De gauche à droite: – Laurence Arbogast, directrice générale, Bouffe-Action de Rosemont, Chantal Rouleau, ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, et Alexandre Paré, Chargé de projet – Développement chez Société de développement Angus (Photo : Société de développement Angus)

Un investissement de 1,2 M$ pour propulser le Pôle logistique alimentaire de Rosemont

Québec injecte 1,2 M$ pour soutenir le développement et la relocalisation du Pôle logistique alimentaire de Rosemont (PLAR), un projet piloté par l’organisme Bouffe‑Action de Rosemont destiné à améliorer l’accès à des denrées fraîches pour les ménages en situation de précarité dans l’est de Montréal. L’annonce a été faite lundi par la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire, Chantal Rouleau. D’ici 2030, cet investissement permettra de doubler la capacité d’aide alimentaire de l’organisme avec comme objectif de desservir 6 000 ménages chaque semaine.

Depuis 2020, le Pôle logistique alimentaire récupère les invendus de commerces, distributeurs, grossistes et producteurs agricoles pour les redistribuer à des initiatives en sécurité alimentaire. En moyenne, 1,5 tonne de denrées — principalement des fruits et légumes — sont triées chaque jour avant d’être acheminées vers une trentaine de partenaires communautaires répartis dans six arrondissements de l’est montréalais. Le PLAR assure aussi la transformation des aliments trop mûrs, la préparation de plats et de collations pour des écoles du quartier, la mutualisation de camions réfrigérés pour les organismes du territoire et le soutien logistique à des projets de proximité comme les frigos‑partage, les cuisines collectives et les espaces d’inclusion sociale. « On récupère, on trie et on apporte les denrées directement au moment de la distribution, prêtes à être remises aux familles », illustre la directrice générale de Bouffe‑Action, Laurence Arbogast.

Des installations sur mesure au cœur d’un nouveau quartier

Ce financement permettra au PLAR de déménager ses installations au rez‑de‑chaussée d’un immeuble résidentiel de 350 unités du Technopôle Angus, actuellement en construction. Le déménagement est prévu en 2027. Les nouveaux locaux, d’une superficie de plus de 740 m², comprendront une aire de tri, une cuisine de transformation, des salles multifonctionnelles et des bureaux administratifs. « Les nouveaux espaces vont nous permettre de récupérer plus de denrées, de les redistribuer et d’augmenter nos services », souligne Mme Arbogast.

Le Pôle logistique sera intégré au rez‑de‑chaussée d’un immeuble de logements abordables développé par la Société de développement Angus (SDA). L’organisme communautaire occupera des espaces commerciaux conçus sur mesure pour ses activités. La SDA a accompagné Bouffe‑Action dès le début du projet, notamment pour la recherche de financement et la conception des aménagements. « On a fait un accompagnement complet, autant pour la recherche de financement que pour la conception des espaces. On s’est assuré que tout rentre dans le budget désiré », précise Alexandre Paré, chargé de projet en développement.

La cohabitation entre un pôle logistique alimentaire et un milieu résidentiel ne soulève pas d’enjeu particulier. « Le camionnage est une nuisance mineure. Il y a quelques camions par jour, sans plus. La mixité des usages est déjà présente sur le site et elle est bienvenue », ajoute M. Paré.

Une offre alimentaire et sociale

Bouffe‑Action prévoit profiter de ses nouveaux locaux pour élargir son offre de services. L’organisme est déjà reconnu pour ses cuisines collectives, ses ateliers d’éducation populaire et ses jardins collectifs, qui s’adressent à des familles, des aînés, des personnes vivant avec des limitations fonctionnelles et des participants en situation d’isolement. Les cuisines collectives jouent un rôle important dans l’autonomie alimentaire. « Une portion coûte moins d’un dollar quand on sort d’une cuisine collective, et les participants repartent avec une vingtaine de portions. C’est un moyen concret de manger sainement et de briser l’isolement », explique Laurence Arbogast.

Bouffe‑Action a aussi développé un volet d’alimentation scolaire en partenariat avec La Cantine pour tous et le Club des petits déjeuners. Des plats et collations sont préparés chaque semaine pour des élèves du quartier. « On est capable de faire goûter des choses qu’on ne se serait pas permis autrement, et de faire baisser la facture chaque semaine », dit la directrice générale.

Pour le gouvernement, cet investissement répond à un besoin urgent dans un contexte de hausse du coût des aliments. « La hausse du prix des aliments touche plus durement les personnes en situation de précarité. On appuie des projets concrets qui permettent de récupérer davantage de denrées, de réduire le gaspillage et d’améliorer l’accès à des aliments frais et nutritifs », affirme la ministre Chantal Rouleau.

Le financement de 1,2 M$ provient de deux sources : 560 000 $ de l’Alliance pour la solidarité de Montréal, financée par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, et 700 000 $ du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, dans le cadre d’une enveloppe dédiée à l’est de Montréal. La ministre rappelle que les Alliances pour la solidarité permettent désormais de financer des projets sur plusieurs années, ce qui assure une meilleure stabilité aux organismes. « Les Alliances peuvent financer plus longtemps les bons projets. C’est ce qu’on a voulu mettre en place », dit‑elle.

Une force bénévole à consolider

Bouffe‑Action compte environ 80 bénévoles, dont une soixantaine actifs chaque semaine. L’organisme prévoit devoir augmenter ce nombre pour atteindre ses objectifs de croissance. « On a la chance d’avoir une force bénévole très stable, mais on sait qu’on va devoir travailler fort pour la maintenir et la doubler dans les années à venir », mentionne Mme Arbogast.

Les bénévoles participent au tri des denrées, à la préparation des sacs fraîcheur, aux activités de transformation alimentaire et à l’accompagnement des groupes de cuisine collective. Leur rôle est considéré comme essentiel au fonctionnement du PLAR.

Avec son déménagement au Technopôle Angus, Bouffe‑Action espère consolider son rôle de référence en sécurité alimentaire dans l’est de Montréal. L’organisme prévoit maintenir ses activités actuelles au Centre Lapalme tout en déployant une offre élargie dans ses nouveaux locaux. Laurence Arbogast résume l’esprit du projet : « Il faut réfléchir à des solutions concrètes, structurantes et durables. Bouffe‑Action poursuit sa mission et se donne les moyens d’accroître son impact auprès des personnes vulnérables. »