
Des employés de l’entreprise d’insertion sociale Insertech (crédit photo CESIM – Sylviane Robini)
11 septembre 2026Insertion professionnelle : quels débouchés ?
L’insertion professionnelle occupe une place importante dans le tissu socio-économique de l’est de Montréal, où une quinzaine d’entreprises proposent des formations en milieu professionnel à des personnes éloignées du marché du travail. Mais que vaut cette formation une fois ces personnes à la recherche d’un emploi ?
Restauration, ébénisterie, entretien ménager, service à la clientèle… Les entreprises d’insertion sociale évoluent dans une variété de secteurs. Elles s’adressent à des personnes « éloignées du marché du travail, qui cumulent des facteurs de vulnérabilité », comme des difficultés langagières, un parcours d’immigration difficile ou des enjeux de santé mentale, explique Dominique Bonetto, directeur général du Collectif des entreprises d’insertion du Québec (CEIQ).
Tout en développant une activité commerciale, ces entreprises sont ainsi constituées d’une majorité d’employés en cours de formation. D’une durée de 26 semaines en moyenne, ce stage à plein temps rémunéré vise à leur apporter « des compétences personnelles, professionnelles et techniques dans un contexte de travail réel », appuie Services Québec, qui finance une quarantaine d’entreprises d’insertion dans la province.
L’une d’entre elle est l’entreprise Insertech, située dans le Technopôle Angus, et spécialisée dans le reconditionnement de matériel informatique. Elle emploie une quarantaine de jeunes de 18 à 35 ans, préposés à l’assemblage d’ordinateurs, à la gestion des stocks ou encore à la vente.
Retour vers le marché du travail
Une fois la formation terminée, les participants tentent de se faire une place sur le marché de l’emploi. Le CEIQ indique que 83% d’entre eux trouvent un emploi ou retournent aux études dans les trois mois suivant la fin du stage, et que 75% d’entre eux sont encore à l’emploi deux ans plus tard. M. Bonetto se dit satisfait de ce niveau d’employabilité, alors que « la plupart des services à l’emploi n’atteignent pas ces taux de rétention », selon lui.
De son côté, Services Québec indique que 61% des bénéficiaires de son programme ont trouvé un emploi dans les trois mois suivants. Béatrice Chouinard, coordonnatrice du programme d’insertion à Insertech, explique que l’entreprise a eu du mal à atteindre la barre des 50% ces derniers temps, sauf cette année, où 32 de ses 60 employés ont obtenu un poste rapidement.
Le taux d’employabilité dépend évidemment de l’état du marché de l’emploi, souligne Mme Chouinard, mais également de certains facteurs propres aux personnes passées par l’insertion professionnelle. « Certaines ne veulent pas travailler après le parcours car elles vivent de l’épuisement, certainse sont neurodivergentes, et un 35h semaine ne leur convient pas nécessairement; on respecte ça. »
D’autres participants cherchent un emploi sans y parvenir, freinés par un parcours qui n’attire pas toujours l’employeur – de manière justifiée ou non. Les employés passés par l’insertion nécessitent en effet « un soutien plus élevé qu’un employé ‘’normal’’ », estime M. Bonetto, ce qui peut décourager certains employeurs à leur donner une chance.
Mais « si les CV de ces personnes sont mis de côté, c’est aussi en raison d’un manque de sensibilisation à l’inclusion », nuance Mme Chouinard. Les accommodements à adopter pour ces employés demeurent assez légers selon la coordinatrice d’Insertech, et ne devraient pas occulter les nombreuses compétences de cette main-d’œuvre.
Les acteurs de l’insertion sociale s’affairent ainsi à rencontrer les entreprises pour les sensibiliser aux parcours en insertion professionnelle, et nouer à terme des partenariats pour favoriser l’embauche de leurs stagiaires.
Une main d’œuvre compétente
Au-delà de certaines vulnérabilités et de stéréotypes persistants, les employés passés par l’insertion professionnelle ont de nombreuses qualités qui leur sont propres. Ils sont tout d’abord très « fidèles », fait valoir M. Bonetto, rappelant que 75% d’entre eux sont encore en poste après deux ans. « C’est un taux de rétention qu’une entreprise rêve d’avoir. »
Grâce à leur formation en milieu professionnel, cette main-d’œuvre a développé des compétences « transférables à l’emploi », souligne ensuite Mme Chouinard, citant deux récents stagiaires d’Insertech qui ont respectivement été embauchés dans un CIUSSS et une clinique juridique, démontrant la « bonne reconnaissance de leurs compétences sur le marché du travail. »
Ces anciens stagiaires sont ensuite « certifiés » par leur entreprise d’insertion sociale, qui s’occupe de proposer aux employeurs des travailleurs qui correspondent à leurs attentes. « Sur le papier, ce n’est pas forcément un candidat qu’ils auraient retenu, mais en voyant la connaissance qu’on a de cette candidature-là, on arrive à les convaincre que ce sera un bon fit », explique Pierre Akkaoui, responsable des communications à Insertech.
Enfin, M. Bonetto rappelle l’importance sur le plan social et économique d’encourager par l’emploi l’insertion professionnelle. « Quelqu’un qui reste dans l’itinérance coûte 77 500 $ par année en frais de services, d’entretien, de sécurité, etc. Ça fait que de ramener la personne dans le marché du travail, c’est ramener quelqu’un qui va travailler et payer des impôts. »
Un intérêt grandissant
Les responsables de l’insertion notent toutefois une réelle progression dans l’intérêt que portent les entreprises aux parcours en insertion. « Les employeurs sont de plus en plus intéressés. Beaucoup nous contactent en ce moment », témoigne Mme Chouinard, qui indique que de nombreux jeunes d’Insertech sont embauchés avant même d’avoir fini leur stage.
« Je peux dire qu’on remercie grandement [les employeurs] de la confiance qu’ils nous offrent. Eux-mêmes s’en trouvent gagnants et le reconnaissent. Ils sont très contents de recevoir les jeunes qui proviennent de l’insertion », conclut M. Bonetto.












