
La Place des Festivals du Quartier des spectacles (Photo : Stephan Poulin)
17 juin 2025LE QUARTIER DES SPECTACLES : UN PILIER CULTUREL QUI RÉSISTE AUX DÉFIS
Malgré les contrecoups d’une pandémie, des enjeux liés à la cohabitation, une diminution de la présence des travailleurs au centre-ville et une grève des transports collectifs, le Quartier des spectacles tient bon, avec une fréquentation qui tend même à augmenter. Près de vingt ans après sa création, ce lieu désormais emblématique de Montréal reste fidèle à sa mission première : exercer un impact culturel et économique significatif dans la métropole.
Le Quartier des spectacles de Montréal a vu le jour en 2003 avec la création du Partenariat du Quartier des spectacles, dont la mission prioritaire consistait à « ancrer les grands festivals au centre-ville et à mettre en valeur les institutions culturelles et les salles de spectacles ».
« Le Partenariat, c’est un choix de gouvernance qui est assez unique. Il y a peu d’exemples au Québec, et peut-être maintenant quelques-uns dans le monde, mais de confier le développement des territoires à la société civile, c’est assez innovateur en termes de gouvernance », explique Éric Lefebvre, directeur général du Partenariat du Quartier des spectacles depuis 2020.

Éric Lefebvre, directeur général du Partenariat du Quartier des spectacles (Photo : Chris Dietschy)
À ses débuts, l’organisation se consacrait principalement au développement artistique et culturel, en complément de l’offre des festivals. Aujourd’hui, son rôle s’est élargi : le Partenariat est désormais responsable de l’entretien immobilier et urbain du Quartier des spectacles. « On peut dire qu’on a maintenant un rôle, disons, un petit peu plus en lien avec les travaux publics, de maintien de l’actif », précise le directeur général.
L’aménagement physique du Quartier des spectacles a quant à lui véritablement débuté en 2007. Au fil des ans, cet espace culturel urbain de grande ampleur a profité d’investissements publics majeurs (280 M $) dans le but de revitaliser la portion est du centre-ville, jusque-là peu développée, indique M. Lefebvre.
« Historiquement, l’est du centre-ville avait accueilli très peu de projets immobiliers privés. On y retrouvait surtout de grands ensembles publics comme le complexe Desjardins, la Place des Arts, le complexe Guy-Favreau et le Palais des congrès. Le souhait, c’était qu’il y ait 1,5 milliard $ d’investis sur 15 ans. Aujourd’hui, on est à peu près à 4 milliards sur 20 ans. »
Sur le plan du développement, pas moins de 67 projets immobiliers ont été réalisés dans le secteur. Le quartier connaît aujourd’hui une forte croissance résidentielle, avec 12 000 nouveaux habitants, un signe clair de son succès en matière d’aménagement urbain, souligne le directeur général. « Il y a plus de résidents qu’il n’y en a jamais eu, c’est énorme », s’enthousiasme-t-il.
Fréquentation en hausse, une clientèle qui se renouvelle
Reconnu à l’international pour ses festivals de grande envergure, comme les Francofolies et le Festival International de Jazz, le Quartier des spectacles est aussi grandement apprécié pour ses espaces extérieurs ludiques et réfléchis. Ses places publiques seraient même encore plus fréquentées qu’avant la crise sanitaire, indique le directeur du Partenariat du Quartier des spectacles.
« On entend beaucoup qu’il y a des défis de ramener les gens dans les salles, mais quand on regarde l’achalandage sur rue, les gens viennent. Ce qui est une fierté pour nous, c’est qu’on se rend compte, quand on fait de l’interception sur le terrain, que les gens viennent maintenant pour aucune raison. C’est-à-dire qu’ils viennent flâner, déambuler. L’esplanade Tranquille est quand même un gros succès ajouté sur cette question-là. »
Bien que présente, la clientèle s’est toutefois transformée avec les années, souligne Éric Lebfevre. « Les gens viennent d’un petit peu plus loin pour venir passer leur midi dans le secteur, par exemple. Il y a aussi moins de travailleurs qu’avant au centre-ville, mais c’est compensé par beaucoup plus de résidents. Et les résidents ont plus d’impact sur un quartier qu’un travailleur, du point de vue économique », précise-t-il.
Il estime que près de « 100 000 étudiants viennent aussi dans le secteur », provenant notamment de l’Université McGill et de l’UQAM. « Avant, c’était moins intéressant pour eux de venir au centre-ville. Mais on dirait que, parce qu’il a été délaissé par d’autres clientèles, ça devient plus tendance de venir dans le quartier pour les plus jeunes. La moyenne d’âge des gens qui fréquentent nos espaces a diminué entre maintenant et avant la pandémie », souligne Éric Lefebvre.
