Le Marché public de Pointe-aux-Trembles a mis sur pied un programme de coupons nourriciers. De gauche à droite : Kate Johansson, directrice générale du Marché public de Pointe-aux-Trembles, José Antonio Ramirez Grisales, agent école-famille-communauté à l’AIEM et Vanessa Girard-Tremblay, co-fondatrice de la COOP de travail Estuaire (Marché public PAT)

Le Marché pour toustes : l’alimentation comme outils d’inclusion

Depuis le 5 juillet, le Marché public de Pointe-aux-Trembles (PAT) distribue des coupons nourriciers à une centaine de ménages en situation de vulnérabilité. Cette initiative, baptisée Le Marché pour toustes : améliorer l’accès alimentaire, la mixité et l’inclusion sociale dans PAT, fonctionne avec une carte prépayée et rechargeable – la Carte Proximité – qui permet aux bénéficiaires d’acheter des produits au marché.

Le projet a été rendu possible grâce à un soutien financier de plusieurs partenaires, dont l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, qui y contribue à hauteur de 60 000 $ jusqu’en mars 2029. Après un projet pilote concluant mené l’an dernier auprès de 50 ménages, l’initiative revient cette année avec une portée doublée.

Donner le choix : une question de dignité

Marché public de Pointe-aux-Trembles (Marion Chuniaud)

Au-delà d’améliorer l’accès à une alimentation saine, Le Marché pour toustes vise aussi à «  augmenter le pouvoir d’agir » des populations vulnérables et à « renforcer le tissu social », indique Kate Johansson, directrice générale du Marché public de Pointe-aux-Trembles.

L’option de distribuer des coupons nourriciers a été privilégiée par le marché pour laisser le libre arbitre aux bénéficiaires. « Quand on parle de miser sur le pouvoir d’agir, c’est d’abord pouvoir choisir les aliments. Donc, en leur donnant une carte prépayée, ça leur permet d’avoir cette dignité-là », explique Mme Johansson. « La carte peut être utilisée auprès de tous les kiosques alimentaires du marché, y compris les fruits, les légumes, viandes, pains, produits laitiers, produits secs, et même à La Buvette du Quai, un kiosque permanent du marché », précise-t-elle.

La sélection des ménages bénéficiaires a été effectuée en partenariat avec un trio d’organismes communautaires : Action Secours Vie d’Espoir Comptoir alimentaire, l’Association Bénévole Pointe-aux-Trembles Montréal-Est et l’Accueil aux Immigrants de l’Est de Montréal. Quant aux montants des coupons nourriciers, la directrice du marché explique qu’« ils sont déterminés en fonction de la grosseur du ménage ». Mensuellement, une personne seule recevra 50 $, les duos, 75 $, les familles de trois et celles comprenant quatre membres et plus recevront respectivement 100 $ et 125 $.

Une structure d’accueil pour favoriser l’inclusion

En plus des coupons nourriciers, les ménages reçoivent un accompagnement personnalisé lors de leur première visite. Pour favoriser le sentiment d’inclusion, une trousse de bienvenue est remise à chaque ménage et une visite guidée personnalisée est offerte. « Il y a toute une structure d’accueil qui est faite au marché public pour les inclure le plus facilement possible, parce qu’il y a beaucoup de gens qui pourraient juste recevoir la carte et ne jamais venir l’utiliser parce qu’ils ne se sentent pas nécessairement les bienvenus », indique Kate Johansson.

Trousse de bienvenue (Marion Chuniaud)

Avec la trousse de bienvenue, les participants reçoivent un sac réutilisable à l’effigie du marché, un condiment alimentaire et des fiches recettes. Quant aux visites sur mesure, elles offrent aux « nouveaux clients » de visiter les installations dans leur langue maternelle. « Pour l’instant, il n’y a pas de ménage asiatique, mais c’est beaucoup espagnol, arabe, français et anglais », explique la directrice du marché.

Favoriser le réseautage

Trois activités citoyennes sont également prévues durant la saison estivale pour favoriser les échanges et l’intégration des bénéficiaires dans la vie communautaire du quartier. Deux cafés-causeries offriront un espace de discussions et un pique-nique citoyen aura lieu à l’occasion de la Fête des récoltes, en septembre.

« Ce sont des moments où les gens peuvent venir briser l’isolement, parce que dans la clientèle aînée, par exemple, il y a des gens qui ne cuisinent pas nécessairement beaucoup. Ils vont plutôt venir au marché pour prendre du prêt-à-manger, mais on veut aussi faire en sorte que ces gens-là puissent échanger, avoir des contextes de socialisation », soutient-elle.

Un financement partagé et multisources

Le projet est rendu possible grâce à un financement combiné. La somme de 60 000 $ octroyée par l’arrondissement de RDP–PAT s’inscrit dans le cadre du programme Agir ensemble, une initiative de la Ville de Montréal. Cette enveloppe soutient notamment les activités citoyennes et la structure d’accueil.

En ce qui concerne le montant de 30 000 $ nécessaire à l’émission des coupons nourriciers, « il est à moitié financé par une enveloppe du fédéral et à moitié autofinancé par notre levée de fonds », résume la directrice du marché. Plus précisément, une partie de la somme est financée par l’Agence de santé publique du Canada via la Carte proximité élaborée par le Carrefour solidaire centre communautaire d’alimentation (CCA). L’autre moitié provient d’une campagne de financement organisée par l’équipe du marché auprès de fondations et d’entreprises locales.

Des exemples ailleurs au Canada

Le Marché pour toustes n’est pas unique en son genre. Des programmes similaires sont offerts dans d’autres provinces depuis plusieurs années. « Il y a d’autres initiatives qui existent déjà depuis 20 ans, en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse », indique Kate Johansson. Dans ces provinces, des enveloppes sont allouées par les ministères aux réseaux de marchés publics, qui redistribuent les fonds par l’entremise d’organismes communautaires.

Au Québec, certains projets pilotes sont également en cours. Le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA), basé à Victoriaville, mène actuellement des recherches à ce sujet.

L’an dernier, un projet pilote du Marché pour toustes a été mené par le marché public auprès d’environ 50 ménages. Cette année, l’initiative a été étendue à une centaine de foyers, représentant environ 210 personnes. « On voit qu’on répond probablement juste à un tiers ou un quart du besoin réel du quartier », constate Kate Johansson.

L’équipe du marché plaide pour une bonification du financement afin d’atteindre un plus grand nombre de ménages. « On milite plutôt pour une mise à l’échelle de ce genre de programme-là, à l’échelle provinciale », dit-elle. « Une telle mesure permettrait d’offrir un soutien récurrent et structurant aux personnes en situation d’insécurité alimentaire, tout en renforçant le rôle des marchés publics comme espaces de mixité et de participation citoyenne », termine Kate Johansson.