(Courtoisie / Corpuscule Danse)

Inclure tout le monde dans la danse

Dans les locaux de la compagnie Corpuscule Danse situés à Rosemont, la diversité sous toutes ses formes est célébrée. Peu importe le type de handicap, les participants avec ou sans limitation — qu’elle soit visible ou invisible — se rencontrent autour du mouvement. Au-delà de ses créations professionnelles, l’organisme propose des ateliers de danse ouverts à tous où la singularité de chacun devient un levier créatif.

L’histoire de la compagnie, qui a célébré ses 25 ans en décembre dernier, prend racine dans le parcours de la danseuse France Geoffroy. Devenue tétraplégique à la suite d’un accident, sa volonté de continuer à pratiquer son art a mené à la création de la première compagnie professionnelle de danse inclusive au Québec en l’an 2000. Si le mandat initial était strictement axé sur la création de spectacles professionnels, l’organisme a élargi son champ d’action au fil du temps. Aujourd’hui, Corpuscule Danse déploie une offre diversifiée incluant des ateliers grand public, des cours spécialisés et des séances de médiation culturelle, rendant la danse accessible à tous, sans exception.

Joannie Douville, directrice des volets enseignement et médiation culturelle chez Corpuscule Danse (Photo: ZIRCOPHOTO)

Pour Joannie Douville, directrice des volets enseignement et médiation culturelle chez Corpuscule Danse, cette mixité est le pilier central des activités de l’organisme. Elle précise que l’approche inclusive se distingue nettement de la danse dite « adaptée », qui cible généralement un handicap en particulier.

« La danse adaptée implique une certaine homogénéité (…) ce sont des cours de danse  adaptés pour un groupe de personnes en particulier. Par exemple, on adapte la chorégraphie pour des gens en fauteuil roulant ou pour des gens ayant tous la trisomie 21. Tandis que dans nos cours, on ne peut pas dire que c’est ‘’adapté’’ parce qu’il peut y avoir quelqu’un en fauteuil roulant qui danse à côté d’une personne qui a beaucoup d’expérience en danse, quelqu’un de trisomique, quelqu’un qui a un Trouble du spectre de l’autisme. On travaille à ce qu’il y ait une inclusion de tout le monde (…) tout le monde se développe à leur rythme avec leur transposition poétique personnelle », affirme-t-elle.

Des bienfaits physiques, cognitifs et sociaux

Bien que l’objectif premier de Corpuscule Danse soit le développement artistique, les retombées sur la santé des participants sont majeures et observées à plusieurs niveaux.

Sur le plan physique, la pratique régulière favorise le déploiement corporel et l’augmentation de l’amplitude de mouvement. Pour les personnes utilisant des aides à la mobilité (fauteuils, béquilles, prothèses), la danse transforme le rapport à ces objets. « On utilise ces contraintes comme un levier pour la liberté d’expression, pour l’ouverture. […] On appelle ça contourner de façon créative la contrainte », précise Douville. L’aide à la mobilité ne sert plus seulement à se déplacer, elle devient un « outil poétique » pour amplifier le geste.

(Courtoisie / Corpuscule Danse)

Au niveau cognitif, les ateliers sollicitent la mémoire à travers l’apprentissage de séquences de gestes et l’intégration du rythme. Enfin, la dimension sociale est au cœur de l’activité. En travaillant en duo ou en groupe, les participants développent des modes de communication non verbaux, par le toucher ou le mouvement en miroir. « Il y a des types d’interactions qui se créent qui ne passent pas forcément par le langage, parce que ce n’est pas nécessairement une possibilité pour toutes les personnes qui sont dans nos groupes », note la directrice.

Une pédagogie basée sur l’écoute du corps

L’enseignement chez Corpuscule Danse repose sur deux piliers : la danse créative et l’éducation somatique. Cette dernière consiste à approfondir le contact avec ses sensations intérieures pour développer sa capacité d’expression.

« On va aller travailler différentes images, différentes interactions avec différents segments du corps pour créer des nouveaux chemins. Et si ces chemins-là ne peuvent pas se créer physiquement, ils peuvent être imagés et ça fait en sorte que même si le mouvement n’est pas apparent, il y a énormément de choses qui se créent quand même à l’intérieur », détaille la responsable du programme.

Par ailleurs, s’il est difficile de décrire une séance type, Joannie Dumoullin mentionne néanmoins que les cours débutent souvent en configuration circulaire pour favoriser un espace horizontal où tout le monde peut se voir. L’utilisation de chaises au début du cours permet également de mettre tous les participants à la même hauteur.

(Courtoisie / Corpuscule Danse)

Un encadrement spécialisé pour tous les âges

L’organisme offre des cours répartis en trois groupes d’âge : les enfants (5 à 12 ans), les adolescents et jeunes adultes, ainsi que les adultes. Les groupes sont restreints à un maximum de 10 ou 12 personnes pour garantir un suivi de qualité.

L’une des particularités réside dans le coenseignement. Chaque classe est dirigée par deux artistes, dont l’un présente souvent un handicap moteur ou physique apparent. Cette structure permet de proposer simultanément deux possibilités de mouvements pour chaque exercice. De plus, des personnes accompagnatrices ou des interprètes en langue des signes québécoise (LSQ) sont présents selon les besoins des participants.

Pour les adolescents, un « volet sensoriel » a été mis sur pied, une initiative née à la suite d’une expérience d’enseignement auprès de jeunes polyhandicapés du Centre Philou. Ce cours s’adresse particulièrement aux personnes pour qui l’expérience de la danse passe par les sens plutôt que par l’apprentissage chorégraphique traditionnel. « On crée du mouvement à partir de la relation sensorielle, soit aux objets à la musique, au toucher avec les autres (…) », explique Joannie Douville.

Projets de médiation et accessibilité

Au-delà des cours réguliers, Corpuscule Danse s’investit dans la médiation culturelle pour rejoindre un public encore plus large, notamment les aînés. Le projet O-Tisserandes a notamment rassemblé plus de 80 personnes de 3 à 75 ans autour de la création d’une œuvre intergénérationnelle.

La compagnie offre deux sessions de cours par année. Les activités se déroulent dans des studios accessibles situés entre autres au Conseil des arts de Montréal et au Théâtre Espace Libre.

Pour celles et ceux qui aimeraient se joindre à la danse, des places sont disponibles pour la session printemps 2026 débutant le 21 mars prochain.


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