Pointe-aux-Trembles.

Ainsi, le projet permettra de désenclaver des quartiers, notamment en créant deux édicules, à l’est et à l’ouest de l’autoroute 25, dans l’arrondissement d’Anjou, selon la députée.

Le chantier avance dans les temps et les budgets

EST MÉDIA Montréal a pu descendre à seize mètres de profondeur dans le chantier de la station Vertières. Le trou béant, situé dans le stationnement du centre d’achat Le Boulevard, avance de bon train, selon la Ville et la STM.

Déjà, on pouvait observer que certaines parties du tunnel avaient été creusées. Ces travaux ont entre autres été réalisés afin de pouvoir accueillir le tunnelier qui devrait entrer en marche dès le printemps.

Ainsi, l’ouverture prévue en 2031 et le budget de 7,6 milliards de dollars seront respectés, croient les porte-parole interrogés.

Une partie du tunnel a été excavée, afin d’accueillir le tunnelier qui entrera en marche en mars (Emmanuel Delacour/EMM)

« On est dans les échéanciers. (…) Aujourd’hui on a pu voir l’excavation qui est assez bien avancée, ainsi que les tunnels en station qui vont créer nos futurs quais de métro qui sont tous avancés à la bonne vitesse (à la station Vertières) », a expliqué David Chartier, directeur de la construction pour le prolongement de la ligne bleue.

Les travaux de la station Madeleine Parent, près du boulevard Langelier, avanceraient à la même cadence, tandis que dans les autres stations, les chantiers seraient en excavation. Récemment, le contrat pour la construction du futur garage de la station Anjou a lui aussi été lancé.

La guerre tarifaire enclenchée par les États-Unis n’affecterait pas, pour l’instant, les coûts du projet, selon le directeur. « Ce qui nous planait sur la tête, c’était les enjeux du « Buy America », c’est-à-dire le matériel qui venait (au chantier). Mais notre entrepreneur, lorsqu’il a vu les enjeux qui venaient, il a acheté le matériel d’avance et il s’est tourné vers d’autres fournisseurs pour nous fournir du matériel. Donc, présentement on n’a pas cet enjeu majeur dû à ces éléments d’incertitude », a souligné M. Chartier.

Enfin, le tunnelier qui viendra creuser la voie entre les stations se trouve toujours en Europe. « Il est en train d’être démonté et il y a déjà des morceaux qui sont déjà partis. Il serait assemblé sur place ici entre octobre et novembre pour qu’il soit lancé en mars prochain », indique le directeur.

Une fois mis en marche, le tunnelier avancera à une vitesse de 12 mètres par jour.