L’heure du repas au CAP St-Barnabé (Image tirée de la page Facebook)

Itinérance : les nouvelles haltes-chaleur de l’Est en renfort cet hiver

L’ouverture de deux nouvelles haltes-chaleur dans l’Est a aidé à apaiser la pression sur les organismes dans le secteur, constate-t-on au CAP St-Barnabé. Le financement accru de la lutte contre l’itinérance prévu au plus récent budget de la Ville de Montréal donne espoir d’une meilleure planification de l’offre hivernale des ressources pour les personnes vivant dans la rue.

Depuis le mois de décembre 2025, on retrouve au couvent Sainte-Émélie, dans Hochelaga-Maisonneuve, et à l’église Sainte-Bibiane, dans Rosemont, des haltes-chaleur. Ces deux anciens édifices religieux ont été reconvertis pour offrir un endroit où s’asseoir et prendre une collation pour les personnes en situation d’itinérance.

L’entrée de la halte-chaleur Ste-Émélie (Image tirée de la page Facebook du CAP St-Barnabé)

La halte du couvent Sainte-Émélie, située au 4837, rue Adam, est ouverte depuis le 19 décembre 2025 et dispose de 60 places assises. À partir du 5 janvier dernier, cette ressource est devenue disponible en continu, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. C’est le CAP St-Barnabé, un organisme qui gère des refuges d’urgence, qui est responsable du lieu.

Du côté de l’église Sainte-Bibiane, l’organisme Centre des femmes de convictions de Montréal y opère 20 places de nuit réservées aux femmes de 19 h à 9 h, et ce, depuis le 15 décembre 2025.

Pour connaître les taux de fréquentation des nouvelles ressources, EST MÉDIA Montréal (EMM) a contacté la Ville de Montréal, qui nous a plutôt référé au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CSIMTL), qui gère le dossier des ressources en itinérance à Montréal. À son tour, le CIUSSS du CSIMTL nous a indiqué ne pas être en possession des données officielles sur l’achalandage de ces haltes. Toutefois, on nous a affirmé aux relations médias que celles-ci n’ont pas été surchargées depuis leur ouverture et qu’à présent, des places y sont toujours disponibles chaque soir.

C’est ce que confirme la directrice générale du CAP St-Barnabé, Michelle Patenaude. « Le temps des fêtes a quand même été assez calme. Les gens fréquentaient, mais on avait peut-être une dizaine de personnes durant les deux premières semaines. Puis [le dimanche 11 janvier], on est monté à 55 personnes sur la capacité de 60 », indique cette dernière.

Depuis le 5 janvier, date d’ouverture de la ressource en mode « 24/7 », « ç’a joué entre 25 et 35 personnes » par soir. Ces décomptes, réalisés au milieu de la nuit, permettent à l’organisme de « prendre une photo » statistiquement de l’achalandage du site. La fréquentation du lieu est donc « variable, mais [la directrice générale croit] que dans les prochaines semaines, [ils atteindront leur] pleine capacité. »

EMM a tenté d’obtenir les données d’achalandage de la halte de l’église Sainte-Bibiane, mais au moment d’écrire ces lignes, l’organisme Centre des femmes de convictions de Montréal n’était pas en mesure de les fournir.

L’église Ste-Bibiane en été (Courtoisie de l’arrondissement de RPP)

Plus de ressources, moins de pression sur les services

La situation semble donc s’être améliorée comparativement à l’année dernière, du moins dans Hochelaga-Maisonneuve, constate Michelle Patenaude.

En effet, à pareille date en 2025, l’organisme devait souvent refuser l’accès à l’hébergement d’urgence à une trentaine de personnes par soir. Le CAP St-Barnabé, qui opère environ 350 places dans l’Est, propose aussi une autre halte-chaleur de nuit à son site situé au 1475, avenue Bennett, qui offre une trentaine de places assises.

Michelle Patenaude, directrice général du CAP St-Barnabé (LinkedIn)

« C’est beaucoup plus rare qu’on refuse des personnes qui se présentent, parce qu’on est en mesure de les relocaliser, que ce soit avec la navette ou notre halte-chaleur, insiste Mme Patenaude. Au lieu d’avoir entre 30 ou 40 refus, « c’est plutôt environ une dizaine de refus qu’on a chaque jour [pour de l’hébergement d’urgence]. À mon avis, c’est le résultat du fait qu’on a développé beaucoup de haltes-chaleur à travers Montréal. Ça fait vraiment une différence dans notre quotidien. »

Ainsi, la création d’un service de navette qui effectue des trajets entre les métros et les haltes a permis d’aller chercher une nouvelle clientèle au CAP, en plus de celle installée dans les campements le long de la rue Notre-Dame Est. Les personnes qui s’y trouvent sont plus jeunes que les habitués des refuges d’urgence du CAP et fréquentent plus les stations de métro de l’Est, confirme la directrice générale.

Des bonnes nouvelles

Cette dernière se réjouit aussi du financement débloqué par la Ville pour l’embauche d’un médiateur social pour assurer une meilleure cohabitation avec le milieu autour de l’ancien couvent.

« On a vu les annonces de la Ville [la semaine dernière], on souhaite vraiment que cette enveloppe-là soit maintenue à l’année, pour qu’on puisse travailler ce volet médiation », affirme-t-elle.

Par ailleurs, le premier budget de l’administration Martinez Ferrada promet d’investir davantage en matière de lutte à l’itinérance. Effectivement, la Ville prévoit désormais 29,9 M$ en 2026 dans ce dossier, soit le triple de ce qu’avait réservé la précédente administration, soit 9,8 M$.

En outre, la halte-chaleur du 1475, avenue Bennett, qui est en service depuis quatre ans, voit son financement renouvelé chaque année, ce qui permet de planifier l’offre de service durant la saison froide, indique Mme Patenaude. Même s’il n’est pas officiellement récurrent, cela permet de mieux se préparer pour l’hiver, précise la directrice générale.

« Toutefois, on sait que la halte du couvent Saint-Émélie, c’est un « one shot deal », parce qu’il y a un développement qui y est prévu. Donc l’année prochaine, il n’y aura pas de possibilité à cet endroit. »

Michelle Patenaude espère que la nouvelle administration à la Ville pourra s’asseoir avec les organismes « plus tôt que tard » cette année pour préparer les ressources de l’hiver prochain. Néanmoins, constater que la Ville a déposé un budget avec une plus grande part d’investissements dans la lutte à l’itinérance, « ça nous donne de l’espoir pour la suite », conclut-elle.