
La Coalition HMR. (De gauche à droite: le Dr Marc Brosseau (au micro), Suzanne Plourde, membre du Comité des Usagers HMR, Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et Jean-Denis Charest, PDG de la CCEM). (Photo : Emmanuel Delacour/EMM).
13 mars 2026Hôpital Maisonneuve-Rosemont : un front commun dénonce des coupures dans le projet
Un groupe d’employés et citoyens dénonce les coupures prévues par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans le projet de rénovation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR).
La Coalition HMR avait été formée l’an dernier à la suite de l’annonce du précédent budget, dans le cadre duquel les travaux de modernisation de l’hôpital n’avaient pas été inscrits au Plan québécois des infrastructures (PQI). Cette décision avait alors créé un tollé dans la sphère publique. De nouveau, la Coalition HMR constate que le gouvernement du Québec tarde à s’engager à construire le nouvel hôpital et, pis encore, qu’il anticipe des coupures majeures dans le financement du projet.
« Un an plus tard, oui certains travaux ont commencé, mais on parle vraiment juste du stationnement. On est loin d’avoir un hôpital qui répond vraiment aux besoins de la population de l’est de Montréal », s’indigne le Dr Marc Brosseau, membre de la Coalition et pneumologue intensiviste et président du Conseil des médecins, dentistes, pharmaciens et sages-femmes (CMDPSF) du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.
Réduction de 15 %
Le regroupement a récemment appris que Québec avait l’intention de réduire de 15 % le budget de la modernisation de l’HMR. Cette réduction, annoncée à l’automne dernier par le ministre des Infrastructures, Benoit Charrette, vise les projets en planification.
Or, les membres de la Coalition HMR s’insurgent contre le fait que cette réduction vise aussi le chantier de l’hôpital, puisque celui-ci ne serait plus à l’étape de planification, ayant officiellement été lancé par le précédent ministre de la Santé, Christian Dubé, lors d’une pelletée de terre en septembre dernier. La première étape de la modernisation de l’HMR, la construction d’un nouveau stationnement, situé à l’arrière du pavillon Rosemont de l’hôpital, avait alors été démarrée.
« On s’est fait passer un stationnement », résumaient les membres de la Coalition HMR en conférence de presse, vendredi matin.
« Ce n’est pas de la bonne gestion de fonds publics. Ce sont des coupures irresponsables. On nous annonce à l’interne que le pavillon avec la pharmacie de l’hôpital est coupé. C’est une pharmacie qui prépare des chimiothérapies toxiques spécialisées d’hématologie et oncologie, et on planifie peut-être de l’envoyer au deuxième sous-sol, sans plan clair d’évacuation en cas de déversement. Ce n’est pas de l’optimisation », explique le Dr Brosseau. Une éventuelle rupture de service dans cet hôpital qui dessert environ 26 % de la population montréalaise ne pourrait pas être « absorbée » par les autres installations hospitalières de la métropole, rappelle-t-il.

L’hôpital Maisonneuve-Rosemont (Emmanuel Delacour/EMM)
Ce dernier demande donc que le prochain chef de la CAQ s’engage à mettre en place une séquence d’investissement prévisible pour les huit prochaines années en ce qui concerne ce projet.
« Ça fait cinq ans que le projet de modernisation et de l’agrandissement de l’HMR est toujours revu à la baisse. Au début, on nous promettait un hôpital tout neuf, et puis maintenant, on est rendu qu’on va juste remplacer un pavillon », dénonce pour sa part Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.
Ce dernier constate que l’impact de la vétusté de l’actuel hôpital sur les services rendus à la population et sur la rétention du personnel ne cesse de s’aggraver. Rappelons que plusieurs incidents ont été rapportés dans les dernières années quant à l’état des installations à HMR. Des ascenseurs y sont souvent en panne, des génératrices ont fait défaut dans le passé et la présence d’animaux, incluant des écureuils, a été observée par le personnel.
« Toutes les semaines, on constate que ça se dégrade. On ne parle pas de chiffre, on parle de salubrité de base. Le gouvernement privilégie aujourd’hui le redressement financier au détriment de l’urgence humaine », souligne de son côté Suzanne Plourde, membre du Comité des Usagers HMR.
