Le défilé de la Fierté (Courtoisie Fierté Montréal/Annie Diotte)

Le défilé de la Fierté : 45 ans de présence fière dans la rue

Depuis 45 ans, le défilé de la Fierté occupe les rues de Montréal le temps d’un après-midi. À l’occasion de l’édition en cours du festival Fierté Montréal, retour sur cet événement déambulatoire phare de la métropole.

*NDLR : Questionnée sur les actualités qui secouent présentement l’édition 2025 de l’événement, l’équipe de Fierté Montréal a préféré ne pas commenter dans le cadre de cet article.

Le défilé de la Fierté investira les rues de Montréal ce dimanche 10 août à 13 h, et ce, pour une 46ᵉ fois. Comme par les années passées, il déambulera d’ouest en est, rue Sainte-Catherine, pour terminer sa parade festive dans le Village, lieu emblématique des communautés 2SLGBTQIA+. Les célébrations se poursuivront après le défilé avec des concerts et des prestations de DJ au Parc olympique, de 15 h à 23 h.

L’historique

Les origines du défilé de la Fierté, à Montréal, remonteraient à 1979, alors qu’une cinquantaine d’activistes organisent une première marche pour commémorer le 10ᵉ anniversaire des émeutes de Stonewall, un événement fondateur du mouvement de libération des droits des communautés sexuelles marginalisées.

Oswaldo Gutiérrez Bayardi, directeur des communications et du marketing pour Fierté Montréal (Courtoisie)

L’année suivante, le défilé compte environ 250 marcheurs. Puis, l’Association pour les droits des gais du Québec (ADGQ) s’occupe de son organisation jusqu’en 1986. « Entre 1987 et 1992, plusieurs comités ont ensuite organisé les défilés de la Fierté à l’intérieur et aux alentours du Village », peut-on lire sur le site de Fierté Montréal. « Au fil du temps, de plus en plus de personnes participent à la marche, qui devient un événement plus structuré, avec l’appui des commerces du Village et de groupes indépendants par exemple », ajoute Oswaldo Gutiérrez Bayardi, directeur des communications et du marketing pour Fierté Montréal.

En 1993, l’organisme Diversité apparait, ce qui marque un tournant pour l’événement déambulatoire. Diversité structure la marche, lui donnant une base organisationnelle durable. Puis, en 2007, l’organisme décide de recentrer ses activités sur les aspects plus culturels et laisse à la communauté le soin de poursuivre le défilé.

C’est alors que Fierté Montréal est fondée et prend le relais. Depuis, ce dernier continue d’organiser des événements, dont le festival du même nom et le défilé annuel qui s’y intègre. Du même souffle, l’organisation s’est donné pour mission d’amplifier les voix des communautés et d’assurer leur représentation dans l’espace public, son festival représentant aujourd’hui le plus grand rassemblement, issu de la francophonie, de ces communautés à l’échelle mondiale.

Un parcours changeant

Le défilé change d’allure, mais aussi de parcours au fil des années. Il s’étend d’abord sur le Plateau-Mont-Royal, se terminant au parc La Fontaine.

« Dès le début, l’événement inclut un volet culturel important avec des performances d’artistes queers », souligne M. Gutiérrez Bayardi. Dans les années 60, la marche se déroule dans l’ouest, comme les bars destinés à la communauté s’y trouvent davantage, plus précisément dans le secteur de la rue Crescent. « Puis, avec les Jeux olympiques de 1976, ces établissements se déplacent vers l’est, dans un quartier alors peu développé qui allait devenir le Village », raconte le directeur des communications et du marketing de Fierté Montréal.

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, le parcours se fait d’ouest en est (des rues Metcalfe à Alexandre-De Sève) sur la Sainte-Catherine, symbolisant le lien entre le passé et le présent de l’événement. « Et il se terminant volontairement dans le Village, qui représente à la fois un espace sécuritaire et historique pour la communauté. »

Des communautés en évolution

Le fameux acronyme formé de plusieurs lettres qui représente la diversité des communautés sexuelles s’est allongé au fil des années pour tenter de toutes les refléter. Par exemple, il inclut aujourd’hui non seulement les personnes gays, lesbiennes, bisexuelles, trans ou queers, mais aussi les personnes bispirituelles, intersexes, aromantiques, asexuelles, etc., le « + » reconnaissant les autres identités non nommées. « Représenter toute cette pluralité est un défi constant », révèle Oswaldo Gutiérrez Bayardi.

Fierté Montréal travaille avec des organismes communautaires pour offrir une programmation inclusive dans son festival et son défilé, essayant aussi de couvrir les réalités intersectionnelles comme celles des personnes racisées, immigrantes ou vivant avec un handicap.

Le défilé joue donc un rôle fondamental dans la visibilisation de toutes ces communautés, croit M. Gutiérrez Bayardix. « Il crée un espace de partage et de communion pour des individus souvent marginalisés ou isolés, leur permettant de vivre pleinement et publiquement leur identité. Ce moment collectif aide à briser le sentiment d’isolement et affirme la légitimité des luttes et existences queer », précise-t-il.

Le défilé de la Fierté (Courtoisie Fierté Montréal/Yagub)

Défis et avenir

Assurer un cadre sécuritaire pour les milliers de participants est l’objectif et le défi principal de Fierté Montréal dans le cadre de son défilé. « Pour y arriver, on collabore avec les forces de l’ordre et les instances gouvernementales, dont l’appui est essentiel à la tenue de l’événement », insiste le directeur des communications et du marketing. Environ plus d’un demi-million de dollars est alloué chaque année aux mesures de sécurité couvrant l’ensemble du festival, nous dit-on.

« La visibilité dans l’espace public reste un acte politique pour les communautés 2SLGBTQIA+, croit fermement Oswaldo Gutiérrez Bayardi. Malgré les avancées, les droits peuvent toujours être remis en question et des attaques contre ces droits se produisent même au Canada. Le défilé doit donc continuer d’exister pour rappeler la fragilité des acquis et pour soutenir les individus dans leur processus d’acceptation. »

En conclusion, pour Fierté Montréal, le défilé est donc non seulement un événement festif, mais aussi, et surtout, une revendication politique et un geste collectif d’affirmation et de solidarité.