
L’événement annuel de la SDCHM Complètement Sucres a eu lieu ce week-end (courtoisie)
16 avril 2026Hochelaga : la culture comme moteur économique et social
Dans Hochelaga, la culture ne se limite pas à l’animation du territoire : elle s’impose comme un levier de développement économique et social. Pour Patrick Legault, directeur général de la Société de développement commercial Hochelaga-Maisonneuve (SDCHM), cette vision repose d’abord sur un élément fondamental : la communauté.

Patrick Legault, directeur général de la SDCHM (courtoisie)
« Ce qui est important dans un quartier comme le nôtre, c’est la force de la communauté », explique-t-il. « En proposant de la culture au jour le jour, ça amène du monde à rester ici, à consommer la culture ici, à se l’approprier et à se rencontrer. »
Loin d’être un simple ajout à l’offre commerciale, la culture agit à Hochelaga comme un ciment. Le directeur général de la SDCHM croit qu’elle favorise l’ancrage des citoyens dans leur milieu de vie, tout en créant des occasions de rencontres. Un double effet qui contribuerait directement à la vitalité économique du quartier.
Attirer, retenir et faire revenir
Les événements culturels jouent un rôle stratégique dans cette dynamique. À Hochelaga, ils servent autant à attirer des visiteurs qu’à fidéliser les résidents.
« Ça attire tout le monde à venir découvrir ou redécouvrir le quartier », souligne Patrick Legault. « Et après avoir vu un spectacle, ils découvrent en plus l’économie du quartier et consomme dans nos commerces. »
L’objectif est clair : créer un cercle vertueux où la culture génère de l’achalandage, qui bénéficie ensuite aux commerçants locaux. Mais au-delà de la fréquentation ponctuelle, la programmation culturelle vise aussi à bâtir une relation durable avec le public. « L’idée, c’est de rendre le quartier dynamique, d’attirer les gens sur les artères commerciales, de les faire rester et de les faire revenir. »
Dans cette optique, la SDCHM se distingue par sa programmation culturelle abondante et atypique, qui contribue à positionner le quartier comme une destination culturelle à part entière.
Une signature culturelle unique
Le secteur ne cherche pas à rivaliser avec les grands festivals montréalais, mais plutôt à proposer une alternative ancrée dans son identité propre. « On a des événements forts, qui sont à notre image, qui sont authentiques », affirme M. Legault. « Souvent, on propose des choses qu’on ne voit pas dans d’autres quartiers. »
Course de triporteurs, gala de lutte, shows de ruelle, événements participatifs : la programmation mise sur l’originalité et la proximité. Cette approche permet non seulement à la SDCHM de se démarquer, mais aussi de répondre directement aux attentes et à la réalité du quartier.
Résultat : les résidents n’ont pas nécessairement besoin de se déplacer pour accéder à une offre culturelle riche, tandis que des visiteurs d’ailleurs viennent découvrir Hochelaga pour cette même raison.
La culture comme espace de rencontre
Au-delà des retombées économiques, les événements culturels jouent un rôle social déterminant pour la SDCHM, contribuant à renforcer le sentiment d’appartenance et à favoriser la mixité sociale. Patrick Legault explique : « Ce sont des événements qui reviennent, qui sont connus et qui facilitent la mixité sociale. »
Un facteur clé de cette inclusivité : la gratuité. En rendant les activités accessibles à tous, la SDCHM crée des espaces qui permettent aux barrières sociales de s’estomper. « Tous les événements sont gratuits. Ça permet à des gens qui ne fréquentent pas les mêmes endroits de se rencontrer dans un contexte où c’est l’art qui rassemble. »
Dans ces moments partagés, familles, jeunes, personnes marginalisées et groupes aux horizons variés se côtoient. « Des petites familles et des gangs de punks viennent voir le même show », illustre le directeur général. Et ces interactions, parfois improbables, participent à construire un vivre-ensemble tangible. « Les gens se rencontrent, se parlent et ont du plaisir ensemble », résume-t-il.
Les commerçants au cœur du modèle
Si cette dynamique culturelle est possible, c’est en grande partie grâce à l’implication des commerçants locaux. Leur contribution financière, via les cotisations à la SDCHM, permet de soutenir une grande partie de la programmation culturelle.
Cette réalité est souvent méconnue du grand public, mais elle constitue un pilier du modèle hochelagois. En consommant localement, les citoyens participent indirectement au financement des activités culturelles.
« Quand tu achètes chez ton commerçant, tu as un retour sur l’investissement, parce que lui, il remet de l’argent dans le quartier et dans les événements », précise M. Legault. À ses yeux, cette logique distingue fondamentalement les commerces de proximité des grandes plateformes ou des grandes chaînes. « Les géants du web, ils ne redonnent pas à la communauté. »
Un écosystème solidaire
La SDCHM ne travaille pas seule. Elle s’appuie sur un vaste réseau de partenaires communautaires et culturels pour concevoir et déployer ses initiatives culturelles. « Les partenariats prennent différentes formes, mais il y a toujours cette idée : qu’est-ce qu’on peut retirer d’un événement pour redonner ailleurs? », dit son directeur général.
Certains projets illustrent particulièrement bien la logique de la SDCHM. Lors d’un de ses événements, une partie des revenus générés par la vente de nourriture a été redistribuée à un organisme communautaire, Le Chic Resto Pop, permettant de financer des centaines de repas.
« Les restaurateurs proposent des produits, puis redonnent une partie des profits à un organisme, qui les remet lui-même dans la communauté. » Ce modèle circulaire renforce l’ancrage local des événements et leur impact social, en répondant à des enjeux concrets comme l’insécurité alimentaire, croit humblement M. Legault.
Entre ambition et contraintes
Malgré son succès, ce modèle repose sur un équilibre fragile. L’organisation d’événements culturels demande des ressources importantes, tant humaines que financières. « Ça prend une équipe motivée, des idées et des partenaires financiers et communautaires », souligne Patrick Legault.
L’accès au domaine public, les exigences réglementaires municipales et la coordination avec de multiples acteurs — arrondissement, services, police — complexifient également la mise en œuvre d’événements.
Mais pour la SDCHM, le principal défi reste économique. « Tous les services sont de plus en plus chers. Les cachets des artistes aussi. C’est dur d’offrir plus avec les mêmes moyens qu’avant. »
Dans ce contexte, la SDCHM insiste sur l’importance du soutien citoyen. Pour Patrick Legault, consommer local dépasse largement l’acte d’achat. « Quand tu investis dans un commerce local, tu investis dans ton quartier, dans ta culture, ça devient même un geste écoresponsable. »
Ce lien direct entre économie locale et vitalité culturelle est fondamentale pour la SDCHM. Une manière de rappeler que chaque achat peut contribuer, à sa manière, à faire vivre le quartier.
Une programmation bien ancrée
Au fil des années, cette approche a permis à Hochelaga de se positionner comme une véritable « plaque tournante d’événements surprenants », selon les mots de son directeur général.
Parmi les rendez-vous récurrents, plusieurs événements sont désormais mythiques dans le paysage local : la course des triporteurs, le gala de lutte, les shows de ruelle ou encore la Grande Fabrique. De plus, la saison estivale demeure un moment fort pour la SDCHM, avec la piétonnisation de la rue Ontario, de juin à la mi-septembre.
Et c’est plus de 300 activités et animations qui sont au programme cette année, en collaboration avec les différents partenaires économiques, communautaires et culturels.













