
La terrasse de La Tétro (Courtoisie)
14 juin 2025LA TÉTRO, UNE COOPÉRATIVE ÉVÉNEMENTIELLE PORTÉE PAR DES PASSIONNÉES
Le quartier Tétreaultville, enclavé entre l’autoroute 25 et Montréal-Est, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), comptait peu de lieux de diffusion culturelle et de socialisation. Il en a toutefois gagné un : La Tétro. Portée par six femmes passionnées, cette coopérative de travail organise une variété d’événements dans un lieu festif et rassembleur situé sur la rue Hochelaga. Portrait de cet espace unique en son genre qui a récemment été nommé au Gala ESTim dans la catégorie Démarrage d’entreprise.
S’autoproclamant « les sorcières », les membres de La Tétro ont toutes à cœur le développement du secteur. Suzie Miron est une femme du quartier, « la plus âgée du groupe des sorcières », précise-t-elle. Jouant le rôle de porte-parole au sein de la coopérative, aux côtés de la présidente, Kim Dutremble, elle s’occupe aussi des communications sur les réseaux sociaux et gère l’inventaire, ce qui inclut les produits alimentaires et alcoolisés du local qui détient tous les permis nécessaires. « La Tétro est née d’un besoin local. Il manquait dans le quartier un espace de divertissement, de socialisation et de diffusion culturelle. Notre projet visait à combler ce vide avec un lieu accessible et convivial, qui serait complémentaire à l’offre de la maison de la culture », explique Suzie Miron, anciennement conseillère municipale et résidente de Tétreaultville « depuis toujours ».

Suzie Miron, membre fondatrice et porte-parole de La Tétro (Courtoisie)
Une première coopérative, une transition puis une nouvelle structure
En 2021, un premier projet est lancé dans le même local. À la suite de la pandémie et en raison de certains problèmes à l’interne, la coopérative, qui réunissait des dizaines de membres décisionnaires, ferme à l’été 2023.
Par la suite, un groupe de femmes, dont plusieurs étaient déjà bénévoles dans l’ancienne structure, décide de relancer l’initiative. « Notre groupe a décidé de repartir le projet, cette fois sous forme de coopérative de travailleuses, avec une structure plus légère, soit seulement six membres dans le conseil d’administration, ce qui allait faciliter le processus de décisions », se remémore Suzie Miron. Le propriétaire du local leur permet de racheter les actifs matériels se trouvant toujours sur place en lui promettant de remettre le navire à flots en six mois.
Les six membres fondatrices prennent alors en charge les différents aspects opérationnels de la coopérative, comme l’administration, le service et la location de la salle. « Cette dernière activité est d’ailleurs devenue une source importante de revenus pour nous », souligne la porte-parole. La coopérative y organise et y anime elle-même de nombreuses soirées thématiques : jeux de société les lundis, micro-ouverts (humour ou poésie) les mardis, improvisation une fois par mois et soirées « découvertes » les jeudis avec des cours ou des jams musicaux.
Ce qui distingue La Tétro des autres initiatives montréalaises similaires, c’est sa proximité directe avec la communauté et son fonctionnement sur la base du bénévolat. « Contrairement aux entreprises classiques, ici, les membres ne sont pas rémunérées, ce qui renforce l’esprit coopératif et collectif », dit Suzie Miron. Le projet reste d’ailleurs ouvert à celles qui souhaiteraient s’impliquer à leur rythme, comme faire un seul quart de travail par semaine, et pourrait accueillir jusqu’à 20 travailleuses.
Un noyau féminin
Les six « sorcières » ont donc choisi de se rassembler autour de leurs valeurs féministes communes et de leur désir partagé de changement par rapport à l’ancien modèle. Néanmoins, occupant toutes des postes à temps plein à l’extérieur de La Tétro, elles rencontrent des défis en termes de temps et d’énergie. Les réunions hebdomadaires ont lieu sur l’heure du lunch de chacune, et les tâches à se partager sont chaque fois nombreuses (gestion du personnel, organisation d’événements, planification de l’approvisionnement, etc.). « Certaines membres investissent jusqu’à 30 heures par semaine! », indique l’ancienne conseillère municipale.
L’un des objectifs des membres fondatrices de la coopérative est de servir de modèle pour les jeunes femmes qui souhaiteraient se lancer en affaires. « Il existe déjà de nombreuses entrepreneures dans le quartier, comme des restauratrices ou des pâtissières. Et nous avons accueilli récemment une stagiaire afin de lui transmettre les compétences nécessaires à l’entrepreneuriat, espérant ainsi semer des graines pour l’avenir », révèle Suzie Miron.
Bien que le noyau de gestion soit exclusivement féminin, les six membres bénéficient aussi de l’aide d’alliés masculins pour certaines tâches, comme le montage de la terrasse ou les déménagements. « Cette collaboration élargie témoigne de l’esprit d’ouverture et de soutien propre à notre coopérative et au secteur », mentionne la porte-parole.

L’intérieur de La Tétro (Courtoisie)
Favoriser la proximité
Une volonté de l’équipe était aussi de revitaliser la rue Hochelaga, une artère commerciale importante de Tétreaultville. « Des amitiés se sont formées parmi les clients réguliers, ce qui brise l’isolement et crée une véritable communauté », se réjouit Suzie Miron. De plus, la coopérative travaille avec des artistes et des organismes du quartier, en leur offrant une scène et de la visibilité, notamment durant les soirées « découvertes ». Les prestations musicales, les spectacles de magie, les cours de danse swing et même les activités pour enfants lors des brunchs proviennent souvent de résidents à proximité, et la scène devient ainsi un tremplin pour les artistes locaux qui veulent se faire connaître.
Le micro-ouvert humoristique est également un outil important pour les humoristes en rodage. Des artistes connus comme Louis T, Christian Vanasse et Anne-Marie Dupras y sont déjà passés pour tester leur nouveau matériel. « Avec sa salle intime d’environ 50 places, la coopérative offre un environnement convivial et stimulant pour les créateurs », illustre la porte-parole.
À La Tétro, on valorise aussi le circuit court et les partenaires locaux. Par exemple, on y sert des bières de microbrasserie, notamment celles de l’Avant-Garde, une entreprise de MHM.

Le logo de La Tétro (Courtoisie)
L’avenir de La Tétro
Après une année de roulement, le projet est fièrement perçu comme un accomplissement par son équipe. À l’automne, La Tétro souhaite diversifier et bonifier son menu pour mieux répondre aux souhaits de la clientèle. De plus, les soirées de micro-ouverts, qui connaitraient un fort succès, pourraient être proposées deux fois par mois au lieu d’une.
Pour le futur, les fondatrices envisagent d’ouvrir la coopérative à d’autres « sorcières » motivées, afin d’assurer une relève, surtout à l’approche de la retraite de certaines. L’objectif est aussi, éventuellement, de pouvoir tirer un revenu du projet, les membres travailleuses ne se versant pas de salaire pour le moment.
« La culture est essentielle dans la revitalisation de Mercier et de l’est en général. Le quartier Tétreaultville est une pépinière artistique. La Tétro permet de révéler ce vivier en offrant une plateforme d’expression et en renforçant le sentiment d’appartenance au quartier », conclut Suzie Miron.
_________________________________________
Site web : https://latetrocoop.ca/
Page Facebook : https://www.facebook.com/latetrocoop/






