
(Emmanuel Delacour/EMM)
23 mars 2026Les jeunes de RDP-PAT en ont assez d’être « oubliés au terminus »
Les jeunes de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT) vivent une « iniquité géographique » en raison d’un réseau de transports en commun qui ne « répond pas adéquatement à leurs besoins », dénonce le Conseil jeunesse local.
Dans son tout premier avis publié il y a quelques semaines, le Conseil jeunesse de RDP-PAT met en relief les enjeux liés à l’absence d’un système structurant de transports en commun dans la pointe Est de l’Île de Montréal.
« C’est probablement un des enjeux les plus criants et c’est un dossier où il y a énormément d’inaction. On observe beaucoup une passivité gouvernementale et c’est préjudiciable sur plusieurs plans », affirme Alexandre Fabien Gagné, coprésident du Conseil jeunesse.

Alexandre Fabien Gagné, coprésident du Conseil jeunesse de RDP-PAT (LinkedIn)
Selon lui, il est insensé que le trajet en voiture entre Rivière-des-Prairies et l’Université du Québec à Trois-Rivières s’avère, dans certains cas, plus rapide que le trajet en transport collectif vers l’Université de Montréal. Un calcul rapide avec Google Maps révèle en effet qu’il faut environ 1 heure et 20 minutes de déplacement pour se rendre en automobile l’Université du Québec à Trois-Rivières à partir de Rivière-des-Prairies. C’est à peu près le même temps qu’il en faut pour se rendre à l’Université de Montréal en transports en commun à partir du même quartier.
Le retard accumulé au fil des années à mettre en place un système structurant de transports collectifs dans l’Est a plusieurs effets collatéraux sur la population de RDP-PAT, notamment les jeunes, souligne le coprésident du Conseil jeunesse.
Dans l’avis intitulé « Oubliés au terminus : Le réseau qui tourne le dos aux jeunes de l’Est », on distingue trois éléments d’iniquités qui découlent de la piètre offre en transports en commun. Ainsi, la mobilité limitée devient une « entrave à la participation économique des jeunes » tout en contribuant à « l’exclusion sociale » et une « iniquité territoriale » pour ceux-ci. Enfin, la situation perpétue « des inégalités en matière d’accès à l’éducation » pour les jeunes de RDP-PAT.
En outre, selon des données colligées dans le document, 38 % des Montréalais détenaient un baccalauréat ou un grade supérieur en 2021, tandis qu’à RDP-PAT cette proportion n’atteignait que 20 % la même année.
Plus d’heures dans les transports et moins de sommeil
Perdre des heures de sa journée dans les transports en commun, c’est une réalité que connait bien Danika Labelle, étudiante au baccalauréat en travail social à l’Université de Montréal.
Cette résidente de Pointe-aux-Trembles passe en moyenne deux et trois heures dans les transports les jours où elle se rend à ses cours. « Je dois prendre un autobus, le métro, le REM et le métro à nouveau. Un aller, c’est environ 1 heure et 20 minutes », explique-t-elle.
Ce sont surtout ses heures de sommeil qui sont sacrifiées en conséquence de ce temps passé dans les déplacements. « Mes cours peuvent commencer à 8h30, je dois me réveiller vraiment tôt. Puis la veille, je peux avoir travaillé tard, parce que j’occupe un emploi dans un dépanneur. Alors parfois, je n’ai pas de très longues nuits de sommeil », illustre-t-elle.
L’étudiante aimerait donc que les autobus qui font le trajet entre son domicile et le terminus de la ligne verte du métro, la station Honoré-Beaugrand, passent plus fréquemment, surtout en dehors des heures de pointe. Et mieux encore, la création de nouvelles stations de métro plus à l’Est l’aiderait sans doute à regagner quelques minutes dans ses journées.
