
(Photo : LESPACEMAKER)
6 août 2025LESPACEMAKER : des créateurs engagés
Dans un ancien édifice industriel du Centre-Sud, le collectif LESPACEMAKER a créé un carrefour où la fabrication artisanale rencontre l’engagement citoyen. Cet espace collaboratif axé sur la transition socio-écologique met à disposition des outils et des ateliers mutualisés pour une grande variété de pratiques artisanales, artistiques et techniques.
Ouvert aux citoyens, artistes, artisans et curieux de tous horizons, LESPACEMAKER fonctionne sur le principe du partage des ressources, de l’entraide et de la création collective. On y fabrique, on y répare, on y apprend, et surtout, on y crée.
Arno Robin, un des cofondateurs, décrit l’endroit comme un « lieu des possibles », un espace vivant, où les idées prennent forme, portées par l’énergie collective et la volonté de faire autrement. « Ce qui fait aussi du sens, c’est parler de transports actifs mutualisés, parler de partage de ressources, de partage de savoirs », dit-il.
Porté par une communauté engagée dans des valeurs de solidarité, de transmission et d’innovation sociale, cet espace a comme objectif de permettre aux idées de se réaliser. « Je pense que le prétexte d’avoir des ateliers de fabrication (…) ça permet de partir d’un concept, puis de le matérialiser », note le cofondateur.

Arno Robin, cofondateur du collectif LESPACEMAKER (EMM/Marie-Hélène Chartrand)
Le concept LESPACEMAKER a germé dans le désert du Nevada, au Festival Burning Man, raconte Arno Robin. « On est une gang de créateurs, créatrices qui se rencontrent autour de Burning Man pour faire des projets d’art là-bas. Puis, on s’est fait la réflexion que ça nous prendrait un lieu pérenne pour pouvoir se rencontrer. Par la suite, l’atelier de fabrication est juste venu de soi. »
En 2016, le collectif passe de la parole aux actes et loue un espace de 15 000 pieds carrés. Le projet grandit autour de valeurs d’inclusion, de mutualisation et d’autonomie. Il s’agit de créer un lieu fonctionnel mais ouvert, autonome mais ancré dans le quartier. Un espace évolutif où les citoyens, les artistes et les curieux se rencontrent.
Un modèle autogéré et participatif
Leur modèle d’affaires repose sur trois piliers : l’adhésion mensuelle des membres, donnant accès aux différents ateliers (bois, métal, textile, électronique, céramique, recyclage plastique, etc.), accessibles 24 h sur 24, la location d’espaces de travail privés et un programme de formations. L’ensemble est régi par un contrat social basé sur l’engagement participatif. « C’est une contribution financière qui se joint aussi à une participation à faire vivre le lieu », précise Arno Robin. Tout passe par l’implication. « C’est une responsabilité collective qu’on a sur l’entretien du lieu, la vigilance, la sécurité, l’emploi, les accès. C’est une confiance qu’on s’accorde », précise ce dernier.

Magalie Huchet, artisane ébéniste et membre de LESPACEMAKER (EMM/Marie-Hélène Chartrand)
Magalie Huchet, artisane ébéniste, souligne l’importance de cette structure collective : « LESPACEMAKER c’est un endroit où il y a tout le matériel (…) ça m’a permis de monter mon entreprise à plein temps. C’est pas juste un lieu où on vient consommer, c’est une communauté », ajoute-t-elle.
Les membres participent activement à la vie quotidienne du lieu, que ce soit par des corvées, des activités ou des événements ouverts au public. « Il y a des gens qui (…) sont des membres bénévoles qui viennent juste pour aider quand il y a des activités ou autre », fait-elle remarquer.
Ouvrir l’atelier au quartier
LESPACEMAKER se définit d’abord et avant tout comme un espace de partage et de rencontre. L’équipe multiplie les occasions de rencontre avec la communauté, que ce soit par des portes ouvertes, des visites guidées, des fêtes populaires, des ateliers participatifs ou encore en soutenant des initiatives citoyennes.
Les projets citoyens soutenus par l’organisme ont un dénominateur commun : la transition socio-écologique. Ainsi, chaque semaine le Collectif Tourne-à-Gauche offre des ateliers de réparation de vélos ouverts au public.
De même, le Réparathon, événement mensuel, lutte contre l’obsolescence en favorisant la réparation participative. Les citoyens sont invités à venir avec leurs appareils à réparer et sont accompagnés par des bénévoles compétents. L’objectif : apprendre en faisant, réduire les déchets et renforcer les liens de solidarité locale. Dans le même ordre d’idées, le Club Répare organise chaque samedi des séances. Une outillothèque en démarrage et un atelier de recyclage plastique font également partie de l’arsenal d’actions circulaires.Ces initiatives répondent à une même logique : mobilité durable, réparation, mutualisation et réemploi des ressources.
Créer et fêter
La dimension culturelle est centrale. À leurs débuts, les événements présentés par LESPACEMAKER se passaient surtout la nuit avec la présentation de soirées dansantes. Insomnia, organisée pendant la Nuit blanche, invite les membres et le public à une soirée de création artistique libre. Pandémonium, soirée costumée d’Halloween, sert à lever des fonds dans un esprit festif et communautaire. « Les plus gros événements, c’est les soirées, les levées de fonds », remarque Magalie Huchet.

L’événement « Barbec & Trompettes ». (LESPACEMAKER)
Au fil du temps, cette programmation s’est bonifiée avec des activités plus familiales. Ainsi un mercredi par mois, une fête de quartier sur le thème « Barbec & Trompettes » est organisée dans leur petite cour. Le principe est simple : un barbecue et une scène avec un micro ouvert où quiconque peut venir présenter un numéro.
L’événement Libre Cours quant à lui propose des ateliers participatifs, une scène musicale, un marché artisanal et une vente de seconde main. Des activités pour enfants, des zones de création libre et des démonstrations artisanales sont aussi proposées, attirant une grande diversité de participants. L’objectif est de démocratiser la création et de sensibiliser à la circularité.
Vers une seconde phase d’expansion
Dès ses débuts, LESPACEMAKER a fait le choix ambitieux de s’installer dans un bâtiment de 15 000 pieds carrés. Dix ans plus tard, l’organisme vient d’acquérir le bâtiment. La superficie sera bientôt doublée grâce à l’agrandissement des installations.
Avec ses machines qui tournent jour et nuit, l’espace prouve que la fabrication peut rimer avec participation. Entre vélos-cargos partagés, réparations collaboratives et fêtes de quartier, le collectif injecte de la créativité dans la vie civique et rappelle qu’un atelier n’est jamais qu’un prétexte : celui de faire communauté.