Qu’en est-il de l’affluence touristique? La flambée des prix des voyages et des billets d’avion décourage-t-elle les touristes de venir à Montréal? Il semblerait que non, selon le directeur général et de récentes données compilées par Tourisme Montréal. « Selon les chiffres, il y a plus de touristes qu’il n’y en avait dans le secteur. Je pense qu’on est à peu près au même point qu’avant la pandémie. »
Le bilan annuel publié en janvier 2025 par Tourisme Montréal faisait état d’une augmentation du nombre de visiteurs dans la métropole de près de 7 % en 2024 par rapport à l’année précédente.
Des défis de cohabitation et de transport
Avec l’achalandage en hausse vient toutefois le défi d’assurer une cohabitation harmonieuse entre résidents, visiteurs locaux, personnes en situation d’itinérance et touristes. Au début de juin, une enveloppe de plus de 3,5 M$ a été accordée pour renforcer les services d’intervention sociale autour du pôle Place des Arts, dans le Quartier des spectacles. Cet investissement permettra de répondre aux enjeux de cohabitation qui sont maintenant « à la grandeur du centre-ville », selon M. Lefebvre.
Quatre nouvelles brigades d’intervenants psychosociaux assureront désormais une présence quotidienne sur le terrain en renfort aux services déjà en place.
« Jusqu’ici, on avait l’impression de simplement déplacer le problème. En évacuant les gens [en situation d’itinérance] de l’intérieur de la Place des Arts vers le Complexe Desjardins, par exemple, et ils finissaient par revenir occuper l’espace public. Sur le terrain, on tentait de gérer cette réalité en collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Mais il faut des intervenants dans la rue qui vont faire de l’accompagnement individualisé. Les brigades vont avoir du temps pour être capables de développer le lien de confiance et de travailler à former toutes les équipes autour dans le Quartier des spectacles », explique Éric Lefebvre.
Pour le directeur général, l’accès au logement constitue la réponse la plus durable à cette problématique. « Je pense qu’aujourd’hui, on est tous d’accord que c’est ça qu’il faut développer. Mais la question du logement, ça va prendre 10-15 ans avant qu’on réussisse à surmonter la courbe. Entretemps, il faut quand même se donner des outils qui vont permettre de ne pas déplacer constamment les personnes vulnérables, mais plutôt de les amener vers les bons services », explique-t-il.
Le transport, étroitement lié à la fréquentation du Quartier des spectacles, où l’usage de la voiture demeure marginal, est quant à lui présentement mis à mal par la grève à durée indéterminée de la Société de transport de Montréal (STM). « On a trois stations de métro dans le Quartier des spectacles. Si ça dure tout l’été, avec tous les événements culturels qui auront lieu, ça sera inquiétant », partage M. Lefebvre.
Faute de solution miracle, son équipe continuera à encourager l’utilisation de transports alternatifs comme le taxi, la marche ou le vélo. « Il ne faut juste pas que ce transfert-là se fasse à l’automobile. Les BIXI sont super utilisés, et on a augmenté les stations disponibles. Souhaitons que les gens viennent passer la journée dans le quartier, puis qu’ils s’ajustent en fonction des horaires », suggère-t-il.
Au moment d’écrire ces lignes, les employés d’entretien de la STM concluaient mardi leur dernier jour de grève, mais l’incertitude demeure quant à la possibilité d’une prolongation.
Rien n’arrête le spectacle
Malgré les défis actuels, la programmation estivale s’annonce tout de même bien garnie et Éric Lefebvre demeure confiant que les spectateurs seront au rendez-vous « Les gens connaissent évidemment les Francos et le Festival International de Jazz . On a aussi, cet été, le retour de Juste pour rire, de la Virée classique, du Festival international de graffiti Under Pressure, des festivals MUTEK et M.A.D. en août. Je pense que les gens ne sont peut-être pas encore tous au courant qu’il y a 50 festivals dans le Quartier des spectacles maintenant. »
Un projet d’aménagement urbain imaginé en collaboration avec la chanteuse Ariane Moffat, testé il y a quelques semaines, reviendra également en août. « Pendant deux mois, il y aura des jeux de basket, des tables de ping-pong, des jeux d’échecs, tout ça autour du thème de la cour d’école. »
Le concept se renouvellera au cours des trois prochaines années et le Quartier des spectacles plongera dans l’univers créatif d’un artiste invité, dont la vision inspirera son extérieur en dehors de la saison des festivals. « L’idée est de donner une couleur, une signature artistique au territoire. L’artiste choisi va collaborer avec nos équipes et avec des designers pour imaginer des installations et des aménagements dans l’espace public », précise le directeur général du Partenariat du Quartier des spectacles.
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