Les campeurs sont installés au nord du parc Lalancette (Emmanuel Delacour/EMM)

Itinérance : un campement dans un parc d’Hochelaga importune les résidents

Un homme gît évanoui sur la pelouse. Un autre homme avec les pantalons sous les genoux urine ou se masturbe devant les buissons en gémissant. Cette scène, c’est presque le quotidien du voisinage du parc Lalancette, dans l’arrondissement de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM).

Effectivement, depuis environ deux ans, des personnes itinérantes sont venues s’installer dans ce grand parc, situé au sud de la rue Hochelaga, entre la rue Nicolet et l’avenue Bourbonnière.

Au passage d’EST MÉDIA Montréal sur les lieux mardi dernier, nous avons fait le décompte de cinq tentes sur la portion « nord » du parc, trois d’entres elles à proximité de la rue Hochelaga et de la ruelle de l’avenue Bourbonnière, qui donne sur la cour arrière de logements. Une quatrième tente se trouvait plus à l’écart, près du parc à chien.

Selon des résidents, la venue des personnes en situation d’itinérance dans le parc a engendré de nombreux incidents dans cet espace vert. D’après les témoignages et les transcriptions effectuées par des citoyens, on rapporte de la consommation de drogue en public, des personnes en état d’ébriété ou intoxiquées, des bagarres et disputes entre campeurs et des interventions policières répétées.

« Moi, la première fois que j’ai vu des tentes, par exemple, il y avait clairement de la consommation. Il y avait des gens assis autour de la tente, il y avait tout le matériel de consommation de drogue », indique Georges Boulanger, un résident du secteur.

Dans une vidéo prise par un citoyen qu’EST MÉDIA Montréal a pu visionner, on voit un homme avec son pantalon baissé faire face à des buissons et gémir à de manière audible à proximité de l’aire pour les chiens du parc. L’incident s’est déroulé le 12 août dernier.

Plusieurs des citoyens ont créé un groupe sur Facebook dans lequel ils rapportent les incidents qu’ils vivent avec les personnes en situation d’itinérance dans le parc. Selon un document compilé par les résidents, six incidents ont été répertoriés au mois d’août. Si certains incidents sont relativement peu sérieux, comme des chicanes entre campeurs, d’autres sont plus graves, tels qu’un incendie qui s’est déclaré dans la tente d’une femme le 23 août dernier.

Le parc Lalancette est un lieu où de nombreuses personnes en situation d’itinérance déambulent en raison de sa proximité avec les ressources disponibles du CAP Saint-Barnabé établies dans l’église Ste-Jeanne D’Arc, sur la rue de Chambly, et de l’ancien YMCA, sur la rue Hochelaga, à l’angle de l’avenue Bennett.

Deux démantèlements depuis l’an dernier

Selon M. Boulanger, la Ville et l’Arrondissement sont régulièrement informés de la situation, des appels au 311 et 911 ayant été logés à de nombreuses reprises.

De plus, deux opérations de démantèlement du campement ont eu lieu dans les récentes années : une en septembre 2025, puis une autre en 2026.

Depuis la mise en place de son protocole en mai dernier, la Ville de Montréal ne démantèle plus systématiquement les campements de fortune. Chaque Arrondissement a le devoir de désigner des « zones de tolérance » sur leur territoire respectif où les personnes en situation d’itinérance peuvent être relocalisées s’il est impossible de leur trouver un refuge.

Or, après avoir été déplacés du parc, les campeurs sont revenus dans sa portion la plus au nord, qui est moins fréquentée par les familles et sportifs en raison de l’absence d’installations publiques à cet endroit.

M. Boulanger et ses voisins se demandent donc si le parc Lalancette est considéré comme une zone de tolérance. « On veut avoir des règles claires à propos des zones de tolérance. Nous ne croyons pas qu’un parc familial, avec des jeux d’eau, un terrain de baseball, un terrain de pétanque, un parc à chiens et complètement entouré de résidences, soit un endroit adéquat pour un campement», insiste M. Boulanger.

Celui-ci veut donc que la Ville de Montréal et MHM se prononcent publiquement sur la question afin de savoir si le parc Lalancette est considéré comme étant une zone de tolérance.

Dans un courriel, le cabinet de la mairesse de MHM, Chantal Gagnon, indique que « les parcs comportant des aires de jeux pour enfants sont considérés comme des zones de non-tolérance afin d’assurer la sécurité des familles. »

« La situation au parc Lalancette est préoccupante et nous la suivons de très près. Le protocole de gestion des campements de la Ville vise à encadrer une réalité complexe liée à l’itinérance, souligne-t-on dans le courriel. Des interventions de déplacement et d’accompagnement sont régulièrement réalisées en collaboration avec nos partenaires communautaires, l’EMMIS et le SPVM. Toutefois, lorsque des personnes refusent de se relocaliser et qu’aucune solution de rechange n’est disponible, le cadre juridique limite les possibilités d’actions.»

En effet, La Presse rapportait mercredi que la Ville de Montréal souhaitait aller en Cour d’appel pour faire aller de l’avant un démantèlement bloqué par la Cour supérieur dans un parc du Mile-End. La mairesse de Montréal a rappelé qu’elle ne pouvait pas appliquer le protocole de la Ville adéquatement tant que ses mains seront «liées», faisant référence au jugement.

De son côté, l’administration de MHM ajoute qu’elle demeurera « mobilisée afin de préserver la qualité de vie des résidents, de maintenir des espaces publics sécuritaires et d’intervenir avec humanité. » « À plus long terme, la réponse à l’itinérance passe par davantage de logements, de soutien adapté et de ressources d’hébergement réparties sur l’ensemble du territoire montréalais. »

Les citoyens ont d’ailleurs interpellé leurs candidats locaux dans la course électorale provinciale, afin que ceux-ci détaillent un plan d’intervention en itinérance dans le secteur.