« Depuis 2018 qu’on l’optimise ce projet. Les optimisations intelligentes ont été faites. Ce qu’on recherche à faire aujourd’hui, c’est des économies de bout de chandelle, qui vont ultimement augmenter les frais d’opération, bloquer notre capacité à de nouveaux développements dans 15-25 ans sur HMR. Surtout, cela fait que le projet est retardé de trois à six mois et pour chaque mois de retard, c’est 10 M$ au minimum de coûts supplémentaires sur le projet », ajoute Jean-Denis Charest, PDG de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal.
La Coalition HMR demande que le gouvernement prévoie 300 M$ pour le projet de HMR dans le budget 2026-2027 qui sera dévoilé le 18 mars prochain. En outre, Québec ne devrait pas appliquer la directive afin de réduire de 15 % les investissements dans les chantiers en préparation au projet de HMR. Enfin, la Coalition souhaite que la modernisation de l’hôpital soit mise dans son entièreté au PQI avec une stratégie de décaissement prévisible pour les huit prochaines années.
Les dernières estimations évaluaient l’entièreté de la modernisation de HMR à 5 milliards de dollars. Une réduction de 15 % amputerait donc de 750 M$ le projet. Une situation « impossible », selon Christian Yaccarini, Président et chef de la direction de la Société de développement Angus et co-président de la campagne de levée de fonds de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. « Tu ne peux pas couper 750 M$ dans l’hôpital. On est rendu que Santé Québec commence à mesurer la largeur des corridors pour voir si on ne peut pas réduire les coûts. Il faut que le processus de coupure s’arrête maintenant », insiste-t-il.
Christine Fréchette s’engage, réaction des élus aux oppositions
La Coalition HMR avait interpellé plus tôt ce mois-ci les aspirants à la succession de François Legault au titre de chef de la CAQ et de premier ministre, Christine Fréchette et Bernard Drainville, quant au financement du projet HMR.
Vendredi matin, l’équipe de Mme Fréchette, annonçait son « engagement à investir et à accélérer le projet de rénovation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont si élue cheffe », par voie de communiqué.
« Si j’ai le privilège de diriger la Coalition Avenir Québec et de devenir première ministre, je m’engage à ce que les sommes nécessaires à la rénovation et à la modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont soient au rendez-vous afin que ce projet se concrétise, explique-t-on dans le communiqué. Je veux respecter l’échéancier prévu, parce que les patients et les équipes médicales ne peuvent plus attendre. Le Québec doit livrer ce projet et je veux que ce chantier soit une priorité. »
À la suite de la prise de parole des membres de la Coalition HMR, plusieurs élus des partis d’opposition se sont dits surpris de cette sortie de la part de la candidate. La déclaration a fait « sourciller » Guillaume Cliche-Rivard, responsable du dossier de la santé chez Québec solidaire. « Je me pose la question à savoir, qu’est-ce que ça veut dire? Qu’est-ce qu’elle sait que nous ne savons pas », soutient-il.
Même son de cloche de la part de Catherine Gentilcore, élue du Parti québécois (PQ), qui constate que Mme Fréchette « ça fait des années qu’elle est à la CAQ ». « Elle nous annonce cela comme si elle aspirait à être cheffe d’un tout nouveau parti, mais elle connaissait ses priorités. »
Pour sa part, Vincent Marissal, député indépendant de la circonscription de Rosemont, rappelle qu’on a déjà assisté à trois annonces formelles pour ce projet dans les huit années où il a été en poste. « Lorsque j’ai lancé ma première campagne électorale, je disais déjà que ça pressait à l’époque, alors imaginez huit ans plus tard », soulève-t-il.
Enfin, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, a affirmé « croire au projet » et vouloir que les travaux se poursuivent. Les élus du PLQ et du PQ se sont d’ailleurs engagés à ce que l’entièreté du projet soit mise au PQI si leur parti venait à remporter les prochaines élections en octobre 2026.







