L’Artère de l’est est située au 11 180, rue Notre-Dame à Montréal-Est (Courtoisie L’Artère de l’Est)

Hébergement pour les jeunes : une nouvelle ressource dans l’Est

Un service d’hébergement transitoire pour les 16 à 23 ans a récemment ouvert ses portes dans l’est de Montréal : L’Artère de l’Est. L’organisme accueille des jeunes en situation de précarité et vise à stabiliser leur parcours en leur offrant un milieu de vie structuré et un accompagnement psychosocial de proximité.

La ressource est ouverte en tout temps, offre dix places à coucher et un espace de dépannage avec divan-lit ainsi que trois repas par jour.

Inauguré il y a un peu plus d’un mois, ce nouveau point de repère pour les jeunes en difficulté situé à Montréal-Est vient combler un vide dans la pointe est de l’île de Montréal, où aucune infrastructure équivalente n’était disponible jusque-là.

La directrice générale de l’organisme, Valérie Chrétien, souligne à quel point la ressource répond à un besoin criant dans le secteur et rappelle l’importance de maintenir les jeunes dans leur milieu naturel : « Si on veut qu’ils retrouvent un lien avec leur réseau, c’est important de ne pas les sortir de leur quartier », dit-elle.

Mme Chrétien rapporte que les signalements à la DPJ sont particulièrement nombreux dans ce secteur de Montréal, une situation comportant des conséquences à long terme : « Les jeunes qui ont grandi dans des milieux familiaux dysfonctionnels ou dans lesquels il y a de la violence, leur seule option pour en sortir, c’est de se retrouver dans la rue », fait-elle remarquer.

Un milieu de vie structuré et un suivi individualisé

Valérie Chrétien insiste sur l’importance des démarches faites par les jeunes, et ce, même avant leur arrivée : « On fait une entrevue téléphonique pour s’assurer qu’on répond bien aux besoins des jeunes et qu’ils sont mobilisés. Parce qu’ils ne viennent pas ici en vacances, ils doivent faire des démarches, se trouver un emploi », souligne-t-elle. Elle ajoute que le type de démarches peut néanmoins varier : « Ça peut aussi être de stabiliser leur situation ou encore de développer un réseau d’intervenants autour d’eux. »

Valérie Chrétien, directrice générale de l’Artère de l’Est (Courtoisie)

Dès leur arrivée, les jeunes sont pris en charge et doivent activement contribuer au milieu de vie.
« Ils doivent faire une tâche par jour pour participer à l’entretien de la maison », dit la directrice de l’organisme. Elle ajoute : « Ils sont logés et nourris pour 10 $ par jour. »

L’équipe accompagne les jeunes dans leurs démarches, tant administratives que personnelles. Cette approche nécessite un suivi personnalisé : « On fait beaucoup de cas par cas, ça demande un suivi individualisé très poussé », précise l’intervenante.

Elle souligne également les défis administratifs auxquels font face les jeunes. « Souvent, ils veulent des rapports d’impôts pour avoir des subventions pour les jeunes. Quand tu n’as pas de chèque d’aide sociale ou d’adresse pour le recevoir, ce n’est pas des démarches faciles. » Elle poursuit en mettant en relief le cercle vicieux bureaucratique : « Pour avoir un revenu, ça prend une adresse. Pour avoir une adresse, ça prend un crédit. »

Une demande qui explose

L’ouverture de l’Artère de l’Est arrive à point nommé, alors que la demande pour ce type de services est en forte croissance. En effet, les ressources similaires doivent refuser d’héberger des centaines de jeunes annuellement. C’est le cas de la Maison Tangente, située dans Hochelaga-Maisonneuve qui accueille des jeunes âgés entre 18 à 25 ans.

En jetant un coup d’œil aux rapports annuels de cet organisme, on constate  que les demandes ont plus que doublées en un an: en 2024-2025, 970 nuitées ont été refusées alors qu’en 2023-2024  on en comptait 462.

Jonathan Pelletier, codirecteur de la Maison Tangente, explique cette hausse par la crise du logement. « Le marché privé est tellement à la surchauffe que nos jeunes ne sont souvent pas choisis. Ils n’ont pas de cosignataires, ils n’ont pas nécessairement beaucoup d’économies. Les propriétaires ne font pas toujours confiance à nos jeunes », déplore-t-il.

