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ICM : un programme de réadaptation repensé au féminin

Toutes les 20 minutes, une Canadienne est victime d’une crise cardiaque. Pourtant, leur cœur a longtemps été un angle mort de la recherche: sous-représentées dans les essais cliniques, les femmes ont vu leurs spécificités biologiques souvent négligées. Néanmoins, le rattrapage est en marche. Parmi les acteurs de changement figure l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), le plus important centre de recherche en cardiologie au pays, situé dans l’est de Montréal. Sa Fondation a récemment créé le Fonds en santé cardiovasculaire des femmes, tandis que le Centre ÉPIC a adapté son programme de réadaptation afin de mieux répondre aux besoins de la gent féminine.

Pendant des décennies, les protocoles de soins ont été calqués sur la physiologie masculine, ignorant l’impact des hormones, de la grossesse ou de la ménopause.

Pendant des décennies, les protocoles de soins ont été calqués sur la physiologie masculine, ignorant l’impact des hormones, de la grossesse ou de la ménopause. Ce modèle unique a longtemps occulté le fait que les femmes présentent fréquemment des symptômes atypiques, comme une fatigue extrême ou des douleurs à la mâchoire, qui diffèrent de la sensation classique au bras gauche. Cette réalité biologique, couplée à une sous-représentation historique des femmes dans la recherche, a contribué a retarder certains diagnostics et a limité l’accès à des traitements.

Lina Mokdad, cheffe de service clinique à la direction de la prévention de l’ICM (Photo / Courtoisie)

Cette sous-représentation des femmes a également été constaté au niveau postopératoire : « On a rencontré des obstacles pour recruter des femmes dans notre programme de réadaptation, notamment parce qu’elles sont moins référées, mais aussi parce qu’elles sont moins intéressées à participer », mentionne Lina Mokdad, cheffe de service clinique à la direction de la prévention de l’ICM.

Face à ce constat, l’équipe du Centre ÉPIC a mis sur pied des groupes de discussions (focus group) en recrutant des patientes admissibles au programme, mais qui n’y avaient pas donné suite. Les échanges ont révélé que l’environnement même des centres de conditionnement physique pouvait être un frein : « Les responsabilités familiales, les contraintes d’horaire ou, bien sûr, un sentiment de ne pas se sentir à leur place dans des groupes majoritairement masculins ou simplement dans une salle de gym font parti des principales causes du manque d’adhésion », indique Mme Mokdad.

C’est à partir de ces témoignages que le Centre ÉPIC a choisi de diversifier ses activités. L’idée était de proposer des disciplines favorisant non seulement la santé du muscle cardiaque, mais aussi le bien-être global et la gestion du stress, souvent plus marqués chez les femmes après un incident de santé.

Une offre révisée pour plus d’inclusion

Le programme de 12 semaines intègre désormais des options qui sortent du cadre conventionnel de la salle de musculation. Les participantes ont accès à des activités comme le yoga, l’aquaforme, la marche en nature et des séances de pleine conscience. « L’objectif est de favoriser l’engagement et l’adhésion au programme […] et ultimement pour avoir de meilleurs résultats au niveau de leur santé », précise la cheffe de service.

Au-delà de l’activité physique, plusieurs participantes ont exprimé le besoin d’un espace pour aborder les aspects psychosociaux liés à la maladie : la peur de revivre un événement cardiaque, la charge mentale, le retour au travail ou encore la difficulté à concilier responsabilités familiales et réadaptation. Pour répondre à ces préoccupations, un groupe de soutien animé par une travailleuse sociale a été mis en place, permettant aux femmes d’échanger entre elles et de normaliser leurs expériences. Une communauté en ligne a aussi été créée pour maintenir le lien après la fin du programme. « Trois mois, c’est court quand on pense à maintenir des habitudes de vie à long terme. La présence d’une communauté aide les gens à rester motivés », note Mme Mokdad.

Ces ajustements semblent déjà porter leurs fruits. Selon la responsable du programme, les femmes se sentent davantage à leur place et plus en confiance. « Ces changements font en sorte qu’elles ont l’impression d’évoluer dans un environnement plus inclusif, où leurs limites et leurs capacités sont respectées. La supervision des kinésiologues et l’accompagnement des autres professionnels les aident à reprendre confiance », dit-elle.

Miser sur la flexibilité pour améliorer l’accessibilité 

Le Centre ÉPIC a aussi revu ses modalités d’accès pour accommoder les participantes. La conciliation entre les soins et les obligations personnelles est facilitée par des plages horaires élargies, s’étendant de 7 h à 18 h.

La technologie est également mise à contribution : le programme de réadaptation peut désormais être suivi en présentiel, en mode hybride ou entièrement par téléréadaptation. Cette flexibilité permet de réduire les obstacles liés au transport, aux horaires ou aux responsabilités familiales, et assure que chaque femme puisse bénéficier de l’expertise de l’ICM, peu importe ses contraintes quotidiennes.

Chaque année, le Centre ÉPIC accueille près de 800 nouveaux patients, dont le tiers provient spécifiquement de l’est de la ville. Au‑delà de la réadaptation cardiaque, son important volet prévention demeure accessible à tous, offrant à l’ensemble de la population la possibilité d’adopter de meilleures habitudes de vie grâce à des services spécialisés en santé cardiovasculaire.


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