Dans l’avis déposé par le Conseil jeunesse, on rappelle que « puisque les femmes se déplacent davantage en transport en commun que les hommes, les enjeux de mobilité les touchent de manière disproportionnée ». « Les lacunes de l’offre actuelle de transport collectif limitent leurs déplacements quotidiens et restreignent leur accès à l’espace public », note-t-on dans le document.
Propositions
Pour sa part, M. Fabien Gagné ne mâche pas ses mots quant à la lenteur des gouvernements à mettre sur la table un projet structurant de transports dans l’Est.
« On sait que le gouvernement de Mark Carney a mis en place des transferts fédéraux pour les grands projets, mais le fédéral attend après Québec pour qu’il dépose ses demandes. Honnêtement, le gouvernement du Québec semble dormir au gaz dans ce dossier », affirme-t-il.
Par ailleurs, la vice-présidente du comité exécutif du Conseil jeunesse, Darlene Jean Jacques, a déposé en décembre dernier une pétition devant la Chambre des communes du Canada pour demander « au gouvernement du Canada d’accorder des fonds additionnels ou de prévoir des allocations budgétaires afin d’aider les autorités publiques à offrir des services de transports en commun sécuritaires, fiables, accessibles et efficaces dans l’Est de Montréal ». À ce jour, la pétition a recueilli 842 signatures.
Dix recommandations ont été formulées par le Conseil jeunesse pour faire avancer la question de l’accès aux transports dans RDP-PAT. Entre autres, on propose de mettre sur pied un comité de concertation sur le transport en commun dans l’Est, réunissant autour de la table Mobilité Infra Québec, la mairesse de Montréal et les élus du territoire.
Plusieurs recommandations visent d’ailleurs l’administration locale, à laquelle on demande d’examiner l’amélioration transitoire du transport collectif dans l’Est, de créer une consultation formelle auprès des jeunes de l’arrondissement et d’inviter l’Autorité régionale de transport métropolitain et la Société de transport de Montréal à intégrer la navette fluviale dans la carte géographique de transport de la STM.

Le maire de RDP–PAT, Denis Pelletier (Image tirée de la page Facebook de l’arrondissement)
Appelé à répondre aux demandes du Conseil jeunesse, le cabinet du maire d’arrondissement, Denis Pelletier, nous a fait parvenir une réponse officielle rédigée au lendemain du dépôt de l’avis. Dans celle-ci, l’élu s’engage à « prendre connaissance dans le détail de l’ensemble des recommandations » formulées et à « porter [les] constats et [les] propositions auprès des résident.e.s de l’arrondissement.»
De plus, l’élu soutient qu’il assurera un « suivi transparent et continu auprès du Conseil jeunesse des démarches effectuées concernant le Projet de transport structurant de l’Est » et qu’il collaborera activement avec les partenaires municipaux, métropolitains et provinciaux pour la mobilité de l’Est. Enfin, M. Pelletier invite les porte-parole du Conseil jeunesse RDP-PAT à « participer à une rencontre entre les instances de mobilité (STM, ARTM, etc.), les élu.e.s et l’arrondissement ».
Par ailleurs, dans un communiqué publié quelques jours avant le dépôt du budget 2026-2027 du gouvernement provincial, le maire de RDP-PAT a demandé que celui-ci aide à désenclaver l’Est, notamment en finançant de façon permanente et complète la navette fluviale. M. Pelletier recommande aussi que Québec prenne un engagement ferme envers « un véritable projet de transport structurant » et qu’il améliore immédiatement l’offre actuelle de transport collectif dans le secteur.
De son côté, le coprésident du Conseil jeunesse aimerait bien que les membres du conseil d’arrondissement s’engagent à utiliser le transport en commun en compagnie de jeunes, incluant des membres du Conseil jeunesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, afin de démontrer concrètement leur appui au projet de transport structurant de l’Est. « Il y a une grosse zone d’ombre, parce qu’ils n’utilisent pas ces moyens de transport dans leur quotidien. On les invite donc à se joindre à nous pour leur montrer cette réalité », conclut-il.