Ensemble, l’Artère de l’Est et la Maison Tangente offrent environ 25 places d’hébergement. Selon Jonathan Pelletier, il y aurait environ 1 500 jeunes de moins de 25 ans en situation d’itinérance au Québec, et peut-être 400 places d’hébergement disponibles à Montréal pour cette population.

Nouveaux visages de l’itinérance chez les jeunes

Pelletier observe également de nouveaux profils chez les jeunes qui frappent à la porte de la Maison Tangente. Le rapport annuel appuie à nouveau ses dires, révélant que 23 % des jeunes ont un secondaire 5 (contre 17 % d’entre eux l’année précédente) et 11 % détenaient un diplôme collégial ou universitaire. De plus, le taux de jeunes suivis ou placés par la DPJ a baissé de 46 % à 39 %.

Jonathan Pelletier, codirecteur de la Maison Tangente

Jonathan Pelletier, codirecteur de la Maison Tangente (LinkedIn)

« Il y a des personnes qui sont dans une instabilité résidentielle pure, mais qui ne sont pas nécessairement dans les portraits typiques qu’on avait par le passé de jeunes sortis des centres de jeunesse », explique-t-il.

Il remarque que certains jeunes ont un milieu familial soutenant, mais que celui-ci ne peut pas les accueillir en raison d’un éloignement  géographiquement. D’autres vont au cégep, mais se retrouvent à la rue après avoir perdu leur logement.

« C’est non seulement l’accès au logement, mais c’est les prix du logement. C’est aussi toute leur sécurité alimentaire qui est à risque. Des fois, il ne manque pas grand-chose pour que toute leur stabilité soit chambardée par une  » bad luck » économique », conclut-il.

L’expérience de l’hébergement vue de l’intérieur

Pour comprendre concrètement ce que ces ressources apportent aux jeunes, le témoignage de Charles (nom d’emprunt) qui réside actuellement dans les logements transitoires de la Maison Tangente, est révélateur.

Placé en famille d’accueil dès l’âge de six mois en raison d’une maladie dégénérative dont ses parents biologiques n’étaient pas en mesure de s’occuper adéquatement, Charles explique avoir grandi dans un environnement très protecteur l’ayant empêché de développer son autonomie. « À 17-18 ans, je ne savais pas faire à manger, je ne savais pas faire mon lavage. Je ne savais absolument rien », raconte-t-il.

Lorsqu’il a quitté le domicile familial à 18 ans, le choc a été brutal. « Je me suis retrouvé dans un appartement où tout était à faire. J’ai pris une bonne débarque, une bonne claque dans la face », confie-t-il. Même s’il avait un emploi, il a sombré dans la dépression. « Je n’étais plus fonctionnel du tout, j’avais l’impression d’être dans un trou sans fin. »

À la Maison Tangente, Charles affirme avoir trouvé le cadre structurant dont il avait besoin. « Les résidents doivent rester actifs quatre heures par jour, on doit faire des démarches que ce soit pour nous trouver un emploi, pour retourner aux études ou pour un projet personnel », dit-il.  Il poursuit en mentionnant certaines règles de l’établissement comme celle de cuisiner un repas par semaine et de s’impliquer dans les tâches quotidiennes.

« Il (la Maison Tangente) offre aux jeunes un cadre de vie  qu’on doit respecter. Je pense que si on s’est ramassé là, c’est parce qu’on n’est pas capable de se l’imposer à nous-mêmes. J’aime ça. C’est vraiment cool comme concept », s’exclame Charles.

Ce dernier apprécie aussi les rencontres et la diversité des parcours qu’il a croisés jusqu’à maintenant: « On a toutes nos histoires différentes. De voir que lui, il fait les démarches, puis il veut s’en sortir, c’est motivant pour tout le monde ».

Pour lui, il ne fait aucun doute que c’est son passage à la Maison Tangente qui lui permet de remettre petit à petit sa vie sur les rails et d’envisager l’avenir avec optimisme.